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La fugue d'Emsi

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Did Ouv

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Elle me fit un léger sourire au moment où je m’asseyais à côté d’elle, j’étais arrivé en retard ce matin de rentrée des classes, et c’était la seule place libre.
J'étais bien loin d imaginer que cet instant était le début de la plus belle histoire de mon existence.
Elle s’appelait Marie-Claude Delattre, sa mère était une grande admiratrice de Marie-Claude Pietragalla, une danseuse étoile de l’opéra de Paris.
Nous venions d’avoir un devoir commun à rendre pour la semaine suivante.
Elle m’invita à venir travailler chez elle le soir même.
j'arrivai chez les Delattre, une femme distinguée était affairée dans le jardin avec un sécateur à la main, vêtue d’un short moulant et d’une chemise blanche cintrée, elle me reçut avec un grand sourire.
J’entrai dans cette maison bourgeoise, tout semblait propre et à sa place, les meubles et la décoration étaient d’une sobriété et d’un luxe évident.
Marie-Claude descendit rapidement les escaliers pour me rejoindre, en tenue très décontractée.
Nous nous installâmes à la table de la terrasse, et la mère nous servit un jus d’orange « maison ».
Je n’étais pas habitué à tant de raffinement et d’attention.
Ensuite nous allâmes dans sa chambre pour travailler un peu, un violon et son archet étaient posés sur le lit, je lui demandai si elle pouvait jouer quelque chose, elle me fit un morceau de folklore russe, elle me dit que ça s’appelait « Kalinka »...
C’était beau.
Le père rentra et s’affala lourdement dans son luxueux fauteuil en cuir « Ligne Roset », demanda à sa femme « un doigt de Jack Daniel’s »... je ne compris pas tout de suite qui était ce fameux Jack Daniel’s et ce qu’il voulait faire avec le doigt de ce dernier!
Monsieur Delattre était un « haut fonctionnaire », je ne savais pas bien quelle était la différence avec un fonctionnaire normal, sans doute le salaire.
Il était très attentionné et avait tout le temps des mots doux et des gestes tendres envers Madame Delattre, elle le lui rendait bien.
Il parlait beaucoup, de tout, il était de gauche, mais pas trop, il aimait bien Macron...
Comme il était fonctionnaire, il avait beaucoup de travail, il rentrait tard, il craignait le « Burn out ».
Il m'expliqua que Madame Delattre partait de temps en temps passer quelques jours au « Club Med », pour se changer les idées, quand il avait une semaine de « séminaire d’encadrement ».
Avant de rentrer chez moi, j'aperçu par la porte entrouverte de la chambre, Madame Delattre seule assise sur son lit, avec un regard triste.
J’étais très surpris, elle qui semblait si heureuse peu de temps avant.
Je n’osais pas inviter Marie-Claude chez moi, elle ne comprendrait sans doute pas notre façon de vivre.
Le lendemain matin, elle est arrivée à la maison sans prévenir, elle pleurait.
Nous l’avons accueillie sans nous poser de questions, elle a découvert mon univers.
Ma mère lui a servi un grand verre d’eau du robinet avec un peu de grenadine.
Tout doucement, elle finit par se détendre, elle devait sentir une atmosphère bienveillante de la part de ma famille.
Elle dîna avec nous, des spaghettis bolognaise avec du gruyère râpé, elle dormirait à la maison, on lui mettrait une couette sur le canapé.
On l’avait tout de suite rebaptisée MC, mais on prononçait « à l’Anglo-Saxonne », « Em’Si », comme MC Solaar, c’était plus court et plus moderne.
Le soir, elle nous raconta ses histoires de petits bourgeois parvenus, en les imitant avec justesse:
Les réceptions ennuyeuses avec tout le gratin des connaissances de son père qui s’écoutaient parler en faisant de grands gestes, qui parlaient surtout pour ne rien dire, avec des mots très compliqués, qui idolâtraient des gens que personne ne connaissait, la détestation systématique de tout ce qui est populaire.
La femme de Monsieur Trucmuche qui racontait sa dernière trouvaille, l’affaire du siècle, dans une petite boutique au coin de la rue Saint Honoré, un petit haut Chanel pas cher du tout, mignon comme tout!
Une autre qui vantait les talents de son chirurgien, un magicien, son dernier lifting, une réussite, elle avait retrouvé ses vingt ans ; avec son projet d’augmentation mammaire, elle serait au top.
Puis les soirées restos tendance, chers et guindés, un dé à coudre de foie gras au fond de l’assiette, trois queues de radis et une feuille de roquette pour agrémenter le plat d’un chef qu’il fallait vénérer...
On était tous pliés de rire, on en pleurait.
En fin de soirée, elle a reçu un appel de ses parents, ils allaient venir la chercher.
Elle nous a expliqué sa peine, son malaise, tout ce qu’elle avait sur le cœur, cette vie superficielle qui était son quotidien et qu’elle ne supportait plus, ses parents qui faisaient toujours semblant, pour tout, être toujours amoureux, être toujours heureux, toujours dans l’apparence entre eux et avec tout le monde, il fallait être vu comme la famille idéale, la famille sans problème, puisqu’ils en avaient le moyens.
La vérité, c’était un père qui sautait sa secrétaire dès qu’il en avait l’occasion, une mère qui allait au "Club Med" régulièrement pour échapper à son quotidien.
Marie-Claude s’est levée et est allée embrasser tendrement chacun d’entre nous,
elle me regarda dans les yeux, avec un regard qui ne trompe pas, elle me souffla à l'oreille:
"je reviendrai !"...
J’en avais gros sur le cœur, je la laissai partir sans rien dire , mais je compris à cet instant qu'elle serait un jour la femme de ma vie.

