La boule à neige de noël

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écrire des histoires, mettre son âme à nu, se noyer des jours et des nuits dans une fièvre au bout de laquelle ont pris vie des personnages nés du rêve, pétris de réalité, frémissants de  [+]

Image de Été 2020

Siméon collectionnait les boules à neige. Il les retournait régulièrement. Parfois, parce qu’il était contrarié et grognon, il renversait plusieurs boules, les secouait un peu, et en regardant tomber les paillettes scintillantes sur des paysages aussi divers que variés, il s’imaginait renverser l’ordre des choses et modeler, si peu que ce soit, le monde à sa guise. D’autres fois, il en prenait une en douceur pour le simple plaisir de voir la neige qui ne brillait que par son absence dans la bonne ville de Sète. Or, une veille de Noël, il constata que sa préférée, celle où les flocons retombaient sur un village de montagne entouré de hauts sapins, était cassée. Cassée en deux, le globe d’un côté, le socle de l’autre.

Siméon se sentit très mal en constatant les dégâts, car il croyait dur comme fer qu’il s’agissait là d’un objet magique, qui contenait l’esprit de Noël, et que celui-ci s’était forcément évadé de son abri de verre. Il avait même envie de pleurer comme le bébé qu’il n’était plus. À l’unisson de son humeur morose, le ciel laissait tomber une pluie incessante sous laquelle la ville, noyée, se montrait grise, désolée et quasiment déserte. « Jamais le père Noël ne pourra poser son traîneau sur le toit, se dit-il. C’est trop dangereux, il va glisser et se casser un os, c’est sûr, et alors, adieu à la voiture à pédales que je lui ai commandée ! » Il colla le nez à la fenêtre, regarda sans les voir les passants passer, puis fila se blottir dans un fauteuil crapaud qu’il affectionnait particulièrement, tout en essayant mollement de recoller les morceaux de sa boule fétiche.

Sans doute s’était-il endormi, puisqu’il se réveilla. Mais où diable était-il ? Il se trouvait dans une pièce inconnue et devant lui, dans une grande cheminée, un joli feu de bois crépitait joyeusement. En regardant tout autour, il crut être entré dans un film de Noël américain. Des guirlandes, des lumières, des étoiles, et un sapin orné de mille et une boules de verre luisaient, brillaient, étincelaient et plongeaient Siméon dans une ambiance irréelle. Il se demanda qui, autour de lui, pouvait bien aimer les fêtes à ce point. Des odeurs de biscuits au gingembre, de vanille, de jus d’orange à la cannelle lui chatouillaient délicieusement les narines, et malgré l’étrangeté de la situation, il se sentait le cœur en paix.

— Veux-tu un lait de poule ? surpris, il leva les yeux et crut halluciner. La mère Noël en personne se tenait devant lui, avec son joli visage au teint clair, ses joues rebondies et légèrement roses, et son auréole de fins cheveux blancs, sans parler des lunettes rondes et dorées…
— Oui, madame, merci, répondit le gourmand, car il était bien élevé.
— Tu as un problème, mon poussin ?
« Pas qu’un problème », pensa Siméon, « je deviens jobastre, je vois la mère Noël ! En voilà une aventure que je ne pourrai jamais raconter, sinon maman m’emmènera chez le docteur et j’aurai droit à un traitement de faveur : piqûre calmante et électrochoc, au moins ! »

— Mmmh ! se contenta-t-il de répondre sobrement
— Tu peux m’en dire un peu plus, peut-être ?
— C’est à cause de ma boule à neige, elle est cassée, lâcha Siméon, un peu ronchon en repensant à cette colle stupide qui avait séché et permis aux deux éléments de se séparer. Du coup, j’ai peur que le père Noël ne passe pas chez moi. Elle était magique, cette boule, vous savez ? L’esprit de Noël s’en est échappé, et ce sera une journée affreuse !

La mère Noël sourit et passa une main légère comme l’air dans les cheveux bouclés de Siméon, dans un effluve délicat de violette qui lui évoqua sa mère et finit de le tranquilliser.
— La magie de Noël ne se résume ni aux cadeaux ni à une boule à neige, mon enfant. Elle est dans ton cœur, et toi seul possèdes le mot magique qui lui permettra de te faire le plus beau des Noëls.
— C’est quoi, ce mot magique ?
— L’amour, mon petit, l’amour, sans lequel rien ne peut exister.

Et Siméon se retrouva à nouveau dans son fauteuil crapaud, dans un coin du salon de sa maison. Il frotta ses yeux avec force, et entendit :
— Tu veux un chocolat chaud, mon chéri ?
Maman se tenait devant lui, souriante, et elle lui passait tendrement la main dans les cheveux. Dans un élan plutôt brusque, il jaillit de son siège, et se jeta contre elle, presque à la faire trébucher. Il se serra très fort contre elle, respirant à plein nez son odeur discrète de violette.
— Je t’aime, maman, je t’aime grand comme le monde. Ce Noël sera magique !

Au pied du sapin, une voiture à pédale d’un rouge Ferrari rutilant était bien sagement garée.

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