La IVe

il y a
1 min
34
lectures
6

Rêveuse d'aventures, en quête d'un battement précipité de mon coeur : il y a la lecture, il y a la vie, il y a l'écriture. Quand la science et le merveilleux se lient, des étincelles argentées  [+]

File, File, file entre mes doigts ces longues ficelles qui me sont insignifiantes. Toute la journée au rouet, mes mains font leur labeur. Elles dirigent avec dextérité des cordons de tout style. Elles souffrent du frottement incessant de la corde fine. Cette même corde qui d’un tas informe sur le sol rugueux se transforme en une pelote ordonnée sur la quenouille. Et moi, pauvre femme souffrant de mon dos courbé à longueur de journée, je les laisse s’abîmer par l’usure. Un sillon s’acharne à anéantir la corne de mes phalanges. Le fil qui s’évertue à réduire mes mains à d’hideuses extrémités sèches et ridées change de temps à autres. Parfois il est doux comme de la soie et caresse ma peau comme lorsque j’ai pu effleurer le corps de mon amant autrefois. Parfois il est aussi rêche que le chanvre et le bois du couteau de cuisine que je manipulais pour les repas. Tantôt il est laine et me rappelait la barbe hirsute qui gommait ma joue pour les adieux, tantôt il est de tesson de verre, et ressurgissent alors, les douloureux souvenirs des fins de disputes au foyer. Et en filant sans voir leur couleur ni entendre les plaintes provenant du fil, je connais son histoire. Les plus rugueux appartiennent aux hommes ayant la vie des champs. Le chatouillement tiède de pétales signifie un jeune enfant mort en bas âge. Quand il s’agit de ronces froides qui glissent sur mes phalanges, je ne doute pas que la personne fut un hypocrite mielleux. Quand arrive enfin l’onctuosité chaude du velours, j’apprécie et remercie cette personne qui fut bonne avant son trépas. Mes trois sœurs n’endurent pas la même peine que moi. Moi, la dernière et inconnue des Parques, cloisonnée depuis la fin de ma vie mortelle dans une pièce plongée dans les ténèbres. Ma tâche n’est pas des plus compliquée. Il me suffit juste de ranger les fils de vie des mortelles coupés, d’en faire une pelote et chercher à tâtons, une place parmi la centaine de milliers déjà empilée sur un mur. Non, elle n’est pas difficile, elle m’enlève juste, petit à petit, le sens du toucher, le dernier que j’utilise dans ce néant infini.
6

Un petit mot pour l'auteur ? 6 commentaires

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Joëlle Brethes
Joëlle Brethes · il y a
Moi qui aime la mythologie, ce texte me ravit !... :-)
Image de Morane Bob
Morane Bob · il y a
La mythologie (Grecque, indienne, celtique, chinoise) sera toujours une belle source d'inspiration :) merci
Image de Keith Simmonds
Keith Simmonds · il y a
Bravo pour ce beau texte si agréable à lire ! Mon vote !
Merci de venir assister à la métamorphose de ma “Petite chenille”
qui est en Finale pour le Prix Printemps 2017 !

Image de SakimaRomane
SakimaRomane · il y a
je lui donne le second j'aime et derrière Philippe, je pouvais tomber plus mal n'est-ce-pas...Il est magnifique :)
Image de Morane Bob
Morane Bob · il y a
Merci de votre passage ! :)
Image de Philippe Clavel
Philippe Clavel · il y a
je vois que tu as publié ce joli texte (mais incompris) en libre et je lui donne son premier "j'aime"