La cabane oubliée

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Cette petite maisonnette en moellons logée contre la paroi rocheuse ne peut pas avoir disparu. Evidemment, depuis trente années que je ne l’ai plus vue, des choses ont probablement changé mais pas elle. Dans la famille, pas un seul membre n’y a mis les pieds depuis bien longtemps et personne n’avait de raison de la faire démolir. D’ailleurs, tout le monde, sauf moi, a même oublié son existence.

La végétation de cette petite vallée a pris une ampleur considérable et retrouver mes repères n’est pas une mince affaire. Pourtant, la présence de cet étang face à l’impressionnant mur abrupt, mélange de grès et de calcaire, ne laisse planer aucun doute, je suis au bon endroit.

Je me fraye un chemin entre les branches entremêlées d’arbres et arbustes de toutes sortes. Des ronces m’éraflent les mollets. La nature a complètement repris le pouvoir, à tel point qu’il n’y a plus aucune trace du sentier que nous empruntions jadis avec mon grand-père. J’arrive finalement dans ce qui s’apparente à un cul-de-sac. Il n’y a évidemment pas de panneau indiquant « voie sans issue », mais c’est tout comme. L’eau vient affleurer la roche, interrompant mon avancée. Je ne m’aventure pas à mettre un pas dans l’étang, d’une part parce que je n’ai pas envie de vérifier si j’ai pied et d’autre part, mon souvenir est précis, Papy et moi n’avions nul besoin de jouer aux grenouilles pour rejoindre la petite construction. Nous devions juste enjamber un menu gué que j’ai reconnu au début de mon exploration. Je dois mieux regarder. Elle doit être là quelque part. Je rebrousse chemin, déçu que cette tentative de redonner vie à un souvenir d’enfance semble mal embarquée.

Il y a une semaine, j’ai reçu un notaire porteur d’un petit coffret en bois noble. Mon grand-père l’avait missionné pour me le remettre le jour de mes trente-cinq ans. Il renfermait une imposante clé finement travaillée. Dès que je l’ai vue, un morceau endormi de ma mémoire s’était réveillé. Ce bout de métal et surtout le mot qui l’accompagnait étaient la preuve de son existence. Le texte inscrit sur ce feuillet était d’ailleurs assez énigmatique : «Le trésor de la cabane : un jour, peut-être, tu pourras le révéler. Si les choses changent, mon histoire n’aura pas existé et tout le mérite t’en sera attribué. ». Je devais à peine avoir cinq ou six ans la dernière fois qu’il m’y avait emmené, c’est vous dire si les souvenirs sont troubles. Malgré tout, je le revois ouvrant la lourde porte avec cet impressionnant sésame, digne de ceux que l’on imagine voir protéger l’accès de salles secrètes dans les châteaux de contes de fées. Et ce mot, faisait-il référence à un jeu qu’il aurait autrefois imaginé pour moi et dont il avait conservé le souvenir via ce bout de papier ? Ou y avait-t-il réellement un trésor caché ?

Mon périple est-il voué à l’échec ? Pas trace de cabane au trésor ici... Me serais-je trompé ? Le plus comique dans toute cette histoire, c’est que j’ai oublié ce qu’elle renferme, ma cabane. Je ne sais d’ailleurs pas si l’indicatif présent s’applique encore pour en parler. J’ai l’impression que Papy m’avait fait promettre de garder le secret sur son contenu et c’est comme si ma mémoire avait effacé les données pour s’assurer que je ne révèlerais rien.
J’emprunte le parcours de fortune que j’ai tracé quelques minutes plus tôt sur les pas de l’ancien sentier. Dans un renfoncement qui m’avait échappé tout à l’heure, j’aperçois une masse sombre qui se détache de la paroi rocheuse. Une impressionnante quantité de lierres recouvre ce qui semble être une maisonnette. Pas de doute possible : un toit se laisse deviner malgré une couche impressionnante de mousses et de feuilles mortes. Quelques moellons des murs ont également réussi à ne pas être recouverts. Je l’ai retrouvée ! La cabane de Papy est là, dissimulée par une nature conquérante que personne n’est plus venu discipliner depuis belle lurette. Elle est vraiment bien cachée car il faut vraiment vouloir venir se perdre dans ce recoin reculé de la forêt.

A tâtons, je recherche l’entrée. La porte a dû, elle aussi, être recouverte de verdure. Après quelques instants, je la trouve et la dégage en arrachant le plus gros des plantes rampantes qui la cachaient. Le bois semble avoir résisté au temps, il est probablement constitué d’un assemblage de panneaux de chêne. L’imposant habillage métallique de la serrure me défie. « Malgré la rouille, tu ne passeras pas » semble-t-il me dire. Je sors la lourde clé que j’ai retrouvée dans le coffret et la glisse dans l’ouverture encrassée.

...


Le texte s'arrêtait ici lorsque nous l'avons exploité avec mes élèves de 4e primaire. Un peu frustrant, je l'avoue ! Quand je n'écris pas, je suis donc instit. et pour une fois, plutôt que de prendre un texte existant, j'ai partagé une production personnelle (et inédite) en classe. Plusieurs activés ont été réalisées (inférence, recherche de vocabulaire, illustration -vous pouvez les découvrir sur ma page - etc.. ) mais une de celles qui a le plus passionné les enfants a été d'émettre des hypothèses sur la suite possible. N'hésitez pas à vous amuser à faire comme eux. ;)

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