La chasse.

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Nouvelles, poésies, chansons : textes et musiques... tels sont mes loisirs :) VOUS POUVEZ RETROUVER MES CHANSONS ICI : YouTube : https://youtube.com/user/Conan25036890 J'en ai posté ici aussi  [+]

Un filet de salive s’étire à la commissure de ses lèvres. Courbé, crispé, il attend le prochain jet de vomissures qui viendra souiller ses chaussures neuves et le tronc de l’arbre sur lequel il s’est appuyé, de petits morceaux de déjeuner trop vite avalé.
Deux ans ! Deux ans qu’il avait attendu ce moment avec la plus grande impatience ; que son père lui avait promis : « Pour tes seize ans je t’emmènerai faire ton baptême de chasse. » Deux ans et voilà qu’après seulement deux jours il en est là, le cœur au bord des lèvres, le corps révulsé à la vue de tout ce sang ; une vraie boucherie.
Il n’ira plus jamais à la chasse avec son père, ni avec personne...
Déjà hier, dès les premières secondes il avait été touché par une espèce de sentiment de honte, de ridicule au moment du lâcher de gibier. Voir tous ces chasseurs à qui il voulait ressembler courir après ces lièvres ou ces perdrix pour essayer de les effrayer, de les faire détaler ou s’envoler lui avait semblé surréaliste, décalé.
Il n’avait osé s’en ouvrir à son père de peur de le chagriner, lui qui était si fier de sa présence à ses côtés. De toute façon il connaissait la chanson par cœur : « Ainsi le gibier à sa chance ... » Sa chance, oui, s’il ne s’assomme pas avant à une branche en essayant gauchement de s’y poser !
Tout de même, voir ces faisans venir à lui, plein de confiance, comme pour réclamer leur pitance, cela lui faisait drôle.
Non ! Il n’irait plus à la chasse avec son père..., ni avec personne.
D’ailleurs, et ça non plus il ne l’avait pas avoué à son père, mais il n’avait pu faire autrement que de rater ce lièvre en tirant juste derrière pour l’amener à bouger au moins un peu, et pouvoir ainsi le tirer de sa seconde cartouche.
Rien à faire !
A cet instant, il avait encore le choix : lire la honte dans le regard de son père ou dans le sien, face au miroir matinal. En fait, son hésitation n’avait était que très brève, car c’est un tout autre regard qui s’alignait dans sa mire : au lieu de détaler en écho à la première détonation, l’animal contemplait bêtement sa direction, oreilles rabattues, le regard en point d’interrogation. Alors la seconde cartouche n’avait pu faire autrement que d’aller s’écraser un peu trop devant l’animal...
Au grand dam de son père !
C’est sûr, il n’irait plus à la chasse avec son père..., ni avec personne.
Il n’était plus en accord avec les principes de ces chasseurs : la vie au grand air, la communion avec la nature, la protection et l’entretien de l’environnement, l’assainissement de la faune par élimination des animaux les plus faibles ou malades. Tu parles !!! Foutaises !!! Tout cela il le reniait désormais.
Et puis de toute façon, même s’il le voulait, il avait commis une erreur grossière, une erreur impardonnable, une erreur que même les débutants ne devaient pas commettre.
Aujourd’hui, abandonné par son père, délaissé après l’épisode du lièvre manqué et désireux de se racheter, il s’était trop précipité et avait fait feu à l’horizontal sur une perdrix. Pourtant il le savait, les poilus au sol, les emplumés en l’air.
Il n’irait plus à la chasse avec personne ! Ni avec son père...qui avait eu la mauvaise idée de se camoufler dans les futaies, juste derrière la perdrix qu’il venait de tirer et avait seulement eu un peu moins de chance que l’animal !
Sur un point au moins son père ne lui avait pas menti ; l’élimination des plus faibles. Ni son père, ni lui ne devaient être faits pour la chasse...
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