La lettre aux autres

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Peut-être est-il utile que je présente mes petites espiègleries. Ces poèmes annoncés comme "jeux entre nous" cachent en général un secret. "Au clair de lune une sirène" évoque, certes le  [+]

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J’ai une pensée à la fois amusée et émue pour tous ceux qui demain, au beau milieu de la nuit et quel que soit leur état, se lèveront pour traverser la maison à petits pas inaudibles afin de déposer – artistiquement – quelques paquets au pied du sapin. Ils s’extirperont du lit épuisés mais déterminés. Dans la pénombre d’une nuit de Noël bien avancée, bien arrosée, refusant d’allumer de peur de réveiller toute la maisonnée, ils retrouveront les cadeaux cachés dans d’improbables recoins, sous d’effroyables tours d’objets hétéroclites empilés, pour les transporter avec soin et sans bruit malgré le papier doré qui crisse sous les doigts. Ils traverseront les pièces comme des loups fantomatiques, le cœur saisi par une crainte surgie de leur enfance : être surpris et démasqué en plein mensonge. C’est peut-être un larcin, finalement, que ce bonheur que l’on obtient en provoquant par l’artifice les sourires ravis des plus petits. Un vol... Non. Ce n’est jamais qu’un mensonge de plus : on se donne l’illusion que l’on peut allumer des étoiles...

Avaient-ils remarqué cette porte traîtresse qui grince quand elle devrait tourner sur ses gonds comme un portail de conte de fée ? Et cet invisible Lego, à l’affût sur le chemin, qui s’enfoncera sous la plante d’un pied encore tout engourdi mais extraordinairement pesant, sous un estomac lourd de victuailles ? Se méfieront-ils de la table, ennemi héréditaire sur lequel viendra s’écraser un orteil trop confiant ? Penseront-ils au chat, couché dans son ronronnement, tel un dragon au milieu du chemin ?

Courage.

Le voyage ne sera pas dénué d’embûches : c’est ainsi que se conquièrent les rêves.

Je crois avoir reconnu à chaque fois le petit bonheur mêlé de satisfaction et de honte que j’éprouvais enfant après avoir mangé les caramels dérobés à ma grand-mère. Ce n’était rien de grave et elle me les aurait donnés si je les lui avais demandés... Mais se cacher, chercher, réussir, en prendre toujours un peu trop à l’heure où les bonbons sont proscrits : quel challenge !

Demain soir, je me lèverai aussi.
J’aurai la satisfaction de disposer joliment les paquets si patiemment étiquetés et de savoir qu’ils feront plaisir, mais je n’aurai pas peur : une fois la lampe allumée, les pièges redeviendront objets et la porte pourra grincer, si ça lui chante... Quant au dragon tout chaud du sommeil douillet des nuits de décembre, il sera déplacé par la peau du cou. Allez... peut-être-même ferai-je crisser le papier doré, imaginant que ce petit bruit des matins de Noël s’insinuera dans l’impatience des petits dormeurs, comme une promesse caressante.
Demain, pour moi, point d’appréhension ni de crainte délicieuse : les enfants savent.

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