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La Cavaleta

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Didier Jacquot

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Russe peut-être ? Lettonie ? Marco ne pige pas trop pourquoi
il a pensé à ces pays auquel on ne pense jamais. Ses fringues,
peut-être ?
Ils regardaient la mer, ce disant, se laissaient baigner par
elle, savourant son souffle, l’un parlant, l’autre n’écoutant
plus depuis quelques minutes. Gilles l’a vue débouler là-bas,
et il a noté que tout s’était tu.
Au loin, indifférent, le bateau continue de creuser l’écume
mais il lui tourne le dos et sûrement que sinon, lui aussi se
serait arrêté.
Gilles n’écoutant plus, Marco le sentît et s’arrêta.
D’un petit geste, ils en avaient l’habitude, son copain lui
avait fait comprendre que c’est derrière lui que ça se passait.
Il se retourna lentement, à peine en fait, leur tour était rôdé.
Il fallait qu’il la vit pour se mettre au niveau de son ami et il
fallait qu’elle ne le vit pas.
Lola n’avait aucune raison de voir quoi que ce soit.
Depuis plusieurs heures, elle marchait. Ses larmes avaient
fini de couler. Elle ne voyait rien ni personne et elle ne savait
pas depuis combien de temps elle marchait. Elle longeait la
mer. Il lui semblait qu’elle filait vers Monaco. Mais peut-être
était-ce l’inverse. Qu’elle quittait la Principauté et se rendait
vers Nice.
Elle avait juste décidé que plus rien ne l’arrêterait. Ni personne.
Rien ni personne ne l’avait arrêtée depuis qu’elle était sortie
du magasin dont elle ne supportait plus la clochette d’entrée
et encore moins ceux qui venaient là et encore moins sa
patronne, toujours derrière elle.
Elle avait fini sa journée et était partie droit devant. Malgré
sa tenue, qui fait se tourner les regards. Les hommes
se retiennent de siffler et les femmes siffleraient bien ces
hommes qui se retiennent de siffler cette donzelle arrogante.
Depuis plusieurs jours, Lola n’avait plus peur et surtout pas
de lui. Lise lui avait dit, un homme qui frappe n’est pas un
homme. C’est un animal. Quittes-le. Des mois que ça tournait
dans sa tête et elle avait fini par se décider.
Elle avait terminé sa semaine comme on ferme soigneusement
un pan de sa vie, et elle a quitté le magasin, en finir avec l’un
c’était le point de départ pour en finir avec l’autre.
Ce soir elle n’allait pas rentrer chez eux. Elle allait marcher
et marcher encore. La nuit viendrait bien assez tôt et les
odeurs de frites lui soulevaient le cœur. Elle n’avait pas faim.
Peut-être qu’on n’a pas faim quand c’est fini.
Avant qu’elle ne passe devant eux sans les voir, Gilles a juste
mis un bras derrière sa nuque et se tient dans sa traditionnelle
position de dragueur décontracté. Parfois ça marche. Il a
étudié cette position, mélange d’indécence et de réserve, il
en est assez fier. Cette fois ça ne donne rien. Marco sourit
en coin. Ils n’ont pas dit un mot depuis qu’elle est dans les
parages.
Lola est passée devant eux, à son rythme, régulier, déterminée.
Dans le déhanchement, un quelque chose qui n’autorise
aucune interruption.
Ni Gilles ni Marco ne tentent quoi que ce soit. Elle les réduit
au silence. D’ordinaire, ils ne se privent pas. N’ont pas de
problème avec la méthode, tant que cela permet d’établir le
contact, après on verra bien.
Ce n’est que quand elle se sera suffisamment éloigné,
permettant à la mer, aux oiseaux et à tout le monde de
reprendre son souffle, de reprendre possession de sa vie et
de ses esprits, qu’ils purent reprendre leur fil de leur vie.
Et pendant que Gilles essayait de se souvenir s’il avait déjà
vu une femme aussi belle dans sa vie, avec une démarche si
électrique finalement, Marco demanda : à ton avis, pourquoi
elle a enlevé une chaussure ?
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