La clé sous la porte

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Image de Été 2020

Nous étions réunis dans cette maison pour la dernière fois. Nous avons erré dans le sous-sol, toutes les trois ensemble, notre esprit happé par les mêmes souvenirs.
Le vieux canapé vert en cuir, où les chiens se couchaient et où la plus jeune de mes cousines avait risqué la morsure par un chien inoffensif mais désireux de défendre son os.
Le coin sous les escaliers où il y avait, avant, du charbon et où le cocker noir de notre grand-mère se réfugiait lors des orages. Nous passions un temps fou à le chercher pour finir par le retrouver caché, noir sur noir.

Nous avons ensuite erré dans la cour et le jardin. Les souvenirs affluaient en vagues régulières et incessantes. Je revoyais les lapins courant comme des fous, leurs petites queues blanches en l’air, quand nous tapions dans nos mains. Je revoyais celui que j’avais attrapé un jour alors qu’il tentait de fuir… il était si innocent, son petit cœur battant à tout rompre contre moi. Comment aurait-on pu lui en vouloir d’avoir ravagé les salades et les carottes ? Nous l’avions relâché et il m’avait semblé le premier surpris de voir que les humains n’étaient pas tous armés de fusils.
Marie se revoyait plantant les poireaux, tout en pleurant pour elle ne savait plus quoi.
Ange, elle, se rappelait nos jeux dans le sable où nous déterrions régulièrement des œufs de lézards.

Derrière le mur, il y avait la maison des voisins. Nous avions souvent joué avec leurs trois enfants qui étaient dans nos âges. Comment oublier le cochon qu’ils avaient élevé et avec lequel nous nous amusions, le rendant presque aussi amical qu’un chien ?
Les chiens… ils avaient une place de choix dans nos souvenirs. Omniprésents, ils avaient fait partie de tous nos jeux et avaient partagé nos joies et nos chagrins. Plusieurs d’entre eux étaient d’ailleurs toujours ici, leurs tombes couvertes par un parterre de primevères.
Comment oublier Gina l’épagneul, Diane le cocker, Java le beagle, Mickette le teckel et Katy le berger picard ? Nos regards se portèrent sur le chenil vide et abandonné. Il nous semblait voir encore le coucher des chiens, chacun sa place, tous dans la même niche, blottis les uns contre les autres.

Marie fut la première à grimper les marches d’escaliers. Il nous fallait monter. À l’intérieur, il nous fallait vider cette maison de notre enfance, cette maison pleine de souvenirs. Par où commencer ?
Sans parler, nous nous retrouvâmes toutes dans la chambre à coucher de mémé. Marie ouvrit l’armoire. Dans un placard, une carte postale envoyée d’Allemagne par mon père pour la fête des mères, des photos de nous, un bijou… pas besoin de se parler pour avoir la même impression, celle de violer l’intimité de quelqu’un qui nous était cher, mais qui n’était plus là. Je refermais la porte et Ange mit en mots ce que nous pensions : « C’est une sensation étrange que de fouiller dans ses affaires ». Oui, c’était bien cela, nous étions mal à l’aise comme si nous n’étions pas à notre place.
On abandonna l’armoire. En fermant la porte, mon regard se porta sur la croix au mur et le portrait de mon grand-père. Une page se tournait.

À la cuisine, il nous fallait trier et partager les assiettes, les verres, les torchons et les serviettes.
Drôle de cérémonie. Marie ne voulait rien. Ange et moi nous ne voulions pas jeter les trésors simples de notre mémé. « Quand je ne serai plus là, tout sera pour les corbeaux » avait–elle coutume de dire. Eh bien, non, les choses ne seraient pas ainsi. Chaque chose était un souvenir, la tasse verte en verre, les coupes à champagne… il fallait sauver ce patrimoine familial.
La tâche était pénible et ardue, surtout quand vint le moment de trier les livres. Nous les avions lus tant de fois.
Ma marraine trierait les photos plus tard, personne n’avait la force de le faire maintenant…

