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Antigone

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A l’époque, l’affaire avait fait grand bruit. Tout le monde s’y était mis, le gouvernement, les journalistes, les éminents professeurs de médecine, les ligues LGBT et les associations religieuses intégristes. Contre ma volonté, mon nom avait été cité plusieurs fois dans la presse, cela m’avait fortement déplu et ne m’avait attiré que des ennuis avec l’ordre des psychiatres. La police était arrivée, comme à son habitude, sans prévenir, avec une ordonnance du juge Langzner, elle avait saisi mes dossiers et les enregistrements de mes entretiens avec Philippe L. Comme pour tout cas d’homicide volontaire, la machine judiciaire s’était mise en marche, prête à tout broyer sur son passage. 

J’avais hérité de ce patient d’un confrère partant à la retraite. Il m’avait fait passer une note succincte sur Philippe L. : légers troubles de la personnalité, traitement médicamenteux en cours, un cas très classique. Lors de notre première rencontre, Philippe avait évoqué une enfance heureuse au sein d’une famille bourgeoise, second d’une fratrie de quatre. Porté par le goût des arts et de l’excellence, il avait intégré une école prestigieuse puis, sorti major, avait rejoint la direction des musées nationaux.  Un parcours sans faute, un futur bien tracé. Je le laissais parler sans trop intervenir. Il me disait ses doutes sur sa capacité à s’aimer tel qu’il était. J’avais décelé dans ses propos une insatisfaction larvée mais sans parvenir à la qualifier. Je pensais qu’il voulait juste brouiller son image de gendre idéal et que son problème d’ego ne relevait en rien d’une recherche profonde d’identité. 

Je n’avais rien deviné, c’est lui qui s’est livré plusieurs semaines plus tard alors qu’il avait sollicité un rendez-vous dans l’urgence.  Il partait le lendemain à l’étranger pour subir une chirurgie de réattribution sexuelle – en clair, il était né homme, il allait devenir femme. Il était extrêmement joyeux et je me rappelle qu’il avait éclaté de rire devant ma surprise, comme s’il m’avait fait une bonne blague en cachant la réalité de son mal-être. À nouveau, je le laissais parler mais cette fois-ci, je dois bien l’avouer, plus parce que j’étais décontenancé que par choix thérapeutique. Ce corps d’homme, cette enveloppe physique, il voulait s’en débarrasser comme on ôte un vêtement trop étroit. La nature lui avait assigné un sexe à la naissance, il avait décidé de se soustraire à cette loi, de la contrecarrer en modifiant de manière irréversible son identité sexuelle. « Je suis une femme, je le sais », m’avait-il murmuré.

Quelques mois plus tard, j’avais reconnu sa voix sur le répondeur. Elle me disait être en parfaite santé, ne souffrant d’aucune complication post opératoire et me confiait sa décision d’arrêter nos séances. Je classais son dossier à Philippe L., car elle avait oublié de m’indiquer son nouveau prénom. Je ne l’ai su qu’au moment où cet officier de police apposant les scellés sur mes notes et enregistrements, brandissait l’acte de saisie dans le cadre de l’enquête à son encontre.

Bien sûr, les détails de son histoire ont été repris dans les journaux, sa vie sentimentale exposée à tous. Je ne l’ai revue qu’une fois, lors du procès où elle plaidait coupable pour le meurtre de son amant. Elle fut condamnée à quinze ans de prison ferme. L’administration judiciaire se vit alors confrontée au problème du lieu de détention, prison pour hommes ou prison pour femmes ? Un comité d’expert s’était réuni décidant de manière péremptoire que la simple ablation n’avait pas fait de lui une femme, il restait ce qu’il était à sa naissance. Pour lui, la peine capitale.
 

PRIX

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Mazi · il y a
Bravo.
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Daniel Nallade · il y a
Le développement de votre histoire est dans sa forme, une mécanique du constat. La fin une horreur absolue, une torture judiciaire! *****
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John-Henry · il y a
Il y a quelque chose de terrible dans ce texte, de terrifiant dans son humanité ! Mes voix
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/lhomme-qui-tirait-plus-vite-que-moi-son-ombre

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Jcjr · il y a
Après tout, on a le droit de changer de sexe, c'est à l'administration de s'adapter. Mes voix et une invite à découvrir " l'essentiel " aussi en compétition.
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Jusyfa · il y a
Un texte parfaitement construit qui m'a embarqué, pour ne pas déflorer la chute je dirai simplement qu'elle est " glaçante !" Un grand bravo avec +5***** méritées.
Si votre temps vous le permet, j'ai une nouvelle en tête des suffrages... mais rien n'est joué, merci.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/a-chacun-sa-justice

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Jean Calbrix · il y a
Une étrange histoire qui se déroule crescendo jusqu'à la chute atroce. Les décisions de justices frisent parfois l'inhumanité ! Bravo, Antigone ! Vous avez mes cinq voix.
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Grenelle · il y a
c'est très discutable
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Antigone · il y a
Bonjour Grenelle pouvez vous svp être plus explicite ? clt
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Zouzou · il y a
...un court dans le silence des mots !
en lice poésie , ' De sa vie en rose ' et ' continuer ' si vous aimez

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Incorigibile · il y a
Tout y est et pourtant c’est très court.... Bravo
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Amicxjo · il y a
à envoyer au Pape et à ses sous-papes tous un peu grippés de la compassion...
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