La Disparition

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De formation littéraire, j'écris depuis mon adolescence, essentiellement sous forme de poèmes. J'ai enfin pris conscience de l'importance d'écouter mes besoins. Participer à des ateliers  [+]

Jamais je n’aurais pensé ressentir cela.
Enfin, jamais je n’aurais pensé ne rien ressentir du tout. Le néant.
Je ne ressens plus rien pour elle. C’est terrible d’écrire ces mots, de même simplement oser les penser. Mais il y a eu des émotions tellement extrêmes la concernant...Un peu comme si aujourd’hui ma jauge émotionnelle était épuisée, à sec. Tout a disparu : la tristesse, l’amour, la colère.
Aujourd’hui, je ne ressens plus rien quand je pense à elle. Je ne m’encombre plus de sentiments non plus.
Ce désert émotionnel fait écho je pense à sa disparition, le 19 septembre 1989, qu’elle avait soigneusement orchestrée dans mon dos. Comme tous les matins ma mère me déposait à l’école et venait me chercher le soir. Elle ne travaillait pas mais se rendait parfois à de ventes de vêtements. Ce fut le prétexte du jour : « C’est sans doute papa qui viendra te chercher ce soir si je n’ai pas fini à temps. » Étrange...L’emploi du temps de mon père le retenait si souvent au travail que ma mère faisait toujours en sorte d’être là, devant le portail de l’école. Or, ce soir-là en effet, la prédiction de ma mère eut lieu : j’étais étonnée de voir mon père, silencieux, ne répondant à aucune de mes questions.
- Maman n’a pas fini ? A quelle heure elle rentre ? Pourquoi tu ne réponds pas papa ?
- Ta mère ne rentrera pas ce soir.
- Ah bon ? Elle a prévu de rentrer tard ? ou demain ?
- Non, elle ne rentrera pas car elle est partie.
- Hein ? Partie où ? En voyage ? C’est pas possible elle m’en aurait parlé !
Je vis mon père pleurer. De colère, non de tristesse. Et je compris.
J’avais 10 ans à l’époque, et je ne sais plus comment cette interminable journée s’est achevée. Ma sœur, en larme elle aussi, a su m’expliquer ce qu’il s’était passé. Elle était au courant de tout, du haut de ses 18 ans. A l’époque j’avais trouvé cela injuste qu’elle sache tout et pas moi. Aujourd’hui, je me dis qu’elle n’avait sans doute pas demandé à porter ce lourd fardeau à son âge.
Ma mère avait un amant. Ce 19 septembre 1989, elle a pris l’avion et l’a rejoint, s’éloignant de nous, à plus de 1000 km d’ici. Nous abandonnant, ma sœur, mon père et moi.
Malgré cela, cette petite fille que j’étais n’avait qu’une idée en tête : revoir sa maman qui lui manquait. C’était comme une déchirure, une plaie au cœur qui restait béante au fur et à mesure que les semaines passaient. Alors quand les choses se sont apaisées, que la vie a continué à trois, et que j’ai enfin eu la possibilité de la revoir, j’ai pu trouver une forme d’équilibre. J’ai pu trouver une mère à temps partiel. Durant mon adolescence, nous sommes restées très proches, nous sommes même devenues complices. Elle était ma confidente, la personne que je chérissais le plus au monde malgré tout le mal qu’elle m’avait fait.
Aujourd’hui, je ne ressens plus rien quand je pense à elle. Je ne m’encombre plus de sentiments non plus. Et ça fait du bien...
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Etienne Mutabazi · il y a
Vivre pour son bonheur avant celui des autres afin d'éviter le pire
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Mickaël Gasnier · il y a
Vous ne vous encombrez plus de sentiment mais vous pensez à elle :-) de temps en temps...
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Pierre Tryda · il y a
Chacun est libre de suivre son chemin, avec ce dilemme permanent, faut-il vivre pour soi ou pour les autres?