La boutique

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croquer des instants de vie, ouvrir les yeux, les oreilles, se laisser envahir par l'émotion, et avoir le besoin impérieux de partager, de se sentir vivre...c'est cela pour moi, ecrire  [+]

Image de Été 2018
La petite rue pavée grouillait de monde. Il faisait chaud, l’air était étouffant, irrespirable. J’aurais donné n’importe quoi pour un peu d’air frais. Mais aucune boutique climatisée à l’horizon, pas d’église non plus pour se rafraîchir.
Je me trainais, ne m’intéressais à rien. Pourquoi avais-je décidé ce tour dans la vieille ville ? Pour rompre mon ennui sans doute. Je descendais, descendais, mais où cette petite rue me menait-elle ?
Je pris conscience tout à coup que j’allais devoir remonter cette ruelle pour rentrer. Je n’imaginais pas en avoir le courage, et pourtant je ne pris pas la décision de m’arrêter, et je m’enfonçai de plus en plus dans ce goulot sombre.
De grosses gouttes de sueur perlaient sur mon front, j’étais à la limite du malaise quand je l’aperçus. Petite, mais attirante, la boutique à la façade de bois, fraichement repeinte d’un rouge grenat attirait mon regard. On pouvait lire au-dessus de la porte soigneusement peint d’une écriture ancienne « Au Charme d’Antan ». Je m’approchai. La vitrine était coquettement installée. Je me disais même n’avoir jamais vu de brocante aussi soignée. Tous les objets semblaient avoir été lustrés, débarrassés de toute poussière avant d’être exposés aux yeux des passants.
Sans même me poser la question, je poussai la porte de l’échoppe. Une petite cloche au son gai et joyeux retentit pour avertir mon entrée. Il y faisait frais ! Quel bonheur ! Je respirais. Je m’attendais à voir arriver quelqu’un. Personne.
Je flânais alors çà et là dans la boutique. Un bouquet d’anémones fraîches dans un vase de porcelaine blanche était posé sur le comptoir lustré. Sur un coffre qui semblait tout droit sorti d’un bateau de pirates étaient exposés des cadres anciens de toute forme, les bois précieux, le métal doré, argenté, l’ivoire, tout s’harmonisait à ravir. Dans un coin, un paravent chinois noir laqué protégeait une vierge au regard bleu, si doux, une statue qui par sa présence faisait régner une sérénité presque palpable.

Posée au sol, dans un coin, une plaque de ciment carrelée d’une jolie mosaïque ancienne aux tons bleutés. On pouvait y lire un chiffre autour d’arabesques orangées « 1912 » ... Vestige d’une demeure que je m’imaginais immense, belle et prestigieuse. Cette plaque toute effritée portait encore en elle, le grouillement d’une vie de famille qu’abritait cette maison. A côté, posé contre le mur un vieux volet, tout vermoulu, on pouvait y voir encore quelques traces de peinture bleutées elles aussi. Était-il accroché à cette demeure ? J’aimais l’imaginer, cela devait rendre encore plus belle et plus chaleureuse cette maison.
Je continuais ma visite dans la boutique, comme s'il me fallait trouver ce petit quelque chose de complémentaire, qui allait me satisfaire...
Une odeur de cire ancienne flottait et se mélangeait à une odeur de fleurs et d’encens. Une étoile de mer posée là sur une assiette de porcelaine décorée de petits poissons de toutes les couleurs semblait être indissociable de l’assiette. Des piles de tissus soyeux, aux couleurs chatoyantes, donnaient à la fois une envie de voyages dans des pays lointains et celle de les mettre près de la joue, pour rêver.
Sur un guéridon, une pipe, un binocle, des rubans, une petite sculpture de danseuse. Sur une table un peu plus loin, des livres anciens posés çà et là au milieu de fleurs séchées, de disques aux pochettes de papier jaunies.
Dans ce fatras de choses, tout semblait étrangement ordonné, posé non pas au gré de la fantaisie de quelqu’un, mais étudié, réfléchi.
Il me semblait être là depuis plus d’une demi-heure, m’inquiétant de ne voir personne arriver, j’ouvrais la porte pour faire tinter la cloche. Personne. Je tentai un « Y a quelqu’un ? » Rien.
Un fauteuil de velours vert s’offrait à moi dans le coin de la pièce. N’écoutant que ma fatigue, je m’y assis, allongeai mes jambes lourdes, enfonçai ma nuque sur le dossier moelleux. J’allais m’offrir quelques minutes de repos avant de remonter la petite rue et rentrer.
Je m’étais endormie, je ne savais combien de temps, mais quand je m’éveillai, il était là, devant moi et me regardait fixement.
— Eh bien, voilà, vous avez planté le décor, et me voici. Vous voilà rassurée.
— Oui, cela a été vraiment difficile pour moi, d’y arriver. Mais, qui êtes-vous exactement ?
— Mais je suis l’antiquaire, le propriétaire de cette boutique que vous avez si bien décrite. Félicitations.
— Félicitations, félicitations... vous en avez de bonnes ! Que vais-je faire de vous, comment vais-je continuer ?
— Faites-moi, faites-vous confiance. Relisez ce que vous venez d’écrire, derrière chaque objet, il y a une histoire, je vous aiderai, je vous raconterai des pays, des aventures. Je suis le personnage que vous cherchiez avec peine.
Il m’avait alors souri. Il était là planté devant moi. Son regard clair, sa blouse grise, ses cheveux un peu ébouriffés contrastaient avec l’image que je me faisais d’un antiquaire. Il devait avoir des tas de choses à raconter. C’était décidé, j’allais le garder ce personnage de la nouvelle que je venais de commencer. Je reprenais mon cahier, mon stylo, je n’étais plus seule, mon antiquaire et moi allions vivre de délicieuses heures d’écriture.

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