La clé

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Lundi 7 h. Je descends au garage prendre ma voiture pour aller au travail. Impossible de mettre la main sur la clé du véhicule, je remonte la chercher.
Mercredi 14 h. J’arrête de fouiller. Depuis trois jours je retourne la maison dans tous les sens. Je visite le dessus des meubles, le dessous des lits, le fond des tiroirs. Bac à linge, machine à laver, litière du chat, tout y est minutieusement inspecté. Je décide de me rendre chez Mercedes avec le numéro du châssis et commander une nouvelle clé.
Une semaine plus tard, je la reçois. Entre temps, quatre fois par jour, faute de véhicule personnel pour me déplacer, je me tape les cinq kilomètres de marche à pied qui me séparent de la station de bus, les interminables arrêts tout au long du trajet et une chaleur de four qui me pompe chaque fois toute l’eau du corps.
Jeudi 20 h. Je tiens dans ma main le fameux pendentif à trois branches de la marque. Entièrement cerclée de chrome, la clé est magnifique avec sa tige métallique de secours pour déverrouiller la porte quand la commande tombe en rade. Elle m’a coûté un bras ! Il ne manquerait plus qu’elle ne fonctionne pas. C’est le cas. Le vendeur me confirme que depuis 2006 les serrures ont été changées sur tous les nouveaux modèles.
Vendredi, je ne vais pas travailler. Je téléphone au patron et prétexte la chute accidentelle d’une vieille tante, avec l’obligation morale de me rendre une dernière fois à son chevet. Je me souviens que le double des clés est resté dans la boîte à gants. J’essaie fébrilement de crocheter la portière de l’extérieur avec un fil de fer. En vain. Avant de péter un carreau, j’appelle deux carrossiers à mon secours. Peine perdue. « On n’est pas arrivé à l’ouvrir, Mercedes c’est du solide ! » me disent-ils, en guise de consolation. A 9 h 30 je pète un carreau.
Une heure plus tard, je fonce comme un fou chez le concessionnaire pour un changement standard de la vitre latérale. Sur le trajet j’écrase un chat. Je ressors de l’atelier de réparation secoué par le montant exorbitant de la facture ! Je décampe du garage et au moment de franchir le panneau de la célèbre marque automobile je croise mon patron, aussi stupéfait que moi par cette rencontre inopinée : « Vous ici ? Je vous croyais au chevet de votre tante mourante ! ». Adieu la prolongation de mon contrat d’embauche...
Samedi soir, 20 h 30, avachi dans le canapé. L’émission télé de Patrick Sébastien va commencer. Soudain, un bruit aigu de ferraille... Je plonge la main entre les coussins et je sens entre mes doigts la tige métallique de ma p... de clé !

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