La Faim (Essai sur l'Absurde)

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J'ai toujours aimé écrire, même si il n'est pas toujours facile de trouver les mots et l'inspiration pour donner à son œuvre le souffle qui lui faut pour s'envole  [+]

Sur le trottoir humide, de la pluie d’hier et d’avant-hier, Alphonse trottait à cœur joie. Il savait que cet après-midi, ne serait pas un après-midi comme un autre, il savait que cette fois, il ne ferait pas de zèle inutile. Il savait aussi qu’il vivrait quelque chose d’intense qui lui rappellerait ses premières jeunesses, et ses effusions d’antan. Il trottait, chantonnant, et fredonnant, heureux, adressant un sourire spontané et pathétique à tous les passants qu’il croisait sur son chemin, quand bien même ceux-ci avait décidés d’en finir avec la vie. D’ailleurs tout, ça, il ne le savait pas ; à son âge, il est vrai qu’on pouvait se poser de sérieuses questions sur sa santé mentale, mais non, il ignorait tout de tout, ou plutôt, il avait tout oublié ; la mort, la souffrance, la douleur, la maladie, et tous les trucs pas chouettes de ce bas-monde. Et on lui pardonnait volontiers son innocence, avec une telle passion à son âge, si rare, si naïve, si pure, si intense, qui lui faisait planer à quatre cents quinze mille kilomètre au-dessus du ciel, bien au-dessus de la pourriture humaine.
Pourtant, ce jour-là, Alphonse avait faim. Et il ne savait pas pourquoi, car il avait mangé comme d’habitude. Au début, cette faim ne le gênait point, mais elle devint très vite insupportable, c’était à ne plus en tenir. Cette faim, il ne voulait pas la combler, pas maintenant, tout ce qu’il voulait c’était voir celle qui lui brûlait le cœur aussi fort, il brûlait d’impatience de la voir ; mais rien à faire, la faim venait, toujours plus grondante, plus intense, plus humiliante. Elle se manifestait en gargouillis. Il ne savait pas quoi faire, il se disait que ça finirait bien par passer. Il s’arrêta au kiosque et s’acheta un paquet de chewing-gum, il paraît que ça passe la faim. Autrefois il s’arrêtait souvent au kiosque aussi, pour s’acheter des cigarettes. Mais c’était finit à présent, il ne fumait plus, tout ça c’était cassé avec son chagrin. Aujourd’hui n’était pas un jour comme un autre, où il devrait livrer une bataille sans fin, avec son mortel ennui, ses tourments intérieurs, son arthrose, sa sinusite, son diabète, son mauvais cholestérol et ses problèmes de foie, ainsi que sa maladie du « je ne sais pas trop quoi ».
Aujourd’hui, il allait revivre l’amour, plus fort encore que le premier, plus fort encore que tous ses amours réunis. Mais la faim ne le lâchait point, elle lui lacerait l’estomac tout entier, et lui torturait le bide, il s’en tortillait frénétiquement, on aurait dit une poupée en chiffon, en pleine agonie. Bref, ça n’avait rien de séduisant, pour un vieillard, qui voulait encore séduire une dernière fois. Il s’acheta un sandwich au passage, qu’il mangea très rapidement, afin de ne pas être vu par la nouvelle élue de son cœur, si d’aventure elle passait par là ; ce n’est pas très séduisant un vieil homme qui mange un sandwich, surtout avant un rendez-vous. Il s’assit sur un banc et attendit, un long moment, il savait qu’elle viendrait ici, ils s’étaient fixés rendez-vous, près d’un lampadaire et d’un arbre, avec le soleil qui était encore là, et qui éclairait cet après-midi. Il attendit sa Dulcinée, mais c’est finalement sa faim qui revint, celle qu’il croyait avoir tué pour de bon avec ce sandwich au jambon ; elle revint encore plus forte et plus dérangeante. Son gargouillis résonna si fort, que si sa bien-aimée était venue à ce moment-là, elle serait repartit d’aussitôt.
Mais elle ne vint pas, et la faim continua de le torturer jusqu’au soir.

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