La Chartreuse

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J’aime les climats chauds , le dessin et marcher dans la nature J’ai voyagé, pour mon métier, et par plaisir. J’écris des nouvelles. Je m’essaye au roman, et j’ai découvert la  [+]

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Louis l’avait convaincue.
Quitter Grenoble pour profiter de ce long week-end lui paraissait une bonne idée...

Soudain, le moteur de la jeep toussota, puis cracha une fumée blanche. Louis étouffa un juron et maintint tant bien que mal le véhicule sur sa lancée. Sans propulsion, il vint mourir sur le bas-côté de la route.
– Que se passe-t-il, demanda Léna
Louis la dévisagea un instant, puis baissa les yeux sur le tableau de bord :
– Plus de liquide de refroidissement !
Léna crut rêver. Non pas lui. Il n’allait quand même pas lui faire le coup de la panne !
Louis fouillait déjà à l’arrière du 4X4, et présenta à Léna une paire de baskets, des chaussettes en laine et un pantalon de randonnée.
Léna ne dit mot. Elle se déchaussa, enleva sa courte jupe, celle qu’elle portait les soirs de fêtes, puis entreprit de revêtir l’accoutrement de Louis.
Elle devinait que leur week-end à Saint-Pierre-d’Entremont se trouvait compromis. Arthur et Viviane les attendraient en vain. Tant pis pour l’invitation de son frère ! Et Viviane, sa compagne, prendrait comme d’habitude l’événement à la dérision.
Léna se redressa puis se contempla dans le rétroviseur extérieur. Sa tenue trop grande pour son gabarit lui donnait un air d’une jeune sauvageonne.
Elle regarda autour d’elle : Louis avait disparu.
Elle prit soudain conscience du silence absolu qui l’entourait. Le bruit incessant et agressif de Grenoble s’effaçait peu à peu. Elle traversa la petite route et s’avança d’un pas mesuré vers le talus opposé.
Elle s’arrêta net.
L’immensité du massif de la Chartreuse s’étendait à perte de vue. La forêt occupait tout l’espace. Dominée par les sapins et les hêtres entrecoupés de gigantesques parois rocailleuses, elle semblait mystérieuse et sauvage à la fois.
Les cimes majestueuses des arbres ondulaient au gré des vents d’ouest souvent annonciateurs de pluie. Léna retint sa respiration. Elle éprouva le besoin de s’asseoir. Un craquement sec sur sa droite attira son attention et Louis surgit en contre bas, l’air préoccupé.
– Nous nous trouvons dans une zone d’éboulis. Ils sont fréquents par ici...
Léna lui sourit et chuchota :
– Ce lieu est magique !
Il se retourna et, désignant l’horizon d’un vaste mouvement du bras, il enchaina :
– Oui. Mais cet endroit est dangereux. Tu vois au loin ces larges entailles sur les flancs de la montagne ? Ce sont les vestiges d’effroyables effondrements qui, pour certains, datent du milieu du moyen âge... Il faut partir...
Toujours sans protester, Léna emboita le pas de Louis. Il semblait si sûr de lui. Elle en vint à penser qu’il avait changé, à moins que cela ne soit elle. L’atmosphère envoutante qui régnait ici lui faisait perdre la raison. Elle se rapprocha et mit sa main dans la sienne.
« Le premier monastère de la Grande Chartreuse, en Isère, fut totalement détruit par un terrible écroulement. Son emplacement d’origine, au pied du Grand Som, le quatrième plus haut sommet du massif de la Chartreuse, est aujourd’hui parsemé de gros blocs qui ont dévalé depuis les cols de Bovinant et de la Ruchère. Tu imagines la catastrophe qui a dû se produire à l’époque... »
Il parlait comme un livre. Ses mots, recherchés, exprimaient avec précision la tragique histoire de la Chartreuse et de ses moines.
Ils suivirent un sentier de randonnée et s’enfoncèrent lentement dans la forêt.
Les pentes du Col de Bovinant s’évanouissaient peu à peu. Léa se sentit comme happée par des colonies des sycomores reconnaissables à leurs tiges élancées, dont les plus grosses branches naissaient à partir du tronc. La lumière du soleil peinait à pénétrer leurs denses feuillages. Dans la pénombre environnante, Léna percevait les yeux brillants de la chouette chevêchette nichée dans les fûts d’arbres morts. Ici pour nourrir la Gélinotte des bois, identifiable à sa silhouette massive, et à son plumage gris-brun, une grande diversité d’arbustes à baies s’était réunie dans les sous-bois trop clairs. Là, en altitude, les sapins occupaient les boisements résineux afin de rassasier le Cassenoix moucheté et le Bec croisé au pennage rouge sang.
« Un autre monde existe là, tout près de moi, se dit-elle. Et je l’ignorai. Un espace où chaque être vivant tient sa place et subsiste en harmonie avec l’univers. »
Léna frissonna.
La nuit n’allait pas tarder à recouvrir les bois, les gorges et les lacs endormis. Alors du fond de la vallée, surgirent les odeurs de terre humide, de gentianes jaunes et d’orchis vanillés.
Léna serra fort la main de Louis. Il exhalait, lui aussi, des senteurs de sylve, de pins résineux et d’œillets blanc rosé. Il s’arrêta et se tint immobile les yeux fixés sur une large trouée. Léna suivit son regard et aperçut au fond de la clairière des arbres qui partaient à l’assaut de blocs rocheux isolés pour les retenir sous leurs racines. Là, deux épicéas et deux sycomores s’étaient arrimés aux extrémités d’un rocher, pour ne pas se gêner et pour englober de leurs radicelles toute cette masse minérale indésirable.
Ils semblaient lutter en silence pour conserver leur territoire.
Louis interrompit ce spectacle hallucinant et déclara, sûr de lui :
– Léna, tu vois les lumières, en bas dans la vallée ? Ce sont celles du village de Sarcenans. On y sera avant la nuit. J’appellerai Arthur pour qu’il vienne nous chercher. Avec un peu de chance, on dormira dans nos lits à Saint-Pierre-d’Entremont comme prévu.
Léna ne pouvait arrêter les tremblements qui s’étaient emparés d’elle à l’approche du bourg. Le retour au monde civilisé lui paraissait presque impossible.
Louis raccrocha le combiné du téléphone puis se dirigea vers Léna assise près du bar. Le café, bondé à cette heure-là, résonnait de voix et de musique populaire. Il s’installa à ses côtés :
– J’ai eu ton frère. Il se faisait un sang d’encre. Je l’ai rassuré. Ils nous ramèneront avec Viviane d’ici une bonne demi-heure...

