La claque

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La trentaine et en pleine crise d'ado, j'aime me réfugier dans ma bulle et rêver... Rêver sur mon canapé est mon activité favorite car il s'agit là des prémisses de l'acte créatif. Tout cela  [+]

Le front contre la vitre du bus, Mélanie regarde les gouttes de pluie s’écraser et serpenter. Elle se focalise sur ces petites choses insignifiantes pour ne pas regarder la vie autour d’elle.

Elle n’a pas envie de voir les passants sur le trottoir, elle ne voit pas cet homme trop pressé qui hèle un taxi et bouscule un vieil homme, ce vieil homme qui promène son chien, cette étudiante qui caresse le chien tenu en laisse par le vieil homme.

Non, Mélanie a besoin de regarder les gouttes sur la vitre. Comme lorsqu’elle était enfant et qu’elle se mettait sur la pointe des pieds, s’agrippait à la tablette pour voir la pluie faire des traces sur la fenêtre.

Il y a des moments comme ça, où l’on retombe en enfance. Des moments qui paraissent doux en surface mais qui font parfois l’effet d’un coup de poignard lorsqu’on se rend compte que l’enfance nous a échappé et que cette vie parait aussi triste et grise que la météo du jour.

Il y a aussi des jours comme ça, où Mélanie se sent moche. Parce qu’elle a perdu la confiance et le sourire lorsque son mari l’avait quittée en prétextant qu’il ne se voyait plus vieillir à ses côtés. Il était parti en lui laissant l’appart, les meubles mais en prenant ce qu’elle avait de plus précieux. L’estime d’elle-même.

Une autre vie va redémarrer, elle le sait, mais pour le moment elle patiente comme dans une salle d’attente avec sa douleur avant qu’on l’appelle pour lui dire qu’une place va se libérer et qu’elle pourra être heureuse à son tour. Voilà. En regardant les gouttes sur la vitre, elle se dit que la vie ce n’est jamais que ça, une salle d’attente.

Mélanie est plus nostalgique que malheureuse en fait. Et comme la nostalgie c’est toujours meilleur avec un peu de musique, elle sort ses écouteurs et allume son lecteur de musique.
Les premières notes la font frissonner. Cette chanson elle la connait par cœur, elle la connait depuis longtemps puisque sa mère l’écoutait en boucle.

Elle a les yeux fermés lorsqu’elle sent du chambardement à côté d’elle. Un jeune homme chargé comme un mulet tente de s’installer sur la place à côté d’elle.
Elle se cale à nouveau contre la fenêtre et se replonge dans sa bulle jusqu’à ce que la chanson se termine.

« J’avais oublié simplement que j’avais deux fois dix-huit ans ».

La claque. Magistrale. Violente. Effrayante. Injuste.

Mélanie avait découvert cette chanson alors qu’elle apprenait les tables de multiplication et se souvient que deux fois dix-huit, c’est comme neuf fois quatre égale trente-six.
Et qu’à cet âge-là, avoir 36 ans c’est être vieux !

Pour la première fois de sa vie, Mélanie se sent vieille. Vieille et moche, donc.

- Aïe !
- Excusez-moi.

Un des nombreux sacs du jeune homme vient de tomber sur les pieds de Mélanie. Ca ne lui a pas fait mal autant que ça l’a effrayé.
- C’est rien, pas de souci.
Alors qu’il sortait une petite boîte de sa poche, il se penche vers Mélanie et lui demande en ouvrant la boîte :
- Un caramel ?
Elle se redresse subitement et lui répond :
- Bonbons et chocolats ?
Le jeune homme fronce les sourcils en signe d’incompréhension. Elle a envie de lui répondre « tu peux pas comprendre, t’es trop jeune ».
- Euh pardon, non merci. C’est gentil. Le tout accompagné d’un petit sourire timide.
- Vous connaissez bien Paris ?
- Oui assez.

Elle détaille son visage. Regarde ses épaules.

« Beau comme un enfant, fort comme un homme ».

Au fil des arrêts qui défilent, Mélanie et Giovanni bavardent de Paris, de l’Italie et aussi de la pluie du jour et du beau temps que chacun espère pour les jours suivants.

***

La dernière fois que son mascara avait coulé, c’était quand son mari l’avait quittée.
Aujourd’hui le maquillage n’avait pas tenu. Le noir sur ses yeux n’avait pas résisté au charme du bel italien.
Nue, sous les draps froissés qu’elle ramène à elle, Mélanie admire le corps de ce jeune apollon qui lui admire la vue. Il dit que les toits parisiens sont les plus beaux du monde.
Il se retourne et, avec le même accent que la chanteuse italienne de naissance égyptienne, il dit : « tu sais, c’était vraiment bien. Enlève ce drap, ne cache pas ton corps, j’ai encore envie de toi ».

Ah la fougue de la jeunesse !
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