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La fille de l'air

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Lnwe

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Matteo était attablé à la terrasse du restaurant d’altitude. La bouche pleine, il a pointé son couteau vers Agathe qui, pour se protéger du vent glacial, plaquait fermement une large écharpe contre son nez.
- Tu vois, lui a-t-il dit, cette petite conne me fait regretter de ne pas avoir suivi François, à Saint-Malo. L’air marin c’est quand même autre chose que cette putain de neige.
Le ton acerbe de Matteo agaçait prodigieusement sa sœur. Elle tira sur son bonnet et le replaça sur ses oreilles.
La tempête de la veille, entre lui et Céline, avait été houleuse. Matteo s’était déchaîné contre sa fiancée alors qu’elle tentait de dédramatiser le flirt qu’elle avait eu avec le barman de l’hôtel. Pas de quoi fouetter un chat, d’après elle. De l’avis de Matteo, elle l’avait quand même consciencieusement embrassé, ce petit péteux.
C’était à l’heure du dîner, dans la salle du restaurant qu’une déferlante de règlements de compte s’était abattue. Des propos démontés rebondissaient sur des miaulements stridents. Le niveau sonore basculait du chuintement au grondement. Les arguments s’écrasaient les uns contre les autres, tambourinaient les amours-propres. Le ressentiment écumait sur la violence des mots. Si à ses débuts, l’amour savait déployer une grande force, il en redoublait quand il sombrait.
En tant que spectatrice, Agathe ne se rappelait que de cette immense gêne, de tous ces regards ébahis tournés vers leur table, des ricanements de certains, de l’air scandalisé d’autres et de son geste discret au serveur pour lui signifier que tout allait très bien.
Elle se serait volontiers jetée sous la table quand Matteo avait lancé à l’assemblée :
- Occupez-vous de vos fesses !
Du fond de la salle, une voix suraiguë de femme lui avait rétorqué que les siennes étaient parfaitement sous contrôle mais qu’il serait bien avisé, lui, de la boucler une fois pour toute s’il comptait retenir celles de sa compagne.
Céline avait alors quitté la salle à manger. Le lendemain, elle avait définitivement levé le camp.
- Ben ouais, on aurait sorti le catamaran pour une belle virée. Rien ne vaut la navigation pour passer de bonnes vacances. Seule la mer est un espace de liberté. Les sports d’hiver c’est du pipi de chat. Et les mouettes, au moins elles, n’ont jamais froid au cul !
Matteo reposa son couteau, attrapa une frite froide dans son assiette et regarda son téléphone portable. Rien.
Encore quatre jours à tirer ici.
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Christine Puel · il y a
le cri de la mouette ! Très bien LNWE
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Lnwe · il y a
Merciiii Christine
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