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La Guerre d'un autre Monde

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J’étais à terre, je n’arrivais presque pas à bouger, j’étais sonné. Je me levais pourtant doucement, en compagnie de tous ces corps allongés par terre. Du sang coulait à flot, il y en avait partout. Je ne savais pas où j’étais. Je voyais un miroir assez petit qui traînait par terre, je le ramassais pour essayer de me regarder malgré les fissures qu’il y avait dessus. Je portais un uniforme tout recouvert de terre, à moitié déchiré, ainsi qu’un casque, il était endommagé. Je regardais mes mains, je saignais, j’étais ouvert aux bras ainsi qu’aux jambes. Je me disais que je devais être là depuis un bon bout de temps, car je portais une barbe assez longue, de trois semaines environ je pense. Il y avait sur un cadavre, un sac contenant un journal, il était écrit que nous étions le 18 août 1914. Je reprenais peu à peu mes esprits et commençais à entendre des bruits stridents qui devaient venir je pense des canons, des grenades et des armes que portaient les soldats encore vivants. Il fallait que je trouve un abri pour éviter de me faire tuer. Ma mémoire revenait petit à petit, et je me souvenais (de plus en plus) pourquoi j’étais ici. J’étais engagé dans la guerre pour défendre ma patrie. Pas loin de l’emplacement où je me trouvais, il y avait un gros rocher, je courais le plus vite possible, tout en évitant les balles, pour me réfugier derrière et avoir l’espoir d’être en sécurité. Tout essoufflé, j’essayais de reprendre ma respiration. Il y avait juste à côté de moi un soldat du même régiment, j’étais soulagé. J’entamais une discussion avec lui, mais il ne répondait pas, j’étais surpris, j’avais l’impression qu’il ne me voyait pas.
Je me souvenais que j’étais venu sur le terrain avec un ami, que j’avais rencontré avant d’être envoyé ici. Je décidais donc d’aller à sa recherche en espérant qu’il ne se soit pas fait tuer. Il était facilement reconnaissable car il était vêtu d’un casque et d’un uniforme avec une certaine particularité. Ils avaient, tous deux, une bande bleu assez petite mais facilement identifiable. Je savais que si je bougeais de l’endroit où j’étais, je pourrais prendre une balle à tout moment, mais il fallait absolument que je le retrouve. Je me rassurais en me disant que d’où j’étais, je pourrais sûrement le voir, et par chance, c’est ce qui arriva. Je l’apercevais au loin, il essayait lui aussi de se réfugier, dans une tranchée. Je courais le plus vite possible pour le rejoindre. J’étais enfin en sécurité. Il y avait encore plus de corps que tout à l’heure, au moins une trentaine de plus, c’était horrible. Mon ami, nommé Louis, était en train de se soigner avec le peu de médicaments et de bandages qu’il avait sous la main. A vrai dire, il ne restait presque plus rien. J’étais assez content de le voir sain et sauf. Je lui expliquais tout ce qui m’étais arrivé. Je lui expliquais aussi d’avoir cette impression que personne ne m’entendait, ne me répondait ni même ne me voyait. Et c’était ça avec presque tout le monde, sauf lui. C’était assez bizarre. Il m’expliquait à lui aussi qu’il lui arrivait la même chose. Nous trouvions cela étrange.

Je retrouvais désormais toute ma mémoire, et je me rappelais de ma femme ainsi que de ma fille. Elles me manquaient toutes les deux terriblement. J’avais le souvenir que ma fille, avant que je parte, m’avait laissé la chaîne que je lui avait offert pour son anniversaire, où était attaché une photo d’elle et de ma femme, pour que je puisse les avoir tout de même au plus prêt de moi. Je la portais habituellement autour du cou, mais quand je venais à la décrocher pour la prendre dans mes mains, elle n’était plus là. J’avais sûrement dû la faire tomber. Je décidais donc d’aller la trouver, car cette chaîne était importante à mes yeux. Je retournais donc sur mes pas, toujours en compagnie de Louis.
Je reconnaissais l’endroit où je m’étais réveillé, il y avait toujours cette odeur nauséabonde, ainsi que du sang séché partout. Je cherchais mais sans succès. Par chance, j’apercevais un reflet au loin, je décidais d’aller voir. C’était en effet celui du collier, j’étais soulagé. Il était dans la main d’un cadavre, rempli de terre et de sang. Je me demandais ce qu’il faisait là. Je me rapprochais pour le prendre, tout en regardant minutieusement cet homme, car il m’était familier. En effet, après quelques secondes d’observation, je le reconnaissais. Je restais immobile, je ne comprenais pas ce qui se passait, car oui, cet homme allongé par terre, qui portait le collier de ma fille, c’était moi.

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