La Dame de fer

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En cet après-midi dominical de septembre 1889, Guy de Maupassant se promène en direction du Champ-de-Mars. Le vent frais annonce le début de l'automne, tout comme le tapis de feuilles vermeilles faisant penser à L'automne - Bord de la Seine de Sisley, ainsi que les oiseaux qui s'en vont pour les pays chauds. Un orchestre joue avec force les grands classiques de la musique savante germanique, cependant les passants n'y prêtent pas d'attention particulière. Des effluves émanent aux abords des cafés où citadins et touristes prennent du bon temps, en discutant avec enthousiasme de l'Exposition Universelle, cette dernière se terminant le mois prochain. Arrivé à un kiosque, il demande le journal puis une fois assis confortablement sur un banc le consulte. Ce qui s'y trouve inscrit l'ennuie prodigieusement en dehors de la rubrique sur la Dame de fer, cette nouvelle arrivante dans le paysage parisien fait délier les langues depuis qu'elle est érigée. Certains ne sont pas d'accord sur l'implantation, quand bien même temporaire de cette masse de métal imaginé par l'ingénieur Eiffel car jugé "trop imposante", pour d'autres elle représente une prouesse technique dont nos voisins souhaitent en rêve.

Tout à coup Guy de Maupassant tombe. Il contemple ses pieds et à sa stupéfaction une barre de fer se trouve en-dessous, suspendu à plusieurs centaines de mètres du sol, que vient-il de se produire ? Cette sensation de vertige, la peur le tenaille et l'empêche de faire le moindre geste. Soudain, il voit d'autres personnes sur cette tour et cherche alors le moyen de les interpeller pour demander de l'aide, cependant rien n'y fait, l'angoisse l'accapare. Quelle situation absurde ! se dit-il, être sur la Tour Eiffel en pleine construction ! quand subitement une main l'aide à se relever. Ne pouvant dire mot, il se retrouve en compagnie d'hommes et se met à acheminer du fer puddlé en haut de l'édifice. L'atmosphère lui est familière, l'air est à la fois léger et puissant à cette hauteur, il se sent flotter puis attirer dangereusement vers le bas et du haut d'une poutrelle métallique, chute.

Guy de Maupassant retrouve son banc sur lequel il s'était assoupi. Il a quelques réminiscences et comprend qu'il ne s'agissait là que d'un mauvais rêve. Sa première réaction consiste à regarder sa montre à gousset, une heure s'était écoulée depuis son arrivée au Champ-de-Mars. Dans un soupir, il tente de s'en souvenir mais rien n'y fait. Une brise glaciale vient fouetter son visage puis s'engouffre dans les quelques feuilles encore suspendues aux arbres, il tourne la tête pour admirer le spectacle et voit la somptueuse construction surplombant la ville. Un changement s'opéra dans ses yeux, il se souvient dès à présent de son étrange songe. En cette soirée dominicale, Guy de Maupassant troublé par son rêve paraissant si réel, souhaite rester au Champ-de-Mars plus longtemps qu'à l'accoutumée pour y admirer celle qui semble le défier, la Dame de fer.
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