La colère de Mimi

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Accepter de lire, c'est accepter de vivre. Écrire, c'est ouvrir son âme à des inconnus, mettre à nu son être. Écrire c'est rêver, partager, aimer ou ne pas aimer, j'espère voyager avec  [+]

Image de 2018
Mimi regarde par le fenêtre de sa petite maison dans le centre d’un vieux lotissement. En périphérie d’une grande ville, les vielles maisons ressemblent plus à des logements délabrés. Les murs jadis blanc se parant de coulées grises et noires. Certains toits se plaisent à disparaître sous les attaques de mousses vertes. Les jardins privés d’eau n’accueillent plus de belles floraisons. Les pelouses se dressent tels des hérissons jaunes. Les platanes ont des allures de saules pleureurs et les trottoirs disparaissent presque sous les mauvaises herbes. Mimi, du haut de ces quarante-neuf années bien passées se souvient encore de ce beau quartier abandonné aux temps et aux désertions de ses habitants. Ils préfèrent tous le centre ville, plus commode et attractif. Mimi regarde par la fenêtre un verre à la main. Seul consolation de sa misère quotidienne. Cela fait longtemps qu’elle ne travaille plus. L’âge a eu raison de son corps qui ne peut guère avancer qu’avec des traitements quotidiens. Elle a tout essayé : cachets, kinésithérapie, gourous et médecine parallèle. Rien n’y fait. C’est donc en soufflant comme un dragon que Mimi se ressert un verre de vin blanc. Délicat, fruité, le liquide coule dans le verre. Elle lève le verre en direction d’un de ses chats étalé sur le devant de l’évier.

— A ta santé Roméo ! 

Le chat ne daigne répondre, plongé dans ses rêves de chat.
Mimi engloutit sa boisson tel un gaulois et regarde encore par le fenêtre. Rien ! Il ne se passe jamais rien dans cet pourriture de quartier. Même plus un enfant hurlant, courant dans les rues. Elle ne peut même plus se fâcher contre les ballons échoués dans son jardin. Les quelques voisins sont cloîtrés comme elle hivernant dans la solitude. Presque en quarantaine, dans l’attente d’un relogement de la ville. Ha ! Ils sont beaux ses promoteurs ayant pour projet de rasé ce lopin de terre pour y installer des zones industrielles ou commerciales. Mimi ne sait plus... Sa tête tourne. Un ouragan de colère envahit l’esprit de Mimi. Clopin-clopant, elle se dirige vers l’entrée pour y choper les clés de sa modeste voiture.

— Je m’en vais dire, moi, à la mairie de quoi je me chauffe ! De quels droits on jette des gens de chez eux ? J’ai travaillé toute une vie pour acheter ma maison ...Pousse-toi carne de chat ! 

Elle jette dans le vide un coup de pied pour faire fuir Juliette, une chatte vautrée sur ses pantoufles. L’animal surpris, mais pas touché, déguerpit en miaulant. Les dociles animaux, au nombre de quatre, se poussent hors de portée et regardent les explosions de violences. Habitués des colères de Mimi, passant alternativement de la sympathie à la méchanceté. C’est donc en maugréant, jurant, insultant la société, que Mimi sort de la maison et monte dans son véhicule. Le siège lui semble dur. Elle met difficilement le contact et appuie sur l’accélérateur. Le moteur pétarade, tousse comme un tuberculeux. Saleté de chiotte de véhicule ! Sale journée pour Mimi qui démarre dans un tohu-bohu.
Son voisin attelé à peindre une barrière la regarde surpris. Elle n’entend plus les appels et supplications de celui -ci. Passé la première allée, elle tourne à droite, rejoint la route principale en direction du centre ville. L’espace d’un instant, elle s’aperçoit qu’elle n’a pas mis sa ceinture de sécurité. Elle tâtonne à gauche...Rien ! Elle sent le vent et veut fermer la fenêtre, mais ne trouve pas plus la poignée... Décidément, Mimi pense devoir limiter son médicament liquide et accessoirement herbeux ! Tant pis ! Elle s’engage sur la deux voie. Les voitures la dépassent en claironnant ! Mimi réponds dans une vague d’insultes toutes plus jolies les unes que les autres. Ils roulent trop vite ces chauffards du Dimanche. Puis soudain, elle entend une sirène et des avertissements. Des gendarmes lui somment de s’arrêter sur le côté. Nenni, ma foi! Mimi brandit un poing révolutionnaire et décuple les invectives. Ils m’auront pas les aristos! La voiture de gendarmerie se colle au devant de Mimi et contraint doucement la fuyarde à cesser sa cavale. Deux agents se dirigent vers elle. Mimi essoufflée regarde les hommes qui rigolent tout bas.

— Madame vos papiers s’il vous plaît, demande sobrement l’un deux.
Mimi cherche son sac mais ne le trouve pas.
— Descendez du véhicule Madame, injecte le second .
Mimi descend.
— Madame vous n’avez pas le droit de rouler avec ce véhicule. Qui plus est sous emprise de la boisson. Nous allons vous emmener en garde à vue.

Mimi ne proteste plus. Elle suit docilement les gendarmes dans leur voitures.

— Mais...Ma voiture... Souffle-t-elle tremblante dans une haleine aux vapeurs bien tassées.

— Votre voiture, ironise un agent. Vous voulez dire votre tondeuse autoportée !
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