La fille au sein seul

il y a
1 min
131
lectures
67
Qualifié
Image de 2020
Image de Très très courts
Le jour d'après, son corps pleurait encore des larmes de sang, des larmes de lymphe mais ses yeux restaient secs. Alice ne souffrait pas. Elle était vivante. Entre la vie et le sein, elle n'avait pas hésité une seconde. Elle avait donné le feu vert à l'homme de science : Arrachez tout jusqu'aux racines du mal et qu'on n'en parle plus !
Alice n'en avait plus parlé, n'avait plus jamais évoqué l'ablation du vilain petit canard, comme, avant, elle nommait, ce deuxième téton affublé d’une tumeur maligne. Elle avait, d'emblée, refusé la reconstruction, accepté son nouveau corps. Ceux qui l'aimaient l'avaient suivie. Elle serait une amazone et le resterait à jamais.

Aujourd'hui, la place du marché est encore jonchée de cageots où se meurent des fruits et des légumes délaissés. Les terrasses font le plein. Les regards convergent, les paroles se figent dans l’air bleu de midi... Le temps s'arrête pour voir passer l'Eté que Maillol aurait, par pudeur, entouré de voiles.
C'est Alice qui avance, tête haute ; sa robe de soie crème révèle ce qu’elle a de plus intime : un mont de Vénus, à la toison bleue si bouclée serrée qu’on la croirait brodée au point de nœuds, et un sein qui en vaut deux.
.
Et tous d'admirer, sous le soleil au zénith, la belle amazone.
67

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,