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La boîte blanche

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Flo26

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Jour J, on y est. Ce jour qui m'excitait tant il y a quatre mois, me fait si peur aujourd'hui. Je m'y suis préparée pourtant ; de longues heures de révisions à répéter chaque geste, chaque automatisme, mais ce matin, c'est tout autre chose.

Je pourrais ne pas m'y rendre, trouver une excuse, comme lorsque j'étais plus jeune et que je ne voulais pas aller à l'école. Je pourrai le faire mais je ne dois pas. Je dois prendre mes responsabilités, je suis une adulte maintenant. C'est ce que ne cesse de répéter ma mère. Si tout se passe bien, à moi la liberté, dans le cas contraire, cela restera sans commentaire.

Me voilà arrivée devant cette boîte confinée toute blanche. Au fait, je ne me souviens plus si je suis claustrophobe ? Le suis-je ? Je devrais peut être appeler ma mère pour le lui demander confirmation, ce serait plus prudent. Mais je la connais, elle me dirait surement «Oh, Emilie, ça suffit reprend toi ». On me demande d'entrer et de m'installer. Un autre homme entre avec moi, je ne le connais pas. Il me fait peur sans même me regarder. Il porte un costume, des lunettes, et n'a pas l'air de vouloir plaisanter aujourd'hui. Puis-je encore faire demi tour ? Toi mon père qui est aux cieux (je parle de mon vrai père bien sûr) protège moi et envoie moi le courage d'accomplir ma mission.

Alors que tous mes sens devraient être en éveil à ce moment précis, je me sens mal. Mon cœur bat à mille à l'heure, des nausées me gagnent, je sens des sueurs froides sur mon front, oh non pas maintenant, je ne vais pas faire ça devant lui ! Ma tête tourne, je vois trouble, mon ventre se crispe. J'aurais du penser à passer aux toilettes avant l'échéance. C'est impossible, la chance ne peut pas m'abandonner à ce point là !

L'homme me regarde enfin, il a l'air de me parler et cela semble être important vu son visage et ses gestes, mais je n'entends rien. J'essaie de rassembler mes forces pour me concentrer mais je n'y arrive pas. C'est affreux, j'ai l'impression de vivre un cauchemar et je me demande si tout va s'arrêter brusquement. Soudain, il fait une pause, regarde devant lui, et me lance d'un ton calme : « Il faut y aller maintenant ».

Je comprends à cet instant que je ne peux plus faire demi tour et décide de souffler un bon coup avant d'avancer. Un dernier regard vers le ciel et ses nombreux nuages gris. Tout ira bien, je vais certainement me détendre. J'avance, trop doucement, ou peut être pas. Il n'en dit rien. J'attends ses instructions car je ne connais pas la sortie de ce labyrinthe, il est le seul à en connaître les secrets. Je tourne à gauche puis à droite. Nous ne sommes pas seuls finalement. Je vois d'autres personnes autour de nous. Je n'ai pas le temps de vraiment les regarder et ils n'ont pas l'air de s'intéresser à moi non plus. Mais alors que j'avance tout droit, mon regard se pose sur un enfant dans une poussette à droite. Il est si bruyant, il pleure et agite son petit corps et son père à l'air excédé, épuisé. Mes yeux restent bloqués sur lui quand brusquement, l'homme à mes côtés pose sa main sur mon ventre comme pour me retenir et m'arrête dans mon élan. Mon regard quitte cet enfant par le choc de la scène. Je ne comprends pas je regarde mon coéquipier d'un air surpris, qu'est ce qui lui prend ? Il me regarde à son tour, avec un air déçu et sévère. Il lance des mots très durs dont je ne saisis pas le sens immédiatement tels que « Vous êtes venue vous suicider aujourd'hui ? Dans ce cas, laissez moi en dehors de vos problèmes si vous le voulez bien ! ». Voyant que j'étais perdue, il me montre cette flamme rouge face à moi. Comment n'ai-je pas pu la voir ? Elle est rouge ! Elle brille. Elle est face à moi ! Quelle imbécile ! Je tente de me justifier maladroitement mais il me demande de reprendre mon parcours sans me laisser en dire plus.

Les secondes deviennent aussi longues que des minutes, et les minutes deviennent des heures dans mon esprit. Le temps semble m'abandonner également dans mon épreuve. Je me sens seule, je sens même une larme qui coule le long de ma joue droite. Je pense que l'homme aussi s'en rend compte. Il essaie de me rassurer à sa manière, sa voix est plus douce, plus rassurante, et je me détends peu à peu. Je feins un sourire et je continue, comme il me le demande. Je passe les étapes et finis par voir tous ces dessins, toutes ces flammes tricolores, tous mes autres partenaires dans cette course. Peu à peu, ma vue, ma respiration, mon ouïe et mes gestes, deviennent plus sereins et il semble le ressentir.

Je finis mon parcours et me place là où l'homme le souhaite. Je le regarde en tentant de deviner ses pensées, en essayant de trouver une réponse dans son comportement. Il ne laisse rien paraître. Je sors de cette boîte qui a eu raison de moi, en me disant finalement que je me suis fais plus de mal que cet endroit ne m'en a fait en retour. Mais ce qui est fait, est fait. L'homme me serra la main en me disant simplement « Poursuivez, vous y êtes presque, la prochaine sera la bonne ».

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Azel Bury · il y a
Surprenant ! J'y étais pas du tout ! :D j'avais pas pigé et quand on ne comprend pas de quoi il s'agit c'est déroutant. Après on rit ! Donc bravo ! j'adore ! Mes 5 voix .
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Ginette Vijaya · il y a
Apprendre à conduire n'est pas facile au début . le récit transcrit bien les appréhensions du personnage .
je concours aussi avec le texte : " De roues en roues"

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Abi Allano · il y a
La pauvre...le stress lui a fait perdre ses moyens.
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Jokamax · il y a
Très bien tourné !
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