La chanterelle se tait

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Mes salutations vulpines ! :) Compiégnois de 25 ans, je scribouille pour faire voyager à moindre frais. J'aime la nature, les films des studios Ghibli, et prendre le temps de faire ce qui me  [+]

Image de Hiver 2020

Le luth n’a pas trop souffert, mais la chanterelle tranchée se tait.

Devant la violence du silence retrouvé, Valvert joue quelques notes, sanglote encore. Le vent souffle parmi les tilleuls, sans parvenir à disperser les odeurs du combat. Le petit jour aussi pleure des rayons. Pas un seul cri d’oiseau. La vouivre n’agonise plus. Siegfried, chevalier au pavois de Xanten, dort pour l’éternité. Valvert chantonne, car là commence l’art et la raison d’être des bardes, quand les armes ne servent plus la fatalité.

L’épée de Siegfried s’est fichée dans la jugulaire de la bête, au niveau d’un point faible dans la cuirasse d’écailles. Une dextérité admirable, comme toujours, face à un adversaire sans foi ni loi embusqué dans les ténèbres de la nuit, du juste sommeil des hommes. Hélas... le sang bouillant du Ver a jailli, perfide poison et acide. Une armure de plates n’est rien face à toute l’amertume du destin.

Valvert grimace, pareil à un damné. La chaleur du feu est atroce. La douleur qui court, dans son œil contaminé par le sang, l’étreint tout autant que la perte de son seigneur. Il hésite à s’arracher le globe à la pointe de sa dague de botte... à mettre fin à ses jours. Faute de se décider, sa voix et ses cordes crépitent en chœur avec les flammes naissantes du bûcher funéraire.

Dans le brasier, l’infortune de Siegfried se pare d’ors et d’horizons éteints. Ses yeux déjà calcinés ne sont plus que cavernes sans trésors, sa chair cloquée fond comme les cierges des sanctuaires au plus fort des guerres. La vouivre ne se consume pas, et même morte la bête crache des torrents de fumée noire, qui s’envoleront jusqu’au soir sans étoiles. Parfois, portées par la brise d’ouest, des feuilles s’aventurent dans la fournaise, furtifs phœnix qui illuminent les vers de Valvert.

L’air piquant égare la peine, les pensées du barde. Les mots sont des larmes, des perles discrètes, et bientôt la mélodie se fait chapelet, tressée par la chanterelle qui se tait. La trame des dieux est décousue. Valvert la reprise, il la couture de justice, pour son ami.

Sa ballade raconte les exploits d’un certain guerrier, qui a vaincu le Dragon et conquis l’Anneau des Nains. La seule vérité de l’artiste, c’est l’émotion.

Et d’auberges en châteaux, de boudoirs confortables en chemins détrempés, la légende devient vivante. Par les mots du barde borgne qui voyage toujours et encore. Par les sept chœurs d’un luth à la table rongée par le sang, par la chanterelle qui se tait à jamais. Il meurt un jour, l’artiste, il rejoint son camarade dans les cendres du temps des hommes.

Narrée par des poètes nouveaux, la légende ne s’éteint jamais. Effrayés par la ballade, les dragons fuient les grands chemins.

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