Il plongea alors ses yeux dans le regard de Léna et y lut que rien ne sera plus jamais comme avant...

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Jennyfer Miara · il y a
C'est un très beau voyage et on comprend pourquoi Léna en ressort transformée :-) Bon courage pour la suite!
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Syl · il y a
Et d' un seul coup , l'exceptionnel est evident !
Bravo pour cette gourmandise .

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Ikouk OL · il y a
Merci Syl
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Zutalor! · il y a
Pascal Dut avait raison : je viens de lire un texte ''passionnant''.
Compliments !

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Ikouk OL · il y a
Merci beaucoup Zutalors
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Bubo Bubo · il y a
Beau texte sur un voyage incongru qui transforme forcément.
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Ikouk OL · il y a
Merci bubo
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Daniel Nallade · il y a
Une belle traversée !
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Ikouk OL · il y a
Merci Daniel pour votre soutien
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Isa. C · il y a
J'ai beaucoup aimé cette somptueuse balade . ..
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Ikouk OL · il y a
Merci Isa
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Roxane Soixante-treize · il y a
De très belles descriptions nous font découvrir une nature majestueuse et secrète. J'aime beaucoup la manière dont vous avez choisi d'introduire cette histoire...comme si un évènement dramatique allait survenir, pour rester, finalement, en suspend. Un très beau texte
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Ikouk OL · il y a
Merci Roxane pour votre commentaire. Cela me touche beaucoup
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Pascal Dut · il y a
Passionnante traversée, on hume avec Lena les odeurs de la forêt
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Ikouk OL · il y a
Merci d'être passé lire la Chartreuse. Votre commentaire et votre vote m'honorent.
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Vinvin Vinvin · il y a
Parfois ,certains itinéraires imprévus nous marquent plus sûrement qu'une visite prévue et organisée.
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Ikouk OL · il y a
Tout à fait VinVin. Merci pour votre vote
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ALYAE B.S · il y a
Je kiffe votre style d'écrire. C'est un très bon texte. Mes 5 voix et bonne chance ;)