La Créature

il y a
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Ci-gît moi, et mes divagations verbales, mes pulloroses en prose... Et même si l'irrationnel côtoie souvent le passionnel, c'est avec une grande exaltation que je retranscris en mots et en maux, le  [+]

La créature observait l’horizon depuis le sommet de cet immense mur de métal. La ville anthracite, déposée dans un écrin de verdure, s’élevait vers le ciel bleu teinté de tendres nuages violacés. De larges faisceaux lumineux rouges caressaient les différentes structures argentées qui sortaient de terre telles des stalagmites urbains. Soudain, la créature bondit sur une plate-forme située à une bonne dizaine de mètres en contre-bas. L’impact de ces quatre pattes sur le sol ne fit quasiment aucun son. Elle était d’une extrême agilité, et semblait se déplacer comme un de ces yamakasis surentraînés. Elle poursuivit sa course vers un immeuble crème de forme ovoïde. Elle entama l’ascension de ce bâtiment. Ces appuis et ses prises étaient parfaits, et après quelques impulsions bien senties, elle atteignit sans aucune difficulté et à une vitesse démentielle un grand cadre placé au dernier étage. Elle composa un code sur un boîtier à proximité, ce qui permit d’ouvrir cette sorte de fenêtre blindée. En une fraction de seconde elle fut engloutie par la tour.
Un véhicule volant passa furtivement à quelques mètres de là. Une autre de ces créatures, plus charnue, était cambrée sur ce qui ressemblait à une moto des airs. Ces pieds, tout aussi préhensiles que ses mains, tenaient fermement l’équivalent du guidon, placé en bas de l’engin, tandis que les doigts de ses mains tapotaient sur un écran tactile. Elle s’engouffra dans un couloir aérien, et descendit en flèche vers les petites artères de la ville.
Les ruelles grouillaient de ces êtres à quatre pattes. La plupart portait des vêtements amples, faits d’un tissu brillant et soyeux. On distinguait malgré tout, facilement les femelles des mâles, car elles avaient toutes une chevelure très longue, extrêmement bien entretenue, et ornée de nombreux attributs colorés. Certains mâles semblaient vouer un culte à leur beauté. Ils suivaient de près certaines d’entre elles, les yeux transits d’admiration, mais toujours avec beaucoup de respect. Les femelles n’étaient certes pas indifférentes aux attentions bienveillantes de leurs prétendants.
Tandis qu'un peu partout dans ces rues animées, des marchands criaient dans un dialecte chantant, les bienfaits de leurs épices parfumées et de leurs feuilles de thé relaxantes, ou vantaient la douceur de leurs étoffes chatoyantes. Les étals étaient magnifiquement colorés, et rien ne ressemblait de près ou de loin à un morceau de viande ou de poisson, ils étaient uniquement achalandés de légumes, de fruits et d'herbes aromatiques. L’ambiance qui se dégageait de ces marchés était incroyablement chaleureuse.
Tous ces êtres aux visages lisses et aux yeux immenses, arboraient tous un sourire plein de béatitude. Ici, l’amour et la joie étaient partout et les gens se nourrissaient des bons sentiments. Les regards se croisaient, les échanges fusaient, et surtout les rires abondaient. Encore plus incroyable, aucun équivalent d’argent ne servait aux transactions. Les acheteurs prenaient ce dont ils avaient besoin, ni plus ni moins, avec le plus grand respect pour le vendeur, qui n'en était pas moins fier et heureux de donner ses produits. Tout était échange de bons procédés, de services rendus ou d’invitations.
Dans un monde aussi serein, le taux de criminalité était égal à zéro. Le fait même d’offusquer son prochain était inconcevable dans cette société élaborée. Comment une telle chose pouvait être possible ? Aucun d’entre eux n'avaient même conscience de ce que serait un monde dans lequel le vice et le profit étaient roi. Ici, les écoles n'enseignaient aucune histoire évoquant les exploits de héros de guerre, l'intelligence de grands stratèges militaires ou la folie d'empereurs tyranniques. La justice ne punissait aucun meurtrier, aucun pédophile, ni aucun violeur. L'état ne taxait aucun de ses concitoyens, et tous les citoyens respectaient les lois. Les signes ostentatoires de richesse n'existaient pas. Il n'y avait ni pauvreté, ni famine, ni sans-abri. Chacun était libre, chacun était l'égal de son prochain, qu'il soit blanc, rouge, petit ou stupide.
Il n'y avait aucune limite au bonheur, ce qui confirme qu'il n'est nullement utile de ressentir de la peine pour mieux apprécier le bonheur. Cette fausse logique a tendance à être banalisée sur notre planète, alors qu'elle n'est qu'une manière pour l'homme, de justifier le fait que la vie sur Terre passe obligatoirement par des déconvenues, de l'injustice, de la trahison, et bien d'autres variations de nos capacités d'auto-destruction. Nous savons pertinemment qu'il n'est pas concevable pour notre humanité d'arriver à un bonheur constant comme c'est le cas sur cette planète. C'est un fait et cela est à présent immuable. Et pourtant l'homme est passé tout près de ce bonheur. En effet, la créature dont il est question ici, n'est autre qu'une version de l'homme sur une Terre parallèle dans un univers parallèle. Une Terre bis où quelque chose a été différent dès les débuts de l'évolution de l'homme. En effet, dans le schéma bien connu de Darwin, cet homme « bis » n’a jamais connu l’homo erectus. Il ne s'est donc jamais relevé, ou plutôt, jamais élevé contre la nature selon le point de vue dans lequel on se place. Car rien dans l’anatomie du corps humain n’est en réalité fait pour qu’il se tienne debout. Et sur notre Terre que nous connaissons, cette hérésie, cet acte invraisemblable, fût donc le tout premier défi lancé à la nature, qui entraîna sans doute tous les autres actes irresponsables, puis ensuite toutes les déviances, calamités, méchancetés et autres abominations dont l'homme est capable. L’homme bis de cette Terre bis est quant à lui toujours resté en parfaite symbiose avec son environnement, et vit une vie paisible et harmonieuse dans la joie et l’amour de son prochain.
Ceci a donc été possible, tout simplement parce que cet homme bis n’a jamais souhaité observer le monde de plus haut que la hauteur de son auguste postérieur.
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Patrick Gibon · il y a
un joli point et poing de vue quadrupède de cette utopie dans un multivers parallèle
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Danydark · il y a
merci pour votre humour
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Atoutva · il y a
Une idée originale et bien pensée. Et pourquoi pas... possible !
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Joëlle Brethes · il y a
Intéressante théorie 😉
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Danydark · il y a
Merci.

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