J’aurais dû reprendre cette maison, notre grand-mère me le disait souvent. Mais cette maison vide me donnait le bourdon. Elle avait perdu son âme. Son âme, c’était cette mémé qui avait vécu tant d’années seule, en ce lieu éloigné du village. Désormais je m’étais exilée dans une ville éloignée et entretenir ce lieu de vie et ce jardin me serait si compliqué. Je tournais dans cette villa comme un esprit chagrin que j’étais et les larmes ne me quittaient pas.
Une dernière fois, j’allais dire au revoir à mes chiens qui reposaient pour toujours ici. Mon cerveau mémorisait ces lieux pour les garder en moi pour toujours. Le pêcher qui nous donnait de si bons fruits, les tournesols, fleurs de vie, la balançoire de notre enfance, la vieille mobylette avec laquelle je roulais bien trop vite autour de cette maison.
Cette fois, c’était fini, la maison serait vendue à de parfaits inconnus qui ne connaitraient rien de cette histoire, mais qui inventeraient la leur. Après un dernier soupir, je regardais le ciel pour une dernière prière muette à ma grand-mère.
Je fermais la porte et mis la clé dans sa cachette habituelle. Pour la dernière fois.

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François B. · il y a
Un texte très juste et très émouvant
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Fleur A. · il y a
Merci beaucoup.
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Zouzou Zouzou · il y a
L'enfance reste à vie dans un coin de la mémoire ! Merci , Fleur
en lice aussi si vous aimez...

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Fleur A. · il y a
Merci zouzou
Oui déjà voté pour magie de l eau que j'ai apprécié
Bonne soirée

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Safia Salam · il y a
Je souhaite à tout le monde d'avoir un endroit comme celui-ci, où sont enfouis tant de souvenirs d'enfance. Qu'il faille le quitter ou non, c'est bon de savoir qu'il a existé, et qu'on y a existé.
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Fleur A. · il y a
C'est vrai
Merci

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Lélie de Lancey · il y a
J'ai aimé votre texte, comme un adieu à une page qui se tourne, empli des beaux souvenirs nostalgiques qui vous accompagneront toute votre vie. Merci pour ce doux moment .
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Fleur A. · il y a
Merci à vous d être venue découvrir mon texte.
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jc jr · il y a
J'ai aimé ce dernier tour avant de fermer la porte pour permettre aux souvenirs de s'épanouir pleinement à l'intérieur de nous. Belle sensibilité. JC
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Fleur A. · il y a
Merci à vous d être venu découvrir mon texte
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Nelly Mila · il y a
Un texte touchant, merci Fleur A
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Fleur A. · il y a
Merci Nelly d'etre venue lire mon texte.
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jusyfa *** Julien · il y a
Un fort beau texte chargé de nostalgie. Il m'a permis de retrouver des souvenirs personnels au détour de quelques phrases.
Merci Fleur.
Julien.

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Fleur A. · il y a
Merci de votre passage Julien et heureuse que mon texte est fait écho à vos souvenirs
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Bernadette Lefebvre · il y a
pour l avoir vécu j apprécie de lire et aussi comprendre que je n étais pas seule a m accrocher aux souvenirs d enfance
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Fleur A. · il y a
Merci, oui cela fait du bien de voir que nous sommes nombreux à ressentir un déchirement lorsqu'il faut tourner la page et abandonner les lieux qui ont été notre quotidien durant notre enfance. Merci à vous.
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Mi Lae · il y a
Merci pour ce texte touchant, plein de nostalgie.
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Fleur A. · il y a
Merci à vous d'être passée me lire.
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Mi Lae · il y a
Avec plaisir !
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Fabienne Luisa · il y a
J’aime me laisser porter par vos mots emouvants... en parallèle, j’ai refait le tour de la maison de ma grand-mère ! Merci pour ce texte!
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Fleur A. · il y a
Merci à vous Fabienne

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