La créature du lac

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"Le hasard c'est la forme que prend Dieu pour passer Incognito" Jean Cocteau J'écoute la vie et je la peins, je l'écris ou la chante selon mon humeur. Membre de la S.A.C.E.M. comme parolière. Mon  [+]

Ah ! Le temps béni des colonies de vacances...
Jules est assis sous une tente de toile bleue, du haut de ses six ans il n’est pas très rassuré car c’est la première fois de sa toute jeune vie qu’il se retrouve si loin de sa famille.
Heureusement son copain Arthur l’accompagne et l’aventure n’en devient que plus palpitante.
Demain, c’est le vingt et un juin et pour célébrer la fête de la saint Jean, toute l’équipe de moniteurs a décidé  d’emmener les enfants camper près d’un grand lac en haute montagne. Au programme du jour, canoë-kayak, pique-nique géant et bien sûr les danses autour des feux.
A l’évocation de cette journée de réjouissances, les enfants sont excités comme des puces, surtout le groupe des grands qui a déjà vécu l’expérience l’année précédente.
Les plus petits écoutent bouches bées, les aventures extraordinaires et souvent exagérées de leurs illustres aînés qui s'en donnent à cœur joie et rajoutent des détails saugrenus pour pimenter leurs dires.
Il y a quand même une histoire qui circule et provoque chez Jules des cauchemars tellement réels, qu’il s’est réveillé au petit matin, le bas de son pyjama auréolé d’une incommodante tache jaune.
Au fond de lui-même, il essaye de se convaincre que cette désagréable sensation est due à sa transpiration excessive, mais le froid qui règne à l’extérieur laisse entrevoir une explication beaucoup plus embarrassante.......Il a tout simplement fait « pipi au lit ».
Heureusement, ce matin là, le moniteur qui dort sous la tente est déjà sorti pour préparer le petit-déjeuner, ce qui lui laisse le temps de cacher son infortune au fond d’un sac en plastique.
Il se change rapidement et, escorté de son copain Arthur prend le chemin du gîte où l'attend un petit déjeuner copieux et sucré servi sur une robuste table de chêne blond.
Autour des tables, l’histoire terrifiante continue de se répandre entre les bols de lait et les céréales, elle s’amplifie, se transforme, se déforme d’une bouche à l’autre.
En effet, l’an passé le campement a été attaqué par une bête monstrueuse, couverte de longs poils, avec des yeux sataniques, une rangée de dents impressionnantes, elle avait au moins six pattes et des griffes immenses qui ont d’ailleurs laissé leurs empreintes sur le rocher.







Chacun rajoute un détail insolite à cette pauvre créature qui se transforme en loup-garou bien malgré elle.
Le petit-déjeuner terminé, les réjouissances peuvent commencer et la journée se déroule sans incident entre le canoë, le tir à l’arc et la pêche à la truite.
Il fait un temps superbe et les flaques de jonquilles ruissellent, les brins de lavande pudiques bourdonnent d’abeilles gloutonnes et le ruisseau tout proche clapote sous le roulis des galets blancs.
Des fleurs de rocaille multicolores s’agrippent aux parois qui dominent le campement et quelques buses majestueuses poussent des cris stridents qui transpercent le silence inquiétant.
Vers neuf heures, on allume les feux de la saint Jean et tous les enfants forment une farandole autour des flammes crépitantes.
Jules ne lâche pas la main d’Arthur, il tourne autour du feu, mais son regard inquiet scrute l’horizon, la nuit vient de tomber.
Soudain, sur le rocher qui surplombe le campement, une masse inquiétante où brillent deux yeux féroces vient d’apparaître, elle est couverte de poils noirs sur une gueule béante aux crocs interminables, de longues griffes blanches claquent sur le rocher.
Jules devient tout raide, il serre si fort la main d’Arthur que l’on peut entendre les petits os craquer sous la pression.
La créature se dirige à vive allure vers le campement, c’est la panique générale, les enfants courent dans tous les sens en poussant des cris aigus.
Arthur s’est enfuit mais Jules est resté prostré sous l’effet de la peur, son corps tout entier et ses pieds en particulier refusent de bouger, il est cloué au sol.
Il a fermé ses yeux car la bête vient droit sur lui, attirée par ses cris et son immobilité, encore quelques mètres les séparent, trois deux, un...
Soudain le choc violent de l’attaque, Jules se laisse tomber à terre résigné.
Il attend, toujours les yeux fermés que la bête le dévore, quelques secondes passent, il sent bien le poids de l’animal, mais pas de douleur ni de morsure, juste une langue râpeuse qui lui nettoie le visage.
Il ouvre les yeux et se trouve confronté à un énorme chien de berger sans doute attiré par les odeurs de viandes grillées.
Autour de lui, tous ses camarades sont secoués d’un fou-rire général.
Jules n’ose pas se mettre debout, en effet, une large auréole vient de naître sur le bas de son survêtement et vu les circonstances, sa transpiration certes excessive ne pourra être tenue pour seule responsable...
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Image de Ginette Flora Amouma
Ginette Flora Amouma · il y a
j'aime la description du paysage entre jonquilles , lavande et fleurs de rocaille.
Belle histoire qui restera dans les souvenirs .