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La carcasse de métal

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Pierre Odlanir

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Dans la carcasse de métal, si grande qu’on n’en voyait ni le début et ni la fin, M marchait droit devant. Rien ne pouvait le dégager de sa mission éternelle qui lui avait été donné il y a si longtemps. Donner une date à la genèse de cette mission était impossible, même lui ne comptait plus. Il ne comptait plus non plus le temps depuis lequel il ne comptait plus. Perdu dans la vertigineuse structure d’acier et de boyaux synthétiques, il avançait vers son but inéluctablement.

Ce qui le faisait avancer tenait dans cette petite boîte dorée qu’elle lui avait envoyé. Elle était partie, elle voulait qu’il la retrouve. Lorsque le doute l’atteignait, il posait la boîte, relevait le couvercle et elle apparaissait en hologramme. Son reflet bleuté grésillait légèrement mais cela lui suffisait. La boîte ne faisait plus de sons depuis au moins une centaine de blocks mais il n’y prêtait que très peu d’attention. En regardant sa bouche bouger sur l’image holographique, il pouvait encore l’entendre lui demander de la retrouver. « Retrouve-moi » disait l’apparition en face de lui. Parfois il l’a voyait même encore dans ses rêves à répéter inlassablement ces deux mots.

Son trajet éternel l’avait mené dans de nombreux blocks différents. Ils l’avaient changé. Pour finir sa mission, il devait faire des sacrifices. Les ravages du temps se faisaient voir sur tous les corps organiques et lui ne pouvait pas se résoudre à laisser une chose aussi insignifiante que le temps se mettre en travers de sa mission. Au fur et à mesure de son voyage, il avait tout changé de son corps, il faut dire que les matériaux ne manquaient pas dans la carcasse de métal. Une jambe, un bras, le foie, les poumons, le cœur, il avait tout changé. Ne persistait que son cerveau, ses yeux et sa volonté de continuer.

Ce n’est qu’en traversant le dernier block qu’il avait à parcourir qu’il se rendit compte qu’il était à la fin de son voyage. La brise marine d’un océan issu d’un paysage naturel était devenu une légende dans le monde dans lequel il vivait. Pourtant, il était là l’océan, il était là le sable, il était là le soleil. Ses rayons comme des indications divines d’un chemin tout tracé l’amenèrent à sa destination finale.

Il vit sur la plage une grande pierre orientée vers le soleil, un N gravé dessus. Il l’avait retrouvée, elle était là. Il prit alors la boîte bleue, ouvra le couvercle et libéra sa bien aimée. Elle était arrivée et il y était arrivé. Il s’assit en face d’elle, de l’huile issue de son canal lacrymal coulant sur sa joue. Il savait qu’il pouvait enfin s’arrêter, il y était arrivé, il l’avait retrouvée.

PRIX

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Chantal Sourire · il y a
Mon vote pour ce joli conte !
Et je vous invite sur ma page, merci !

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Adjibaba · il y a
Un très beau texte parfaitement dans le thème. J'ai beaucoup apprécié votre style. Le texte est écrit avec des mots simples qui rendent très agréable la lecture.
Je vous accorde mes voix avec plaisir et je m'abonne.
Si vous avez un instant, passez également me lire dans Entre justice et vengeance ":https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/entre-justice-et-vengeance

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Dimaria Gbénou · il y a
Bien et beau ce texte. Mes 3***. C'est mérite. Heureux d'être le premier à y émettre un commentaire. Mes voix. Je vous invite à lire mes textes dont un est en finale
https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/sous-le-regard-du-diable
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/malchance

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