La colline

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C'était hier. Enfin, je crois. Je ne peux plus en être sûre. Pas avec ce que je viens de découvrir.

Cet endroit, tout le monde a toujours dit que c'était une carrière. Moi, je n'y ai jamais cru. Simple intuition. Et le fait que je n'ai jamais vu un seul camion en sortir m'a mis la puce à l'oreille aussi.
Après quelques recherches sur internet, il s'agirait d'une usine de poudre à canon. Ça explique qu'il y ait autant de sécurité tout autour de cette colline. Mais je ne suis toujours pas convaincue. C'est décidé, ce week-end, je fais comme dans les films, je fais une planque devant et j'observe.

Vendredi soir, 20h.
Je suis prête! Duvet? OK! Ordinateur? Chargé! Téléphone? Idem! Caméra? J'en ai pas, mais le téléphone fera l'affaire. C'est parti, plus qu'à prendre mon "kit de survie" (en fait, c'est juste une batterie de voiture et un convertisseur pour charger l'ordinateur). C'est parti!

21h. Je suis en face d'une des entrées. C'est celle qui a l'air la plus protégée, et celle qui ressemble le moins à une entrée de carrière ou d'usine. D'abord une grille surprotégée, puis un pont de quelques mètres, et enfin l'entrée, qui ressemble à une grotte. Mais si on fait attention, on aperçoit surtout une paroi blindée pas loin derrière les gardes.
Je suis assez loin pour ne pas être vue par les caméras de surveillance ou les agents de sécurité. J'ai inspecté les alentours plusieurs fois en passant, à la recherche d'autres caméras, ou de détecteurs. Mais rien. Deux voitures, qui ont l'air abandonnées, non loin de sortes de bouches d'égoûts ou de puits d'aération un peu plus loin, aux abords de la rivière, mais c'est tout ce qui me semble suspect, rien de plus.

Samedi, 1h du matin.
Je suis réveillée par un camion qui se gare à côté de moi. Je fais mine de dormir, mais j'entends quelqu'un parler.
- C'est la cargaison du jour! Mais vous en faites quoi de toute cette viande avariée?
C'est probablement le chauffeur. Il a l'air d'avoir l'habitude de livrer ici, mais sans savoir le pourquoi du comment. Je bouge légèrement pour voir le camion, mais il n'a aucune inscription.
Pourquoi une usine de poudre à canon ferait-elle venir de la viande avariée? Je verrai ça demain. Pour l'instant, je filme le camion qui rentre.

4h23 du matin.
BOOM. Une détonation! Quoi? Je me suis endormie? Quand? Comment? Pourquoi? Et je suis où, là? Ah oui, dans ma voiture, c'est bon!
Et cette détonation. Elle n'avait rien d'une explosion. On aurait plutôt dit... je sais pas, comme un claquement électrique, peut-être. Ils feraient des expériences électriques sur de la viande? Etrange! Et dégoûtant!

Une minute plus tard.
BOOM. Nouvelle détonantion! Waoh! Cette fois, j'ai cru voir de la lumière filtrer à côté des voitures abandonnées. Elles sont surement là pour dissimuler les rayons de lumière qui s'échappent. L'envie me prend d'aller y jeter un oeil, mais je me sens observée. Tant pis, je fonce. Enfin, façon de parler. J'ouvre délicatement ma portière et.... merde, le plafonnier s'allume! Je suis repérée. Bon, jouons ça "nature": pause pipi! Je m'accroupis au niveau de la roue arrière et fais mon affaire. Si on m'a vue, on ne se doutera de rien. Il y a souvent une ou deux voitures ici, des gens qui s'arrêtent en cours de route pour se reposer, ça doit bien arriver de temps en temps que les passagers sortent uriner.
Bon, maintenant que je suis sortie, autant en profiter, je vais jusqu'aux voitures, et je regarde à travers les grilles. Et ce que je découvre,...
BIM! Un coup sur la tête. J'ai été trop sûre de moi.

Entre samedi 4h24 et.... plus tard.
Aïe, ma tête, c'est douloureux. Et... merde, je ne peux pas bouger, ils m'ont menottée à ma chaise. J'essaye de me libérer une main, et, aïe, c'est trop serré, ça fait mal.
- Bonjour mademoiselle! résonne une voix flippante sortie d'un haut-parleur.
Bonjour. Donc ça fait un moment que je suis là. Merde! Je me suis faite avoir comme une bleue.
- Qu'avez-vous vu? grogne la voix.
Je ne réponds pas, trop occupée à regarder et comprendre ce qui m'entoure. Une porte sur ma gauche, un appareil métallique qui m'encercle, il est relié à un ordinateur et un gros boitier en plastique. Ils s'apprêtent à me torturer? Ça y est, je commence à trembler, j'avoue que je commence à avoir peur. Et ce n'est pas en baissant les yeux que je me réconforte, bien au contraire. Le sol sous ma chaise est couvert de sang séché, c'est répugnant, et cette odeur de mort commence à m'emplir les narines bien que je ne sente habituellement rien.
- Du calme, m'envoie la voix du haut-parleur. Ce n'est pas du sang humain.
Alors il a compris mon état. Comme ça. D'un simple coup d’œil à son moniteur. Je viens de voir la caméra qui me fixe. Et une autre, et encore deux. Une dans chaque angle. Comment j'ai pu rater ça! C'est ça, l'expérience qu'ils menaient hier soir. Ça s'est passé ici. Mais que font-ils?
La porte s'ouvre, et je vois apparaitre un groupe de chercheurs, avec leurs blouses, leurs lunettes, leur apparente fierté. Que vont-ils me faire, bordel? L'un d'entre eux tape quelque chose sur le clavier d'un ordinateur, puis tous s'éloignent, avant que l'on entende une voix mécanique s'échapper du haut-parleur.
- Initialisation du voyage ! Début de la procédure dans 5... 4... 3.... 2
Les sons se font sourds, ma vision se brouille, puis devient tout devient noir. Tout ce que j'ai pu voir avant ça, c'était comme des arcs électriques autour des anneaux qui m'entouraient.

BOOM. Encore cette détonation! Mais cette fois, c'est moi qui suis au centre de la lumière. Je lève les yeux, trouve la grille d'aération. Je n'ai qu'une seule envie, pouvoir y accéder pour m'enfuir. Mais tout ce que je vois, c'est moi, en train de me regarder quelques heures plus tôt. Nous sommes donc le samedi, 4h24, je suis sous la colline, et j'ai voyagé dans le temps. Gloups!

(Merci pour votre lecture. C'est mon premier texte alors n'hésitez pas à commenter. Merci)
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