La fille qui contais aux Autres

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Je suis juste le néant  [+]

Image de Été 2020
Ce matin n’avait été guère différent des autres. Ils se ressemblent tous, comme si l’on mettait la même cassette en boucle indéfiniment. La lumière, la toilette dans les toilettes publics, retourner s’asseoir sur son carton. Regarder les chaussures chics des gens, essayer de croiser un regard. Remercier pour les quelques centimes déposés dans le petit gobelet devant moi. Les regards dégoûtés, ceux qui font semblant de ne pas voir, les insultes. Inférieur. Toujours. Je ne suis plus un être humain, je suis un simple déchet sur le trottoir. Un Autre. Je suis méprisé, je n’ai plus de famille, plus d’amis, plus de travail, plus de toit. Parfois je me dis que j’ai assez vécu, je devrais m’arrêter là. Du haut de mes 64 ans je pourrais tirer ma révérence, pourtant quelque chose me retient.

Hier n’était qu’un jour de plus dans cette répétition infinie qu’est la vie, mais aujourd’hui à été différent. J’ai rencontré la Petite...

C’était presque le soir quand elle s’est approchée de moi. Sa chevelure d’un noir d’encre rejetée derrière ses épaules par la brise qui soufflait et vêtue d’une petite robe grise, elle est venue près de moi. Elle a planté ses yeux bleus presque violet dans les miens. Son âge était difficilement identifiable, une adolescente sans doute mais dégageant un petit quelque chose en plus que l’on ne rencontre que chez les enfants très jeunes ou les vieillards. Une force indéfinissable. La Petite s’est assise, à même le sol, elle semblait se foutre d’être salie par le trottoir, et elle m’a sourit comme personne ne m’avait jamais sourit.

- Bonsoir Grand-Père...

Grand-père ? Je n’avais jamais eu d’enfants, pourtant je compris, c’était une marque de respect, d’affection. Son regard était toujours planté dans le mien et elle a approché ses mains. Elle a pris la mienne entre ses paumes. Elle n’était pas rebutée par mon apparence, elle n’accordait aucun regards aux gens autour. Il n’y avait plus que moi à ses yeux, je le voyais dans sa façon de me regarder. Pour la première fois depuis des années, je me suis senti humain.

-Qui es-tu ?

Elle a pris le temps avant de me répondre, d’une voix douce et posée, assurée.

-Je raconte des histoires... Je suis conteuse. Voulez-vous que je vous raconte une histoire, Grand-Père ?

Je ne lui ai pas répondu avec des mots, elle l’a lu dans mes yeux. Elle avait toujours ma main entre les siennes et ses yeux dans les miens. Et la Petite a raconté...


-Il était une fois il y a très longtemps un Pays différents de tous les autres. Un enfant y naquit. Un futur roi. Mais cet enfant était différent, alors qu’autour de lui chaque homme, chaque femme et chaque enfant avait une peau ombrée, la sienne était d’une clarté éclatante. Ses cheveux d’un blanc immaculé et ses yeux gris, faisaient peur. Comment la reine avait-elle pu mettre au monde un être tel que lui ? Les avis divergeaient, certains pensaient que c’était un démon envoyé par les Dieux pour punir le Royaume. D’autres soutenaient qu’il était un ange, une créature divine qui rétablirait la paix. Il fut appelé Albe...


J’étais captivé par l’histoire de cette enfant. Plus elle contait plus je me sentais transporté dans un autre monde. Le monde d’Albe et de ses combats. Et alors qu’elle parlait, la nuit tombait. La rue se vidait, seuls quelques ivrognes ou jeunes allant en boîte s'animaient encore. Les lumières des réverbères éclairaient encore son visage animé par la parole. Ses yeux violets toujours dans les miens.

Le conte se finit, j’ai eu l’impression de finir avec lui. Une larme unique perla de mon oeil rougis et vint se perdre dans ma barbe. J’ouvris la bouche, voulu parler, la remercier même si je n’avais aucune idée de quoi dire. Elle plaça son doigt devant mes lèvres.

- Je sais. Ne dîtes rien. Merci Grand-Père.

Et la Petite est repartie, sans un mot de plus, comme elle était venue. Mais rien n'était plus pareil. Telle une magicienne elle était revenue mettre un peu de joie dans cette nuit morne. Elle ne reviendra pas, je le sais. Je le sens. Pourtant je n’oublierais jamais cette rencontre. Je vous le promet, la Petite seras avec moi désormais.
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