PRIX

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Chantane · il y a
mon vote pour un bon moment de lecture
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Did Ouv · il y a
Merci chantane
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Abi Allano · il y a
Un texte très bien mené que je découvre tardivement...j'aime l'idée que tout ce qui brille n'est pas forcément joli. Les apparences sont souvent trompeuses. Une jolie chute sur le début d'un amour d'adolescents.
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Did Ouv · il y a
Merci Abi, vous êtes gentille. C'est pas la plus grande réussite je pense, c'est une nouvelle qui n'avait pas été retenue et que j'avais tronquée pour passer en concours "st valentin".
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Patrick Desjardins · il y a
Le thème est assez récurrant. L'enfant qui se lasse de la vie de la haute société, je l'ai vu cent fois, mais vous avez un don pour le raconter en votre manière et je vous félicite pour cela.
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Did Ouv · il y a
Merci Patrick
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PATCRE · il y a
Aurait-il trouvé sa Valentine ?,j'aime beaucoup.
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Did Ouv · il y a
Merci
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Fantomette · il y a
Joli texte, mon vote. Si cela vous dit, je suis en finale avec "Soleil de la saint Valentin" peut être à bientôt
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Did Ouv · il y a
Merci fantomette... Oui j'irai voir.
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Mirgar · il y a
L'amour peut s'inviter au coeur de classes sociales opposées..Et puis, quand on aime vraiment, on ne triche pas ou plus.Je vote pour vous car j'ai retrouvé dans votre histoire un peu de la mienne dans "Emma ou Matilde"...
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Did Ouv · il y a
Merci Mirgar! :)
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Catpower · il y a
J ai bien aimé, belle morale !
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Did Ouv · il y a
Merci cat
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Marie-martine Vecchio · il y a
J'aime bien - c'est bien écrit - j'aime aussi le "petit haut Chanel" hihi -
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Did Ouv · il y a
Merci!
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Joëlle Brethes · il y a
Sympathique histoire malgré son petit côté moralisateur ;-)
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Did Ouv · il y a
Merci Joëlle
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Lammari Hafida · il y a
Une agréable lecture , mes 5 votes ! Je vous invite à lire mon poème en lice < Coup de foudre > et bonne soirée !
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Did Ouv · il y a
Merci.
Oui je lirai votre poème.

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