La chute

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Bienvenue dans mon impitoyable univers où les personnages sont face à une dure réalité, où les personnages ne sont pas sûrs d´en sortir vivant. Univers où le bonheur est éphémère et peut  [+]

Image de Hiver 2015
Automne. Il n'y a pas que les feuilles qui tombent.

Simple rendez-vous chez le médecin. Des douleurs dans le bas du ventre. Pas d’inquiétudes. Le médecin me donne une ordonnance et un check-up à faire pour vérifier que tout va bien. Je prends les médicaments. Ca va un peu mieux. J’ai rendez-vous pour le check-up en matinée.

Appel du médecin traitant le lendemain. Il ne m’a jamais appelé. J’ignorais même qu’il avait mon numéro. Air sérieux. Ca sent mauvais. Il veut me voir dès que possible. Je lui dis de me dire immédiatement ce que j’ai. Il ne veut pas. Je ne peux pas y aller aujourd’hui, j’ai un dossier à finir. Résultat, je passe une nuit blanche.

Première heure. Je vais chez le médecin. Il a la tête des mauvais jours. J’essaie de détendre l’atmosphère. « Allez-y, je me suis préparé au pire. » Il me répond « Tant mieux ! ». Je me sens pâlir. Il me dit que mes analyses ne sont pas bonnes. J’ai un cancer généralisé. Je suis quelqu’un d’optimiste. J’ai cinquante-huit ans, j’ai vécu des choses dans ma vie très dures, je ne me laisserai pas abattre. Il me fait comprendre que c’est trop tard. Je suis pourri de l’intérieur. Je vais mourir. Je vais mourir. Je vais mourir. Je ne sais pas quoi dire. Je ne sais pas quoi penser. Je lui demande s’il n’y a pas de traitements, quelque chose de possible à faire. Négatif. Je le regarde droit dans les yeux. Il est gêné. Je ne comprends pas qu’on ait rien vu avant. Je venais régulièrement chez le médecin. Je lui demande combien de temps il me reste à vivre. Il me répond « quelques mois, ou semaines ou jours ». Il m’aurait dit « vous mourrez dans deux minutes » que ça aurait été la même la chose.

Je m’en vais, sans le saluer. Il crie mon nom. Je me retourne et lui fait un doigt d’honneur. Je l’ai toujours trouvé naze. Si je dois mourir dans quelques jours, j’ai bien le droit de m’offrir ce plaisir.

J’ai un rendez-vous important à l’entreprise. J’y vais. Gros contrat à faire signer. Il faut lécher les bottes du client. Je le fais toujours assez bien d’habitude et j’arrive toujours à mes fins ! Aujourd’hui, tout est différent. Je sais que je vais mourir. Qu’il aille au diable. Il s’attend à ce que je lui sorte le grand jeu. Je le regarde dans les yeux et lui dit que s’il signe c’est avantageux pour lui et s’il ne veut pas signer la porte de sortie est la même que la porte d’entrée. Il s’offusque d’être traité de la sorte et s’en va. Je jubile. Le patron entre dans mon bureau pour me demander comment ça s’est passé. Je lui dis que je n’en ai rien à cirer de ce contrat et que je prends congé dès demain pour aller aux Seychelles. Il s’énerve, me demande ce qu’il m’arrive, si je vais bien. Puis il se met à me parler comme si j’avais cinq ans et m’explique qu’on ne peut pas prendre de congés comme ça. Je ris. Il fait de gros yeux ronds. J’aurais bien pris une photo. Je lui dis que je ne demande pas d’autorisation, que ça fait quarante ans que je travaille dans cette boîte et qu’aujourd’hui, il était temps que je prenne du bon temps. Je prends ma veste et le laisse en plan dans mon bureau. Je ressens un frisson me parcourir le corps.

Je rentre à la maison, me mets en jogging, ouvre le placard, prends un paquet de chips et plonge dans le canapé pour regarder toutes les merdes que je n’ai jamais le temps de voir d’habitude.

Marine, ma femme, arrive. Elle me demande ce que je fais déjà là. Je la regarde. Elle est magnifique. Vous savez, c'est le genre de femme si belle qu’on se demande tous les jours comment on a fait pour qu’elle s’intéresse à nous. Je l’aime à la folie. J’hésite entre lui dire à quel point je l’aime et faire le salaud. J’opte pour la deuxième solution. Ca la rendra moins triste. Je l’envoie chier. Je lui dis de me foutre la paix, qu’elle me saoule et que j’ai bien le droit de glander. Je lui dis qu’elle ferait mieux de préparer le dîner et qu’il va falloir qu’elle s’habitue à me voir traîner dans le salon car j’ai démissionné. Elle tombe des nues. Elle ne comprend rien. Mais elle ne s’énerve toujours pas. Elle reste douce et attentionnée. Alors j’en rajoute une couche. Je lui dis que je l’ai trompée un nombre incalculable de fois ce qui n’est évidemment pas le cas. Elle se met à pleurer. Elle me regarde comme si elle ne me reconnaissait plus. C’est con mais je suis satisfait.

Le téléphone sonne. C’est le médecin. Il bafouille. Une erreur de dossier. Il est désolé. Je suis en pleine forme. « Vous savez le doigt d’honneur que je vous ai fait ce matin ? Eh bien, il est toujours d’actualité, vous ne savez pas à quel point vous m’avez mis dans la merde ! »

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