La Demoiselle

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La Demoiselle avait fière allure. Toutes voiles dehors, elle parcourait la baie.
Quand le vent soufflait fort, son ventre blanc émergeait des vagues pour briller au soleil.
Ses pavillons claquaient, ses haubans vibraient, son étrave fendait les flots.
La Demoiselle aimait faire la course avec les dauphins, saluer les mouettes qui virevoltaient dans le ciel, raser les rochers et slalomer entre les bouées.

Mais ce que La Demoiselle adorait par-dessus tout, c’était sentir courir sur son dos les pieds du petit moussaillon. Entendre ses cris de joie et de surprise.
Marin grimpait à bord chaque fin de semaine et pendant les vacances, sauf celles de Noël. Il apprenait à naviguer avec son grand-père, le capitaine de La Damoiselle. Il hissait la grand-voile, tirait sur les écoutes et s’installait même parfois à la barre.
De temps en temps, il sortait une ligne pour pêcher à l’arrière et attraper leur déjeuner.
Au fil des ans, Marin et La Demoiselle devinrent très complices. La Demoiselle offrait au garçon de magnifiques escapades en mer et, en échange, il prenait grand soin d’elle.

Mais un jour, grand-père annonça à Marin une mauvaise nouvelle : il devait se séparer de La Demoiselle. Les larmes aux yeux, le garçon fit ses adieux à son amie et la regarda s’éloigner vers d’autres mers.

Les années passaient, et Marin continuait à naviguer, mais sa grande amie lui manquait. Il ne l’oubliait pas.

Au milieu de la rivière, La Demoiselle restait accrochée à sa bouée.
Les voiles pliées, le pont crotté, la coque couverte de mousse.
Son nouveau capitaine l’avait oubliée.
La Demoiselle ne dansait plus.
Elle contemplait tristement le paysage et ses voisins plus chanceux.

Un beau matin, alors qu’il remontait la rivière à bord d’un petit canot, Marin, devenu adulte, aperçut un voilier qui lui sembla familier. Il s’approcha et, malgré toute la crasse qui recouvrait le navire, il parvint à lire son nom : La Demoiselle !
Marin avait enfin retrouvé son amie d’enfance. Il la répara, la brossa, la fit briller de mille feux, lui offrit de nouvelles voiles et de nouveaux cordages. Puis il organisa une grande fête sur le port afin de célébrer leurs retrouvailles. Toute la nuit, on dansa au son des accordéons.

La Demoiselle avait repris la mer. Elle n’était plus toute jeune, mais elle était heureuse. Sur son dos couraient à nouveau des petits pieds de moussaillon.
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