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Un jour, exista une femme qui, lasse des contraintes physiques dues à sa condition, se prit à espérer si fort d’être dépourvue de corps qu’elle en fut exaucée.

Cette femme se leva donc à son heure habituelle, se dirigea devant la psyché de sa salle de bain et fut stupéfaite de ne plus être. En réalité, ses capacités d’interaction avec le monde extérieur ne s’en trouvaient pas amoindries ; elle pouvait toujours saisir et déplacer les objets à loisir, mais son corps, lui, n’existait plus.
Remise de sa surprise initiale, la femme s’en alla gaiement se promener et, une fois n’est pas coutume, s’autorisa un jour de congé.
Elle sortit donc de son logis citadin et se mit à longer la rue, goûtant la fraîcheur automnale sur son visage sans consistance.
Soudain, elle aperçut son amant de l’autre côté de la rue. Au comble de la joie, elle se précipita lui conter son étrange épopée. Lui, fut d’abord pantois d’être ainsi interpellé par la voix de son aimée sans pour autant parvenir à la distinguer. Passé le temps des effrois, son visage se para d’une haine qu’elle ne lui connaissait pas. Fou de rage, il lui hurla de cesser sur-le-champs de l’importuner.
Profondément blessée, la femme sans corps passa son chemin sous l’indifférence des passants qui ne la voyaient pas.
Au bout d’une heure, peut être deux, elle s’arrêta sur un pont. L’âme à vif, elle baissa les yeux sur le fleuve qui brillait sous le reflet lunaire. Elle aurait tant aimé pleurer, mais l’opération est complexe pour une femme sans yeux. Elle se prit alors à espérer que son souhait ne fut jamais exaucé :

« Ainsi, se dit-elle, il m’aimerait encore. ».

Un enfant anormalement difforme qui passait par là lui tendit une petite cassette musicale. Séchant ses larmes qui n’avaient jamais coulées, la femme voulut naturellement questionner l’enfant, mais celui-ci avait disparu dans la naissante brume nuptiale.
Tandis qu’elle arpentait les rues en quête d’un magasin pourvu d’un appareil adéquat à la lecture de la cassette, elle s’étonna de ce brusque changement climatique.
La brume avait, en effet, évoluée en épais brouillard rouge. Angoissée à l’idée de ne plus rien pouvoir distinguer, elle pressa le pas et entra par hasard dans une boutique.
Comme la chance est cruelle et sourit toujours aux plus malheureux, la boutique se trouvait pourvue d’un petit lecteur de cassette. La femme voulut signaler sa présence, mais se trouvant dans l’incapacité d’émettre un son elle ne put que déduire de sa solitude.
Dehors, le brouillard rouge s’écrasait contre la porte vitrée du magasin. Elle jura l’avoir vu s’immiscer par les interstices de la porte. Aussi, se hâta-t-elle d’insérer la cassette dans l’appareil.
Aussitôt, les premières notes de "L'hymne à l’amour" de Piaf retentirent dans le cœur de la femme. Et quand se termina la chanson, elle fut effacée par le brouillard rouge, tandis que résonnait cette dernière vérité :

« Dieu réunit ceux qui s’aiment. »

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