La face cachée de la Grosse Pomme

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Je m’appelle Lola, j’ai 17 ans, mon père est un célèbre homme d’affaires que j’accompagne dans ses voyages depuis que je suis toute petite. En effet, ma mère étant morte quand j’avais deux ans, c’est lui qui s’est occupé de moi, refusant de prendre une gouvernante.
Je commençais à en avoir marre de voyager ! Nos incessants voyages nous amenaient d’un bout à l’autre du globe ! Et cela devait faire au moins la dixième fois que je me rendais à New-York. Autant vous dire que j’avais déjà visité tout les attrape-touristes de la ville. Je me préparais donc à passer toutes mes journées enfermée dans ma chambre d’hôtel et à ne sortir que pour les soirées mondaines auxquelles j’étais invitée grâce à la réputation de mon père. Donc, conformément à mes plans, je suis allée me terrer dans ma chambre dès notre arrivée à l’hôtel, alors que mon père repartait pour je ne sais quelle réunion d’affaire. Après avoir installé mes affaires dans l’armoire, je me suis affalée sur le canapé de luxe de ma non moins luxueuse suite d’hôtel. Baignant dans ce luxe depuis toujours, je ne m’émerveillais plus devant les vases en porcelaine de Chine contenant des orchidées noires, les draps en satin, les sculptures en marbre ou les peintures. A cette époque de ma vie, tout ceci n’avait plus la moindre importance. Je passais donc ma première journée à regarder la télé. Mon père me rejoignit le soir pour aller manger au restaurant de l’hôtel. Mon père avait la réputation d’être dur en affaires, tout le monde le respectait et le redoutait. Pour moi, il était un homme admirable, un père aimant qui avait réussi l’exploit de m’élever tout seul. Le lendemain, ma préparation pour le bal d’une certaine Mme Waldorf, une ancienne top modèle, m’occupa toute la journée. Le soir venu, j’étais fin prête. J’avais revêtu une robe bustier bleue très claire, assortie à mes yeux ; des escarpins noirs et mes cheveux avaient été bouclés par le coiffeur d’origine italienne de l’hôtel. Nous arrivâmes, mon père et moi, en limousine devant la résidence de Mme Waldorf. Je dû faire l’habituelle tournée des présentations aux côtés de mon père. Ce fut le seul moment animé de la soirée. Au bout d’une heure, en ayant assez de l’ambiance peu festive, due à l’annonce de la mort d’une star du cinéma Hollywoodien appréciée de tous, je décidais d’aller me promener dans le quartier. Après avoir déambulé dans le quartier pendant près de dix minutes, perdue dans mes pensées, je pénétrais dans une rue transversale peu éclairée. Alors que mes pensées se centralisaient sur le fait qu’à mon âge ne pas avoir d’amis était bien triste - en effet, voyageant sans arrêt, je ne restais pas assez longtemps à un endroit pour avoir le temps de me faire des amis, surtout que dans mon milieu, les gens ont un esprit très fermé et s’ouvrent difficilement aux autres – je fus surprise par des chuchotements et par des bruits de bombe de peinture. Intriguée, je me dirigeais vers la source de ses bruits. Ce que je découvris me coupa le souffle, deux adolescents venaient de finir de taguer le mur. Ce qu’ils venaient de représenter était extraordinaire : on pouvait voir une femme blonde, vêtue d’une robe blanche, vaporeuse, elle flottait autour d’elle. Cette femme dont on ne pouvait deviner l’âge avait les bras en croix, les yeux fermés et le visage vers le ciel. Le ciel était d’un bleu profond, on distinguait des vaguelettes. On ne pouvait savoir si c’était le ciel ou la mer, si la femme était humaine ou si elle était un ange. Autour d’elle, des motifs fleuris avaient été dessinés en gris très clair, presque blanc. Le résultat était tout simplement magnifique. Après avoir longuement contemplé ce chef-d’œuvre, je m’approchai des deux jeunes gens qui semblaient avoir mon âge et leur dit : « C’est tout simplement irréaliste. Comment faites vous ça ? » Après s’être concertés du regard, le garçon répondit : «  Tout est une question d’entraînement et d’imagination. » Je leur parlais un long moment sur les tags qu’ils faisaient. J’appris alors qu’ils avaient dix-sept ans, qu’ils étaient frère et sœur jumeaux et qu’ils s’appelaient Josh et Amy. Devant mon enthousiasme face à leur œuvre, ils promirent de me montrer leurs autres graffitis. C’est ainsi que le lendemain je partis avec eux dans un taxi jaune caractéristique de New-York conduit par leur père à la découverte de leur talent. Je découvris dans Manhattan un pêcheur aux yeux dorés, dans Brooklyn, je fis la connaissance d’une princesse dans sa tour d’ivoire. Au fil des jours, ils me montrèrent avec plaisir toutes les marques qu’ils avaient laissées un peu partout dans New-York. Grâce à eux, je réappris à apprécier l’art, et pour la première fois de ma vie, je me fis de vrais amis.

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Bocarnea · il y a
Une forte inspiration de Gossip Girl..? Malgré tout, c'est bien écrit.
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Carole Clement · il y a
Bravo Manon ! Ta nouvelle est très agréable à lire. Je me suis régalée. Bonne chance...
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Chevreuil · il y a
Sympa cette nouvelle. Bravo