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La fin du monde (Mort imminente 5 - fin)

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Didier Larepe

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Aurore à mes côtés, son sourire, tout est calme, par la fenêtre nous ne regardons rien, les arbres, leurs longues branches, les chats qui s’épient, un oiseau d’une branche à l’autre, la trainée d’un avion dans le ciel encore bleu, quelques fleurs sauvages, la fumée de nos cigarettes.

Une voix, d’autres, la même démultipliée, envahit le paysage, voix féminine d’une présentatrice TV, voix impérieuse, annonce urgente ; musique, celle qu’on utiliserait lors des résultats les soirs d’élections ou un jeu pour ménagères ; jingle fini, la voix reprend, annonce à faire, annonce officielle : « la fin du monde est pour demain à 15h37 précise », des images sur l’écran, nous ne les voyons pas, nous n’avons jamais eu la télévision ici, chez le voisin, tous les voisins, même pas une cacophonie, tous la même voix, la même annonce, sur toutes les chaînes, envoyé spécial, tout pourrait être calme, ni euphorie, ni panique... cette fois c’est certifié... inéluctable... interviews, commentaires, schémas, paroles de spécialistes, mélange de fierté et d’excitation, vivre ce moment unique et tant attendu, en direct, passer à la télévision, quart d’heure de gloire, tout est prêt, tout est prévu, rien à faire... planètes, comètes, chocs... rien d’autre à faire qu’en profiter, demain à 15h37, heure locale, ce sera la Fin du Monde.

Aurore m’appelle, désigne du doigt le bas de la vallée : « viens-voir !... », je suis sur le seuil, je descends les deux marches vers la terrasse, là où il y avait la vallée, une ville, notre maison en surplomb, il y a de l’eau, de l’eau partout, de l’eau qui coule, de l’eau qui monte, des objets flottent, tourbillons, un peu d’écume.

Aurore me montre : dans le ciel un nuage noir immense, comme si la nuit... tache d’encre qui se répand ; une marée humaine monte, fuit l’eau qui afflue ; du monde partout, sur les routes, à travers champs, qui traverse dans un sens ou l’autre ; effroi, sanglots, panique, tout va disparaître, rien derrière soi, aucun regret, tout va disparaître, tout doit disparaître, les villes et les télévisions, les musées et les livres, la terre et les voitures, ni enterrement, ni cérémonie, ni fleurs ni pleurs, tout va disparaître, même Dieu, surtout lui, son paradis, son enfer, ses temples et ses interdits, aucun regret, et nos cinq chats et les chiens aussi, les vaches, les cochons et les poules, les tigres, les pélicans, les voisins, la famille et les crédits. on ne ratera rien, rien derrière soi, plus rien après.

Aurore me tient par la main au milieu du flux humain qui lève ; un homme ; je ne le connais pas, il se rue sur moi un couteau dans la main, long et acéré, il le brandit devant lui, m’enfonce sa dague dans le ventre, je ne sens rien, juste une immense déception : je ne verrai pas la fin du monde, je serai mort avant, n’assisterai pas au big-crunch, je meurs, quelques micro-secondes avant l’événement, je n’y assisterai pas.

Aurore est seule, je l’ai laissée seule, seule pour en profiter, moi je suis au sol, oublié, retour à rien, flotte dans le rien, même pas le vide, je n’ai pas vu le spectacle, je ne vois rien... même plus mort... évaporé !

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Granydu57 · il y a
L'heure n'est plus aux chichis, la fin, un point c'est tout !!!
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Didier Larepe · il y a
Merci pour votre assiduité.
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