La cité des dieux

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La cité des dieux est l'appellation que certains gangsters ont attribués à un quartier de la ville de Douala. Au carrefour où venait s'entrechoquer quatre routes boueuses, infestées de troues, non goudronnées et négligées était installées de vieilles planches clouées les unes sur les autres qui servaient certainement au premier abord de beignetariat. La cité des dieux était un quartier pas comme les autres. Il gardait son exceptionnalité de par sa population majoritairement remplie de jeunes de l'âge de 10 à 25 ans. Malgré le fait qu'il y avait des délinquants de la pire espèce, leur valeur viscéral reposait dans la solidarité, la loyauté et surtout le respect. Il y avait une remarquable entente entre les jeunes du quartier, même si de fois certains différents n'ayant pas pu être résolu par la parole, tournaient forcement en bagarre. Les mamans étaient amplement respectées et comblées de la plus grande protection. Les pères, c'est-à dire les vieux, se retrouvaient très souvent dans les bars pour débattre sur des sujets de l'actualité.
Chaque samedi soir au carrefour du jeune millionnaire, ainsi baptisé, les jeunes se rencontraient et buvaient du vin de palme, boisson propre des vieillards, encore appelé le matango. Ils chantaient des refrains de musiques fort connues de tout le monde. Dans ce même et spacieux lieu, les plus jeunes jouaient au football à moitié vêtu, dans cette poussière qui recouvraient la mélanine qui faisait d'eux des descendants des grands dieux, philosophes et mathématiciens de l'Egypte antique. D'autres enfants même, vêtu uniquement de sous-vêtement qui quelques fois s'immiscaient au milieu de leurs fesses, laissaient découvrir la rondeur dont tout le monde se marrait à la vu en disant à tel ou tel qu'il a laissé sortir sa boule de couscous.
C'était récurrent que certaines adolescentes se laissaient emportées par la rage fiévreuse du sexe et tombaient entre les bras de garçons de leur âge, dans certaines maisons en chantiers, à moitié bâti, dans les ruelles malles éclairées et les coins sombres, où elles portaient très souvent des grossesses.
Ce soir-là, presque tout le quartier s'était rassemblé au carrefour du jeune millionnaire, face à cette grande et large télévision que l'on avait installé hors du Bar en l'occasion du match de football France-Cameroun, qui se jouait sur le sol français.
L'on pouvait lire dans les yeux de la populace une extase d'excitation. Des hurlements et cris de fureurs étaient versés, d'autres lançaient même des injures contre les adversaires de leur compatriotes. Lorsqu'un footballeur Camerounais commettait une faute, les supporters de la Cité des dieux prenaient naturellement sa défense et place aux pères de concocter des arguments riches et raisonnables, dans un langage typiquement footballistique pour justifier le tord. Il y avait une tornade de colère quand la faute venait des joueurs adverses, en plus que la majeure partie de ces derniers étaient d'origines étrangères et avaient la peau aussi pigmentée que celui des compatriotes, ce qui répugnait extrêmement les fanatiques qui sortaient des injures de toute sorte contre ces confrères d'outre-mer qui avaient choisi le mauvais camp.
Chaque fois que le Cameroun gagnait un point, un tremblement de terre secouait tout le quartier. Des cris de satisfaction, des joies débordantes, des mamans qui fondaient en larme en voyant que c'était un enfant du quartier, avec qui elles avaient vécu qui était l'auteur du but.
Le score était égal de deux buts partout. Il ne restait que deux minutes de temps avant la fin du match. Les Lions Indomptables se repliaient vivement quand les bleus venaient de lancer une offensive assez rapide et tranchante. Dans la foule, les coeurs étaient sérés, le silence était assourdissant, seul les voix familières des reporteurs de la chaîne de télé nationale, décrivant la montée en flèche de l'attaque française, s'étendaient dans l'atmosphère morne.
Nina avait profité du match, ainsi de l'absence de ses parents et du voisinage pour inviter son petit ami Tamo pour passer un moment de sex party, comme ils savaient bien le dire. C'était bientôt la fin du match et Tamo s'apprêtait déjà à quitter le quartier de sa petite amie, ce lieu qui l'était inconnu. Ce jour il avait joué au pari sportif et avait misé, ce qui lui semblait logique, sur la victoire des adversaires des Lions indomptables. Il était même vêtu du maillot bleu de l'équipe adverse.
Au carrefour, où tous les regards et les coeurs tremblants étaient plongés dans le reflet imagé des gazons verts et des athlètes, derrière cette populace, sur la route, passait Tamo.
_ Et butttttttt!!!!! ( Criait le reporteur).
La France venait de marquer. À cet instant, un silence encore plus terrifiant et foudroyant, animé de ses vices de rage et de répugnance, tombait sur la tête des fanatiques de la cité des dieux. Au même instant, Tamo avait élancé un cri incontrôlé de satisfaction pour la validation de son ticket de pari. Tous les regards s'étaient tournés vers le jeune homme. Toute cette jeunesse enragée par la haine et le mépris de la défaite s'était lancé à la course de l'inconnu au maillot bleu. Tamo courait de toutes les forces de ses pieds, tout en ignorant où il allait. Il ne connaissait pas le quartier et ses nombreux virages. Mais donnerai tout pour échapper à la fureur de ces fanatiques lancés à sa poursuite.
Dans la vive course, Tamo semblait entendre des hurlements qui lui disaient ≪ Arrêtes toi!!!≫, ≪ C'est dangereux≫, ≪ Ne vas pas par là !≫... Et soudain, il ne sentit plus bientôt le sol sous ses pieds. Il plongea dans un profond ravin plein de rochers pointus. Il n'y avait à présent qu'oreilles de la jeunesse affolée pour entendre le fracassement des os et le broiement du crâne du jeune inconnu contre les rochers.
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Petit Soldat De la Poésie · il y a
Belle cité

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