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La canne

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Véronique

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Lorsque j’ai demandé ingénument conseil à mon kinésithérapeute de l’époque, il m’a déclaré, très professionnellement, que faire sa connaissance ne me précipiterais pas plus tôt en fauteuil roulant... Si je devais y aller.
L’encourageante « épée de Damoclès » était rappelée !
J’aurais préféré ne jamais avoir à entamer le sujet de cette trop indigeste baguette, mais entretenir le bourdon dans mon coin ne résoudrait pas mes problèmes de pérégrinations insupportables au quotidien !
Je ne concevais pas ma vie sans marcher, même si cela n’a jamais été mon moyen de locomotion préféré, et je ne voyais sur les brochures médicales qu’une béquille de malade pour m’accompagner dans le reste de ma vie en Gaule : un gros poteau en métal couronné d’une auréole plastifiée fluorescente au manchen pour que la stigmatisation soit parfaite ! D’élégantes cannes épées, malheureusement destinées à la seule passive contemplation du collectionneur, ne pouvaient-elles remplir la même fonction ?
La malédiction se confirmait, je le sentais en silence dans chaque parcelle de mon corps, dans les regards pudiques de mon entourage face à mes déambulations de canard...
J’anticipais, suite à cette sentence déguisée, je gambergeais amèrement sur chacun des instants que j’aurai à tracter un fauteuil de centaure à roulettes pour me mouvoir... Du bout de mes petits bras, épais comme des sarbacanes !
Il faudrait que je fasse des efforts inconcevables pour parcourir une once de ce que je pourrais survoler avec l’aide d’une troisième jambe, si lourde soit-elle !
Je me résignais donc à hériter, longtemps après son décès, de la troisième jambe refusée jusqu’à son trépas par mon grand-père... Son souvenir me la rendrait-elle plus légère à endurer ?

Désormais, je suis sa canne, tout comme elle est la mienne ! Un étrange relation tacite et silencieuse s’est édifiée...
Sans moi, elle n’est vraiment rien !
Sans elle, je ne suis plus...
Si je la lâche : elle tombe, elle aussi !
Par canicule, son manche laisse les traces de sa teinture dans ma main, comme autant de sueur versée, de sa part aussi...
Si je me risque à l’oublier un infime instant... comme elle, je suis perdue !
Eté comme hiver, elle fait partie de moi : ma troisième jambe !
J’espère, cependant, deux choses nous concernant : parcourir des lieues et des lieues avec elle, et qu’aucun autre membre de la famille n’ait à en hériter...
Je ne suis qu’une toute neuve quadragénaire, et ma maladie n’est pas génétique, juste orpheline !

PRIX

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Pierrine · il y a
Sensible et touchant ! Je vote et vous invite à lire ma TTC " JE est un autre "
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Nicolas · il y a
J'ai bien aimé.
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Baleinebleue · il y a
superbement écrit et si réalisteun hommage à la dure réalité de la maladie
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TI RAYON DE SOLEIL · il y a
un témoignage poignant et si pur !!!
beaucoup de pudeur et de sensibilité face au courage d'une petite bonne femme que j'appellerais "ma petite wonder woman" lol
félicitations véronique !!! continues à nous emporter dans ton ressenti sincère et tellement vrai !!

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Lenseur · il y a
Très bien écrit, assez prenant.
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