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La chambre

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Jeanmicasaliva

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Louis s’engagea dans les escaliers et les grimpa rapidement. Mais, arrivé en haut des marches, il s’immobilisa. Il régnait une atmosphère étrange à l’étage, il le sentit immédiatement. Il s’avança dans le petit couloir et frappa avec une soudaine hésitation à la porte de chambre d’Éléonore.
— Éléonore, c’est moi ! C’est Louis !
A l’intérieur, il entendit soudain comme un grincement. Un couinement qu’il n’arrivait pas à identifier s’élevait à intervalles réguliers. Il frappa à nouveau, s’efforçant de toquer avec fermeté cette fois contre le panneau de bois.
— Éléonore, ouvre-moi !
Le bruit continuait, avec la même régularité de métronome, toujours aussi énigmatique. Louis essaya alors d’ouvrir la porte mais elle semblait verrouillée de l’intérieur.
— Éléonore, ouvre-moi ! Pour l’amour de Dieu.
Il entendit alors un déclic. La clé venait de tourner dans la serrure, à l’intérieur. Il saisit la poignée. Le métal était glacé ! Il eut soudain l’impression que la température chutait brutalement. Il souffla et vit avec effarement la buée s’éparpiller en un nuage dense au sortir de ses lèvres. Il avala sa salive.
— Bon sang ! Mais qu’est ce qui se passe, souffla-t-il, désorienté.
Tout à coup il se sentit incapable d’ouvrir la porte de la chambre. Une appréhension incompréhensible était en train de se répandre dans son esprit, paralysant sa volonté. Le grincement régulier s’élevait de plus en plus fort, comme une musique infernale, rongeant son cerveau. Il fut pris de panique, son instinct lui hurlait de s’enfuir...
La porte s’ouvrit soudain en grand devant lui, toute seule, de manière surnaturelle. Dans un effort surhumain, Louis rassembla toute sa volonté et se jeta dans l’obscurité, comme on se jette dans l’eau glacée au secours d’une noyée. Il cria !
— Éléonore !

La porte se referma derrière lui violemment. Malgré la pénombre, il distingua immédiatement la jeune fille. Elle était entièrement nue sur le lit, à quatre pattes. Son corps était animé d’un mouvement d’avant en arrière. Le lit grinçait en rythme, bruyamment. C’était ce bruit qu’il avait entendu, derrière la porte. Éléonore avait la tête baissée, ses cheveux tombaient en désordre jusque sur les draps. Elle gémissait. Debout, derrière elle, se dressait un homme, immense et sombre. Il faisait l’amour à la jeune fille avec des petits coups de hanches réguliers.
— Alors curé, on se rince l’œil ?
L’homme avait parlé d’une voix incroyablement grave, comme si la plus grosse cloche de l’église du village venait de résonner dans la pièce. En quelques battements de cœur, Louis sentit tout son sang se retirer de son corps. Une terrible certitude s’imposa à lui.
Cet homme était le Diable !
Il le sentit immédiatement jusqu’au plus profond de son âme. La silhouette sombre commença à ce moment à pénétrer sa malheureuse victime avec des coups des hanches plus rapides et plus violents. Éléonore se mit à émettre des bruits de gorge. Ses gémissements devinrent de plus en plus forts. Sa tête s’agitait dans tous les sens, ses cheveux fouettaient les draps. Tout son corps fut pris de convulsions terribles. Elle se mit à hurler au moment où les coups de butoir de l’homme atteignaient une violence inouïe. Le lit faisait à chaque fois des bonds de plusieurs centimètres.
Louis sentit petit à petit son sang revenir dans ses veines et son pouls accélérer. Mais ce n’était plus la peur ! Son corps commençait à réagir comme en écho au plaisir d’Éléonore. Les cris de jouissance de la jeune fille faisaient vaciller sa raison. La terreur qu’il avait éprouvée tout d’abord était en train de se dissoudre dans un désir brutal et sauvage.
Éléonore poussa alors un dernier cri et s’effondra. Elle s’écroula sur le lit à plat ventre, les bras en croix, le corps couvert de sueur. L’homme resta debout derrière le lit, dans la pénombre. Il caressait négligemment, du bout des doigts, le corps de la jeune fille. Il ne quittait pas le curé des yeux, avec un regard insondable.
Louis était paralysé, comme un animal pris au piège. Du plus profond de son corps, il sentait monter une sève nauséabonde, une chaleur incendiaire. L’homme administra une légère claque sur les fesses d’Éléonore.
— Allons ma chérie, il est temps que tu ailles t’occuper de notre invité. Je crois qu’il est prêt !
Le corps de la jeune fille s’anima progressivement. D’un mouvement hésitant, elle glissa au pied du lit et s’approcha doucement de Louis, en rampant. Pétrifié, incapable d’esquisser le moindre geste, le curé n’arrivait pas à détacher son regard du corps blanc et nu d’Éléonore. Quand elle fut à ses pieds, elle commença à se frotter lascivement contre lui. Louis sentit les seins de la jeune fille tendus et durs comme le silex contre ses jambes. Il renversa la tête en arrière et un torrent de lave en fusion se dé-versa en lui. Il s’y consuma instantanément, sentant son âme se recroqueviller, comme brulée de l’intérieur au fur et à mesure que les mains de la jeune fille se posaient sur lui et remontaient le long de son corps. Soudain, à travers le tissu, Éléonore toucha la bible que Louis emportait partout avec lui dans la poche de sa soutane. Elle se recula en poussant un cri léger. Pour Louis, ce fut comme un coup de tonnerre ! Il s’arracha à l’étreinte fatale de la jeune fille et recula précipitamment. Il se précipita vers la porte, l’ouvrit à la volée et sortit de la chambre comme un cheval fou.
Derrière lui, il entendit un rire énorme et une voix terrifiante.
— A bientôt, curé ! A bientôt !
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