La dernière rivière

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Image de Automne 2016
Des rires en bas, sous ma route fumante. Je demande au taxi brousse de s’arrêter. Je dévale la pente poussiéreuse comme on fugue.
Sous des arbres fossilisés, de l’eau, vivante.
Alors, je les ai vus : corps moirés d'or, assis ou disparaissant à mi-cuisses dans le lait ocre de la rivière. Des yeux d’ambre se tournent vers moi. Des lèvres grises craquelées d’étoiles vermeilles s’ouvrent sur des dents blanches. Et soudain, feu d’artifice de piaillements, d’éclats de ventres jaunes sur ciel blanc : les oiseaux jouent avec la soif, avec celle des hommes. Plus de fleurs à féconder, alors...
En aval, règne une agitation nonchalante : de l’eau safranée jaillissent des étoffes multicolores tordues par des bras durs mille fois brûlés par le soleil.
Puis une main râpeuse saisit la mienne : une petite personne me regarde les yeux levés, d’autres corps humides s’approchent, me poussent vers un groupe poussiéreux.
On l’écoute, le vieux corps sans sève. On dit qu’il vient du Tibet, non, des Torrès, d’où ? D’un endroit où l’eau, déjà, n’existe plus, où la chaleur soulève des tempêtes de sable, où les vivants sont presque transparents.
Son vêtement tombe. Partout sur son corps parcheminé, un enchevêtrement de signes.
— Lis, dit-il.
Mon désarroi fait claquer les langues, les rires.
— Les lignes de sa vieille peau ! son visage ! Touche si tu sais lire. C’est notre histoire, la tienne... nous aussi, un jour, nous porterons notre histoire, celle de ceux qui ne s’assoient pas pour écrire, de ceux que personne ne veut lire.

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