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La boulangère obséquieuse

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Chris2p2l

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Qu'elle est obséquieuse ma boulangère. Enfin quand je dis "ma boulangère", il s'agit bien évidemment d'un abus de langage car elle n'est ni "ma", ni "boulangère" ("employée en boulangerie" devrait être le terme adéquat, je pense, mais les intellectuels qui brainstorment à l'ANPE ont sans doute depuis longtemps trouvé une définition plus subtile). Mais elle réellement obséquieuse.

Quand j'y pense, l'obséquiosité est une chose assez bien partagée chez les « employées en boulangerie », sans même parler de leurs patronnes. Et surtout quand la marchandise qu’elle vous vendent est d’assez faible qualité (oui, on dirait qu’elles vous noient sous les politesses pour faire diversion) : je me souviens, par exemple, de cette parvenue qui voulait se la jouer Nadine de Rothschild et qui, toujours à la recherche de la formule la plus ampoulée (elle ne tenait pourtant pas un commerce d’éléctro-ménager) osait ce genre de choses : « vous êtes en main, monsieur ? ». D’un autre côté, il n’était pas rare que les clients de cette boulangerie se cassent une ou deux incisives (pas plus que deux : heureusement la nature dentaire est bien faite) en voulant venir à bout d’une pâtisserie que leur avait vendu la grande prêtresse des bouches en cul de poule. Si Nadine De R. était une bonne et honnête commerçante, voilà de quelle manière elle s’occuperait de ses clients : « Vous désirez autre chose monsieur ? Une scie, peut-être ?... »
Mais revenons-en à la personne qui vient de me vendre une baguette il y’a une demi-heure...
Alors que vous commencez, nonchalamment à intégrer la queue, elle vous dit bonjour. C’est le « bonjour préventif », au cas où elle oublierait de vous le dire au moment où ce sera votre tour de passer commande. Et bien sûr, quand votre tour arrive, elle vous redit bonjour. Ca, c’est le « bonjour de sécurité » au cas où elle aurait oublié le « bonjour préventif ».
Musicalement parlant, il s’agit du strict même bonjour les deux fois. La deuxième note qui compose le mot est beaucoup plus élevée que la première ; en gros, entre le « bon » et le « jour », il y’a à peu près un octave de différence. Plus l’écart entre les deux sons augmente, et plus l’obséquiosité est affirmée. Un octave, c’est déjà très significatif !
Puis, quand vous vous apprêtez à vous acquitter de votre dû (après toutefois qu’elle vous aie demandé, impossible d’y échapper, si vous désirez autre chose - « ah oui, pardon, je voulais 7 croissants, 3 éclairs au chocolat, 2 babas au rhum, 5 religieuses... j’avais oublié, vous faites bien de m’y faire penser ! »), vous avez droit à un « merci beaucoup, monsieur ». C’est le « beaucoup » qui est étonnant dans l’affaire. Prenons mon exemple de tout à l’heure : je ne lui ai jamais tendu que 70 centimes, ce n’est pas « beaucoup », ce n’est pas une somme énorme. C’est juste le prix de la baguette... ah oui, c’est peut-être beaucoup alors... autant pour moi !
Et puis il y’a aussi le fameux « en vous souhaitant une bonne journée, monsieur «  dont elle vous gratifie à trois reprises au moins ; la première, quand vous êtes en train de ranger votre porte-monnaie. La seconde, quand vous avez fini de le ranger et que vous êtes donc plus attentif que la première fois, et la troisième, au moment où vous avez réussi à en placer une, pour répondre à votre « au revoir ».

Mais j’ai un sentiment de culpabilité qui me vient tout à coup ; elle n’est peut-être pas si obséquieuse que ça cette personne, après tout. Pas plus que la moyenne des commerçants en tout cas. Mais bon, j’avais envie de brocarder quelqu’un, et puis j’avais envie d’écrire un truc rigolo parce que ça faisait longtemps. Enfin, à supposer que ça vous ait fait rire.

Merci beaucoup.
En vous souhaitant une bonne journée.
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Volsi · il y a
sourire en tout cas !
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Alice · il y a
Ah ah ! ... Je vous prie... :)
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