La grande secousse

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Je suis venu à l'écriture très (très) tard, grâce à un forum sur le web, où j'ai rencontré des amis m'ayant encouragé à continuer à déconner. Je ne savais pas que c'était là mon univers  [+]

J’ai un ami qui se pseudonomme Trapanil, qui, parmi les cent métiers qu’il a exercés, a été élagueur. Un jour il m’a raconté ce qu’il appelle la Grande Secousse :
« Pour faire une grande secousse prendre un pin d'Alep, arbre dont le tronc est relativement souple, plutôt moyen (à peu près 20 m de haut), l'ébrancher jusqu'à une hauteur de 15 m environ.
Accrocher la tête restante en faisant une poulie sur un chicot de branche, et ne pas oublier d'accrocher l'autre extrémité de la corde sur du vraiment solide.
Couper franchement à la tronçonneuse la tête : elle va donc tomber. Pendant la chute, le tronc, qui est très rarement vertical et perdant brusquement une bonne partie de son poids dans les hauts, se redresse, vous propulsant d'un coup sec vers l'arrière. Puis, quand la tête, qui selon le taux d'adrénaline recherché pèse entre 300 kg et une tonne, retend la corde en fin de chute, vous voilà cette fois ci projeté vers l'avant ! Le temps ensuite que l'ensemble retrouve une certaine stabilité, le haut du tronc se transforme en une sorte de lame de couteau que l'on ferait vibrer au bord d'une table : c'est la grande secousse ! A côté, la foire du Trône est un gentil amusement. »

Et hier soir, nous avons eu droit à une somptueuse description du combat de l'arbre et de son bourreau, un peu comme le torero et son taureau.

En lisant ce texte, deux choses me sont venues à l'esprit :
1° - J'ai pensé à la tronche de l'arbre après le passage de l'Attila des cimes. Il a été ébranché jusqu'à 15 mètres de hauteur. Il est déjà dénudé aux trois-quarts, un peu ridicule avec sa touffe sur ses cinq derniers mètres, un peu humilié de présenter cet aspect chicoteux, il a beau fredonner "mon beau sapin, roi des forêts", le roi est un peu nu ! Et quand son dernier quart encore chevelu est tombé, il eu beau faire sa double secousse, il n'en reste plus grand chose du roi des forêts, il un peu l'air con, sur secoue là !

2° - J'ai pensé au secoué. Si j'ai tout bien compris à la description, il est à 15 mètres de hauteur, à califourchon sur un chicot, sanglé de partout. Les cordages retiennent le haut de l'arbre, la crinière du roi des forêts, avec des poulies et des retours compliqués mais pensés avec une précision diabolique. Le futur secoué brandit sa tronçonneuse comme un glaive vengeur, et porte l'estocade. Dans un bruit d'enfer, ce hurlement du bois qu'on scie, la lame pénètre dans le cou de sa victime, et progresse doucement vers l'issue fatale. Dans un craquement sinistre, la tonne qui faisait encore un peu la fierté du roi des forêts, s'écroule...je ne vais pas reprendre la description, elle est un peu plus haut. Par contre, commence pour le bourreau le grand secouage, en avant, en arrière avec une grande brutalité, et la vibration qui va en diminuant mais qui selon sa fréquence continue de remuer le bestiau !!!

Et c'est le calme plat ! Les spectateurs retiennent leur souffle... comment va apparaître le tronçonneur ? Eh bien, il apparaît un peu... secoué ! Je suis content de savoir maintenant pourquoi je pensais parfois que Trapanil était un peu secoué...

Et hier, ce sont deux secousses ! Vous imaginez, dans la boite crânienne, le cerveau qui se cogne aux parois avec violence, qui repart aussi vite dans la direction opposée, et qui, pendant un certain temps, remue là dedans dans un mouvement de va et vient, comme une rockeuse qui secoue la tête au plus fort de son délire ! Sûr qu'on ne sort pas indemne d'un tel traitement, et soyons à l'avenir un peu indulgent pour notre Trapanou qui en voit des vertes et des pas mûres...
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