La course au miel

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Formateur en Francais Langue Etrangère de scolarisation à Mayotte, je viens vous présenter quelques nouvelles écrites au gré de la houle, des marées et des courants  [+]

Nous étions sept perchés sur la première branche du grand manguier. Assis à quelques mètres du sol, devant nous s’étalaient le bras de mer, la brousse et au loin les pirogues ballottées par le courant et le vent. Demain, elles reviendront avec le poisson frais pour les étals de Joal. Derrière nous, notre village s’endort sous un soleil de plomb. Maintenant, il nous faut attendre. Une charrette de paille passe sous nos pieds.
« Mbaldoo, lance le charretier en sérere. Alors, on attend ! » poursuit-il en français en continuant l’ocre chemin latérisé.
Les deux hommes étaient partis la veille avec leurs calebasses. Ils avaient dû traverser le bras de mer à marée basse, parcourir la brousse. Ils reviendront après la prochaine marée sous le poids des calebasses. La nuit malgré le hurlement des hyènes, ils avaient poursuivi leur quête dans la brousse. Enfin au matin, ils avaient entendu le bruit tant attendu. Les abeilles étaient là bourdonnantes de toute part. Malgré l’habitude, Simon et Mame redoutent l’instant où il faudra prélever le miel.
  « Où sont la torche et les allumettes ? demande Simon.
- Dans  mon baluchon » répond son compagnon inquiet...


Toujours sur la branche, je regarde au loin et entrevois une silhouette.
« Ils sont de retour. Là-bas ! Ils arrivent » je m’écrie.
« Non, ce n’est qu’un singe égaré qui court dans la brousse » répond Khady.
 
L’attente se poursuit. Thérèse entonne une chanson apprise à l’école.

« Un jeune soldat sur la pont Henri 4
Pendant la nuit faisait la faction
Voyant passer trois jeunes militaires
Parmi lesquels le Grand...
 
...Simon est là. Simon est là. Ils arrivent ! » s’écrie soudain Thérèse oubliant l’Empereur.


Les deux hommes sont au loin. Il me faut courir  le plus vite possible pour espérer être la première. La première pour goûter le miel de la brousse aux arômes si fumés. Mais Alexandre est encore devant moi. Toujours, il fut le premier goûteur.

Mais la chance me sourirait-elle aujourd’hui ? Sur un caillou glissant, il se retrouve à terre. Je suis en tête. Essoufflée, épuisée, j’arrive la première devant les deux hommes, leurs visages tuméfiés par les piqures d’abeilles.
« Angélique, aujourd’hui te voilà la première à goûter le miel de la brousse», m’annonce Mame comme une victoire.

Depuis ce jour mémorable, ma détermination et mon obstination m’auront permis de traverser - presque sans encombre - les épreuves de la vie.
Anthiou, Augustin Aurora, aout 2020
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