La déca"danse"

il y a
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— Bon, on rentre.
— Y a quelque chose qui ne te plaît pas.
— Pfff, cette décadence.

Et voilà, soirée foutue, encore une fois. Ce que Papa appelle «décadence» c’est un léger chaloupement des petits culs sur la piste. Pourtant même le Préfet n’a pas l’air d’y trouver à redire. Sa femme n’est pas la dernière à tortiller son cul en cadence avec le beau Serge, dont le digne représentant de l’état devrait bien se méfier.

Monsieur le Maire a tout bien fait pour ce bal de la sainte Madeleine, patronne de notre petite ville. Pensez donc, un bal avec orchestre (quinze musiciens), alors que de nos jours la sono est reine. Mais Papa s’en tamponne. Ça la fout mal, le dirlo de la plus grosse entreprise de la région qui se casse dès le début, mais personne ne lui en fera grief, bien trop peur qu’il délocalise ses huit-cents emplois.

L’un derrière l’autre nous battons en retraite. Papa, la reine mère et cézigue, sous l’œil amusé de ceux qui ne craignent pas pour leur emploi.

Papa a un sacré balai dans le cul. Jugulaire, jugulaire, il mène sa boite comme un adjudant et sa vie pareille. La nôtre, n’en parlons pas, nous lui devons le boire, le manger et le coucher, c’est pourquoi nous fermons notre gueule. Comme il n’a jamais pu me caser dans un emploi, une petite incompétence mentale paraît-il, il m’entretient, assez largement d’ailleurs à ne rien faire, en revanche je dois filer doux.

Il n’est pas derrière moi en permanence et en matière de décadence, s’il avait seulement une idée de mes ébats avec la grosse Lulu sur la banquette arrière de l’Audi, il avalerait sûrement son dentier.
Lulu, c’est la seule que j’ai réussi à pécho, mais vu la taille de ses appâts, j’en ai pour un moment à faire le tour. Elle est pas emmerdante, une balade à la grande ville, enfin plus grande que la nôtre, un resto, un ciné où elle se répand toujours un peu, ça me mouille le cou, j’aime pas, mais ma main au chaud ça compense.

Lulu c’est en attendant, pour patienter. Celle qui me fait bander vraiment c’est Agnès, la fille du Préfet. L’air aussi salope que sa mère, aussi belle aussi. Là y a loin de la coupe aux lèvres. Si charnues nom de Dieu, j’en bave. Et c’est bien ça qui bloque, je bave, un peu, pas beaucoup, mais y en a que ça dégoûte. Maman chérie dit que lorsqu’on aime...
Le problème c’est qu’Agnès ne m’aime pas, j’en suis sûr. A son geste de retrait quand j’approche de son groupe, je vois bien qu’il n’y a pas d’atomes crochus entre nous deux.

*****

Branle-bas de combat et peur sur la ville. On a retrouvé Agnès au bord du canal, retroussée, molestée et violée. Décédée aussi, ça va de soi.
Tous les mâles sont du coup soupçonnés. Qui n’a pas déclaré en fanfaronnant qu’il aimerait bien se la faire, avec force détails.

Comme il fallait s’y attendre, après élimination, je me retrouve comme meilleur candidat au statut de suspect. On connaît mon addiction à la belle Agnès, que je couve d’un regard énamouré à chaque fois que nous sommes en présence l’un de l’autre. Mon seul alibi pour l’heure du crime qui a été déterminée avec précision c’est Lulu et là, il va me falloir choisir entre la garde à vue et les vivres. Pas question d’avouer à Papa la raison de mon absence au foyer dans la nuit de samedi.

*****

Garde à vue, prolongation, tout l’arsenal m’a été administré. L’enquête suit son cours et la détention provisoire a été demandée par le magistrat instructeur qui espère ainsi me faire avouer. Espérons que le responsable de cette méprise ne tarde pas trop à se dévoiler.

Les journées et surtout les nuits sont longues entre quatre murs. Si les policiers connaissaient la teneur de mes rêves, sûr que ma culpabilité ne ferait aucun doute. Agnès y passe un «bon» quart-d’heure. Contrairement à son assassin, je ne voulais lui faire que du bien.

*****

Ce matin, mon avocat, commis d’office est venu me faire part de ma libération immédiate. Toutes les accusations sont levées en ce qui me concerne. Le coupable s’est fait connaître hier soir à la police.

— Le beau Serge ?
— Vous n’y êtes pas du tout.

Il m’a tout expliqué et j’ai mieux compris pourquoi je n’avais pas eu de nouvelles de ma famille pendant mon incarcération.

Je suis passé chez la marchande de fruits avant de rendre visite à Papa. Je lui ai acheté tout son stock d’orange. Il va lui en falloir beaucoup avant de recouvrer la liberté.
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Un petit mot pour l'auteur ? 30 commentaires

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RAC · il y a
ARGH !
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jusyfa *** Julien · il y a
Excellent ! Un texte bien vivant ! qui ne tourne pas autour du pot, j'ai adoré.
Julien.

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Dranem · il y a
Un sacré tour de piste cette déca "danse" !
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Eddy Riffard · il y a
Le contexte me fait songer à Dupont Lajoie. Enfin, le développement de l’histoire est moins dramatique...
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Fred Panassac · il y a
Classé en « érotique » il faut montrer patte blanche, mais c’est plutôt un mini thriller des familles qu’un érotique.
Bien mené, toujours chercher dans la famille et les proches pour trouver le coupable.

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Long John Loodmer · il y a
Je l'ai classé en érotique du fait de qq mots crus, mais effectivement c'est plutôt un noir
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Randolph · il y a
Tu as bien fait de nous le présenter sur le forum, c'est un très bon texte, mais c'est dommage que tu aies besoin d'en passer par là !
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Long John Loodmer · il y a
Tu l'as dit. J'avais laissé tomber ce genre de pub, mais désormais je m'y remet, même si ce seront mes seules interventions sur le Forum.
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Randolph · il y a
Si tu n'as pas le choix...
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JD Valentine · il y a
C'est bien mené. Dommage que ce soit pas le beau Serge 😀
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Isa. C · il y a
J'ai bien aimé ce mini polar ❤
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Francky GOES · il y a
Comme quoi, les salauds ne sont pas ceux qu'on imagine aux premiers abords.
Ah ces vieux vicieux, vieux macaques...
Très bien conté, comme à ton habitude.
Les paroles de Décadence (Jean LELOUP) me viennent en tête :
https://www.google.com/search?client=firefox-b-d&q=d%C3%A9cadence+paroles+jean+leloup
Bien à toi
Franck

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Viviane Fournier · il y a
Oh super, Long John ... un rodeo familial entre acte et silence ... tes mots rendent tout vivants et on est devant l'écran ... jusqu'à la fin où le stock d'oranges fait son effet ! J'ai adoré !
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Long John Loodmer · il y a
Tes coms me font tj chaud au coeur
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Viviane Fournier · il y a
Joli dimanche à toi, Capitaine... mes mots sont sincères, tu sais !

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