la fuite

il y a
2 min
8
lectures
1
Je me réveille sans chaînes aux pieds. Il a dû les enlever pendant que je dormais. Il n’est pas dans la cabane. Je suis seule, avec ce qui reste de mon amie Laura : un bras, une jambe et la tête. Je me redresse avec beaucoup de difficulté. La peur fait ployer mes genoux, mais je dois avancer. Il faut que j’arrive jusqu’à la porte. Cette porte qui s’ouvrira sur la liberté. J’arrive devant elle et je m’arrête. Elle est peut-être fermée à clé. Je n’ose pas essayer de l’ouvrir, car je ne veux pas être déçue. Je ne veux pas avoir l’espoir de pouvoir m’échapper pour sombrer à nouveau dans le découragement.
Je ne peux pas non plus rester sans rien faire. Je dois essayer. Je tends la main et je tourne la poignée de la porte. Elle tourne facilement. J’interromps le processus et je fais un pas en arrière. Rencontrerai-je vraiment la liberté, dehors ? Ou tomberai-je sur lui ? Il est peut-être embusqué de l’autre côté de la porte. Il m’attend peut-être avec une scie pour me mutiler. C’est peut-être plus prudent de rester ici. Je retourne m’assoir sur la couverture qui me sert de lit, et je mange la porte des yeux. C’est beaucoup mieux comme ça. C’est beaucoup plus prudent. J’imagine seulement, ce qui pourrait m’arriver si j’ouvrais cette porte. Je verrais le soleil pour la première fois depuis des jours. Le soleil. Il me manque tellement. Je veux sentir ses rayons sur ma peau. Je veux prendre l’odeur des fleurs en pleine éclosion. Je veux entendre le chant des oiseaux. Je veux être libre à nouveau. Je me lève, courageuse et je vais vers la porte. Je suis proche, proche de la liberté. Et je m’arrête. Il est à l’extérieur, je le sens. Il veut me briser. Il veut me faire avoir un peu d’espoir, et ensuite, il s’amusera à me l’enlever. Il m’attend dehors, j’en suis persuadée. Il m’attend dehors avec l’impatience d’un loup qui attend l’agneau, et lorsque je motterai un pied à l’extérieur de la cabane, il me tuera en se réjouissant de ma terreur. Car c’est ce qu’il veut. Ma peur. Il veut lire de la terreur dans mes yeux, car c’est ce qui lui donne du plaisir. Il jouit de la détresse des autres.
Il faut que je résiste à la tentation. Que je m’éloigne de cette porte maudite. Il ne faut pas le contrarier. Il a toujours plus abusé les autres filles que moi. Il a abusé d’elles jusqu’à les tuer. Je suis encore vivante. Il ne m’a pas tuée, pas plus qu’il ne m’a violée. Peut-être est-ce parce que j’ai toujours été docile. Je n’ai jamais tenté de me rebeller comme les autres filles. Je ne me suis jamais débattue. C’est peut-être pourquoi il s’est plus intéressé aux autres.
Je dois retourner me coucher sur cette couverture miteuse. Il est impératif que reste dans cette cabane si humide, froide, sale et fétide. Que je sois à nouveau entourée de bocaux contenant des yeux, des foies et des tripes. Que je continue à tomber sans arrêt sur des vers répugnants qui sortent du sol. Il le faut, mais je ne peux pas.
Je ne peux pas rester ici à attendre que la folie dévorante de cet homme m’avale. Il finira par m’assassiner. Quand il ne trouvera plus aucune proie de valeur à se mettre sous la dent, il me tuera. Ce n’est pas la peine de me faire des illusions. Je suis son paquet de provisions pour les jours de pluie. C’est pourquoi je dois ignorer ma peur et m’échapper. Il faut que je sorte d’ici avant que je ne perde totalement l’esprit.
Je cours vers la porte et je l’ouvre en grand. Le soleil m’éblouit, mais mes yeux s’habituent à la clarté, et je le vois. Il a dans sa main un grand couteau. Sur ses lèvres, un sourire prédateur.
-Oh non. Non, non, je vous en supplie, ne me faites pas de mal.
Il commence à rire. C’est un rire dément, qui me glace les os.
-Cours, me dit-il.
Je suis incapable de bouger. Des larmes coulent sur mes joues.
-Cours, crie-t-il.
Je commence à courir, poursuivie par son rire malade et le bruit de ses pas qui ne tarderont pas à me rattraper.

1
1

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,