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La Joconde et le mystère du croissant doré

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Newydd

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Géraldine se souvenait très bien pourquoi elle avait entrepris des études d’histoire de l’art, à dix-huit ans à peine, son bac tout juste en poche. Elle avait encore aujourd’hui la conscience aigue qu’à cette époque, elle était incapable de se projeter dans l’avenir. Alors, choisir une filière, ou plus loin encore, un métier, vous pensez bien !
Une rencontre fortuite allait cependant changer la donne. Elle était seule à Paris cet été là. Ses parents et son petit frère étaient partis en Bretagne dés le début du mois de juillet, mais elle avait dû rester quelques jours de plus pour finaliser son inscription en fac de lettres.
En attendant l’ouverture des bureaux du CROUS, elle décida sur un coup de tête de visiter le LOUVRE. Elle avait souvent été tenté, mais avait à chaque fois remise cette visite, comme nombre de Parisiens. « C’est sûr, les touristes connaissent bien mieux ma ville que moi ! » se souvint-elle d’avoir pensé ce jour là.
Elle déambulait nonchalamment dans les couloirs de cet immense temple de la culture quand elle se retrouva à la lisière d’un groupe de visiteurs. Ils étaient accompagnés d’un guide dont la voix chaude et persuasive retint son attention. C’était un bel homme svelte d’environ quarante ans, un perpétuel sourire éclairant son visage halé. Il la remarqua, bien sûr, mais toléra sa présence dans le groupe.
La visite fut passionnante, et les explications données si riches qu’elle ne pût s’empêcher de s’attarder pour échanger quelques mots avec le guide. Il lui expliqua que des études d’histoire de l’art l’avaient conduit, entre autres activités, à servir de guide à des touristes plus ou moins concernés par tant de beauté. Quand il lui eût appris que ses autres activités allaient des fouilles archéologiques partout dans le monde à de non moins passionnantes recherches dans les archives des grands musées internationaux, elle sût qu’elle avait trouvé sa voie.
« Il vaut mieux parler au moins une langue étrangère, ajouta-t-il. L’anglais est recommandé. »
Mais ce détail ne pût la retenir, et d’ailleurs, elle avait obtenu un dix-sept à l’oral d’anglais, alors.. C’est d’un cœur léger qu’elle rejoignit le grand bâtiment de verre et d’acier du CROUS, tout prés de là, et qu’elle s’inscrivit en histoire de l’art, sans même songer un instant à la surprise, voire à la colère de ses parents.
C’est ainsi qu’à trente-deux ans, elle était restauratrice en second dans ce même musée du Louvre, département des œuvres de la Renaissance.
Et aujourd’hui, enfin, elle touchait au saint des saints. Elle avait l’impression d’atteindre son Graal, en quelque sorte : la Joconde devait subir un léger, très léger nettoyage, et c’est son équipe qui était chargée de cette tâche délicate, sous sa responsabilité.
Le prestigieux tableau était installé sur un imposant chevalet. Il était éclairé par quatre grosses lampes à vapeur de sodium, dont la lumière puissante avait le double avantage de ne pas altérer sa texture et de ne laisser dans l’ombre la moindre parcelle.
Après plus de deux heures d’un examen minutieux à l’aide d’une sorte de grosse loupe montée sur un bras articulé, elle remarqua un détail insolite. Elle ne se souvenait pas que celui-ci eût été mentionné dans l’un quelconque des ouvrages qu’elle avait lus sur le tableau, ni pendant ses études, ni depuis le début de sa vie professionnelle. Elle s’approcha encore, et reprit son examen avec encore plus de soin, si possible. Mais non, aucun doute : sur le fond noir de l’iris de l’œil gauche de Mona Lisa, on distinguait un minuscule croissant doré.
Elle appela son adjoint, un gros homme débonnaire mais diablement efficace qui portait le prénom désuet d’Ambroise.
« Ambroise, dis-moi, est-ce que tu vois quelque chose, là, dans l’œil gauche ? »
Le reste de l’équipe, alerté par le ton employé, suspendit les travaux en cours. Au bout de quelques instants, la voix d’Ambroise s’éleva dans le silence pesant qui s’était établi.
« Tu as raison, on distingue parfaitement un croissant doré. »
Elle insista :
« Ne dirait-on pas qu’il contient une sorte d’inscription ? »
Ambroise reprit son examen avec encore plus de minutie.
« Si » dit-il au bout de quelques instants. Et il se recula, le visage très pâle, comme s’il avait vu un fantôme.
Géraldine se pencha à son tour, et lut avec horreur la minuscule inscription :
« Made in China » !!!!
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