La grande enfant.

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Ecrire c'est plus un besoin qu'autre chose. Un besoin d'essayer de comprendre le monde à travers des mots, mais aussi de se débarrasser des sentiments qui nous tailladent. Ecrire c'est vital  [+]

Elle est assise dans son lit, la tête dans ses mains, le corps enroulé dans ses couvertures elle réfléchit. Au chaud dans ce petit nid douillet elle n’a aucune raison de cacher quoique ce soit. Elle peut vraiment être elle, ressentir ce qu’elle veut sans craindre le regard ou les questions des autres, de ceux qui l’entoure.
La chaleur de ces larmes réchauffe ces maigres joues. Comment a-t-elle pu en arriver là? Comment va-t-elle faire pour se sortir de cette situation?
Elle roule sur elle-même pour être en position de foetus, ses cheveux blonds suivants le rythme, le mouvement. Ils s’éparpillent tel un soleil sur son petit oreiller.
Qu’elle est belle ainsi, tremblante, chancelante, mais vivante, vraie. Le temps des faux semblants a disparu.
Elle ferme les yeux, essaye d’oublier de ne pas y penser. Elle pose ses mains sur ses yeux et les sanglots arrivent. Doux, puis beaucoup plus violent, ils la secouent, la bouleversent. Elle attrape son coussin et hurle toute cette peur qu’elle a au creux du ventre.
À qui en parler? À qui se confier? Pourquoi elle? Pourquoi elle?
De ses lèvres tremblantes elle chuchote ces mots qui la terrifient tant, ce petit bout de phrase. Sa main s’attarde, presque malgré elle, sur son ventre rond. Elle le caresse, tremblante.
Elle a quoi cette fille ? À peine 16, 17 ans tout au plus. Et pourtant déjà quelque chose germe, grandit en elle. Selon ce qu’elle choisit, maintenant elle sait qu’il y aura soit toujours quelqu’un auprès d’elle soit un trou béant dans son coeur. Un vide dans son existence que rien ne pourra plus combler.
Et comment lui dire à lui? Ça fait plus de deux mois qu’elle ne lui a pas parlé. Elle en mourrait d’envie mais elle ne pouvait pas. Elle était trop terrifiée et triste pour aller le voir. Alors elle a préféré ne rien dire et ne rien faire, son coeur était brisé et pourtant..
Mais là elle sera vraiment obligée de le revoir pour lui dire. Doit-elle seulement lui dire? Et s’il partait, l’abandonnait. S’il recommençait comme la dernière fois, elle ne le supporterait surement pas. Et s’il ne l’acceptait pas? Ou, au contraire s’il revenait pour ça, pas pour elle mais juste pour faire ce qu’il faut. Et s’il ne faisait juste rien. Et s’il la forçait à choisir, lui mettait la pression.
Non finalement elle ne lui parlera, tant pis. Il l’apprendra bien assez tôt tout seul.
Elle a peur tellement peur, ça lui prend le ventre et remonte jusqu’à sa faible gorge. Les larmes roulent sans fin sur douces joues.
Qu’elle a l’air sérieuse quand elle prend cet air. On dirait presque une adulte, une grande. Et pourtant ces pleurs qui la secouent font ressortir son enfance qui n’est pas si loin. C’est ça ce n’est plus une enfant mais pas une adulte. Et pourtant la voilà forcée de prendre une vraie décision de grand, elle doit vraiment être mature, au moins cette fois.
Sa petite voix tremblotante prononce toujours ces mots comme une douce chanson et sa main se resserre sur son petit ventre. Elle sourit, elle ferme les yeux. Elle l’imagine. Elle l’aime. Ça y est, elle n’a plus peur. Pour la première fois de sa vie elle est confiante, elle croit en elle.
Sa décision est prise, depuis le début, depuis toujours en fait. Et elle la défendra, cette petite chose, contre tout, contre tous. Une dernière fois sa voix s’élève. Et elle prononce cette phrase comme pour s’en convaincre, un sourire timide aux lèvres..
« Maman, je vais être maman. »







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