La chute de la pomme de pin

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Depuis des temps immémoriaux, la pomme de pin se revendique comme fruit spirituel.
Petite revanche bien mince, puisque ses qualités nutritives sont inexistantes. Enfin presque ! Goûtez une salade landaise agrémentée de quelques pignons de pin. Ou alors demandez à un écureuil ce qu'il en pense !
Présente dans presque toutes les religions, nous pouvons aussi l'apercevoir se dresser fièrement, disons plutôt une représentation de ses voluptueuses formes, dans une cour du Vatican. En bronze, s'il vous plait, Madame ! Et pas moins de quatre mètres de haut ! Oui Monsieur !

Laissez-moi vous donner d'autres exemples du symbole sacré de la pomme de pin.

Les coiffures des bouddhas ressemblent à s'y méprendre à ce cône. La pointe du sceptre d’Osiris est surmontée de ce fruit. Elle est le symbole d'immortalité et de longévité. Utilisée jadis comme instrument de fertilité, et associé à Dionysos par sa forme phallique, elle représente également le courage et la détermination. Certain la considèrent comme élément de chance et de bonne fortune.

Saint-Martin aurait été sauvé par un pin.

Certains disent que la pomme de pin serait les doigts de la Vierge, d'autres affirment que c'est là, la main du Christ.

Dans les régions maritimes, le pin, réputé pour résister aux assauts du vent, est cultivé en abondance.

La pomme de pin est donc sacrée. Fruit d'un arbre et de vie.

Voilà donc, une belle découverte. À l'avenir, j'éviterai d'écraser toutes les pommes de pins sur la route.

Je les ramasserai, les couvrirai de jolies couleurs Or, Argent et Rouge. J'imagine déjà ma future table de Noël.

À moins que...

À moins que, je ne me souvienne de cette histoire, racontée un jour par un enfant.
À moins que je ne me rappelle des pleurs, des cris, de la chaleur et des sirènes.

La pinède

Il était une fois. Toutes les histoires commencent par "il était une fois". Celle-ci n'échappe pas à la règle.

L'océan jetait son dévolu sur les côtes aquitaines. Les dunes s'étendaient aux abords des forêts.
Le vent soufflait doucement. Des oiseaux volaient dans un ciel azur.
L'air embaumait d'un mélange de sel, de sable et de pins. Un léger relent de souffre lointain venait se mêler à toutes ces senteurs.
C'était un jour comme un autre dans ce paysage landais.
Au sein de la forêt, les biches veillaient sur les faons, les cerfs se reposaient paisiblement, les marcassins et les sangliers se délectaient de quelques champignons. Les écureuils cachaient leur récolte de pommes de pin. Savez-vous que l'écureuil n'a point de mémoire ?

Les arbres n'avaient jamais connu de période aussi luxuriante. Les pins se comptaient par millier. Différentes essences de résineux se côtoyaient en toute harmonie.


L'homme
L'enfant errait au milieu de cette luxuriante pinède. Il regardait de loin son père, tout en ramassant des cailloux qu'il croyait précieux. L'homme portait à son épaule un fusil ouvert. La saison de la chasse était finie, mais il craignait d'éventuels face à face avec les sangliers. Ces bois lui appartenaient. Il était venu sélectionner les prochaines coupes. Une importante papeterie nationale avait passé commande une semaine auparavant.
Le vent d'Ouest se levait. L'odeur de souffre s'intensifiait. L'homme fut surpris par un envolement subit d'oiseaux.

Il aperçut un grand nombre d'animaux courir vers le nord.
Quelque chose se tramait. Il chercha son fils du regard. Où était-il ? L'inquiétude le submergea. Il l'appela, cria, mais sa voix était étouffée par le bruit ambiant.

Il sortit son Smartphone de sa gibecière. Composa le numéro du portable de l'enfant. Le réseau ne passait pas. Il se mit à courir à travers les pins, sans prendre garde aux buissons. Les ronces l'égratignaient. Il haletait. Trop de charcuteries, de cigarettes, de vins, de plats en sauce. Il sentait le poids de sa bedaine, le rythme de son cœur s'accélérait. Une douleur violente dans la poitrine le transperça. Il tomba à genoux.

L'enfant
Les flammes crépitaient. Les arbres gémissaient.
L'enfant regarda dans toutes les directions.
Le feu se propageait trop rapidement. Il était pris au piège. Il appela son père. Sa voix fluette se perdit dans le craquement des branches, le piaffement des oiseaux, les cris du gibier et dans le chant lugubre des sirènes qui s'approchaient.
Il recula de quelques pas jusqu'à venir s'adosser contre le tronc d'un pin.
L'enfant courut. Les pommes de pin tombaient en abondance pour se consumer les unes après les autres.

L'arbre
L'arbre se tordait de douleur. Les pommes de pins tombaient en cendre. Son tronc se noircissait. Les épines roussissaient. La sève s'asséchait.

Il observa le petit être apeuré.
Et dans un murmure, comme une prière, il lui adressa ces mots :
- Enfant, cours ! Il y encore de l'espoir. Ton père est mourant. Va ! Les pommes de pin des arbres encore verts te montreront un chemin sûr. Enfant, je ne te demanderai qu'une seule chose. Enfant, dis aux hommes de nous préserver de leur bêtise.

Parce qu'il faut bien conclure.
Hier encore, la pinède regorgeait de résineux, de pignons et d'animaux. Il n'a suffit que d'une matinée pour que la grandeur de cette luxuriance disparaisse.
Détruite, la forêt fit place à un paysage lunaire.
Des années plus tard, l'enfant devint pompier. Il refusa de prendre la relève de la sylviculture familiale mais fut un membre actif de l'ONF. Son père, sauvé ce jour-là par un jeune sapeur, ne se remit jamais de la perte de son exploitation.
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Felix Culpa · il y a
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