La boite aux merveilles

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Et voilà, la semaine est finie, et pour moi vont commencer des vacances bien méritées !
Il faut juste préparer une valise, où plutôt un sac, vite fait bien fait ! Deux ou trois petites choses, une paire de sandales et une de tennis et je m'élance sur le chemin du farniente, direction la maison de ma grand-mère, dans la montagne ardéchoise.
Sitôt arrivée, je déballe mes quelques affaires, et me rend au village faire les quelques courses de première nécessité. Je fais l'emplette de picodon, caillette, saucissons et autres merveilles du coin et rentre sans me presser, déguster ce menu de choix, menu de roi, accompagner d'un bon verre de chardonnay bien frais.
Il fait bon lambiner sur la terrasse, au frais.
Je me décide tout de même, à rentrer dans la maison qui a toujours l'odeur de celle qui a bercée mon enfance, ma charmante grand-mère.
Il me prend alors l'envie de fureter de ci de là à la recherche de mille et une choses qui me ramène inexorablement vers ma tendre aïeule. Je découvre de vieilles lettres adressées à mon grand-père au temps où écrire n'était pas un vain mot, où l'on parler de la pluie et du beau temps sans vraiment parler d'amour mais où celui-ci transpirait malgré tout dans chaque phrase.
Je poursuis mes investigations plus avant ; de vieux livres poussiéreux, relatant les épopées de preux et nobles chevaliers s'en allant conquérir de lointaines contrées pour les beaux yeux de leurs promises.
Entre les pages des livres, des fleurs séchées, aux teintes fanées, mais qui évoquent toujours aussi puissamment celle qui les a ramassées.
Plus loin, une pelote de laine où les aiguilles laissent échappées les mailles d'une écharpe aux multiples couleurs qui ne sera jamais terminée.
Ah que de beaux souvenirs ai-je laissés ici !
Au fil de mes pérégrinations, j'ouvre l'armoire de ma grand-mère, qui recèle à elle seule tous les trésors de la terre : de la fine dentelle du Puy, des robes au tissus chatoyants ayant encore sur elles le parfum tenace de violette affectionné par ma grand-mère.
Des mouchoirs en baptiste, des draps en lin qui vous grattent la peau.... Mes doigts parcourent toutes ces belles choses sans jamais s'attarder. En parcourant les étagères, je sens comme une aspérité sous l'une d'elle, et en forçant un peu, un mécanisme se déclenche, faisant apparaitre une cache, à l'intérieur de laquelle se trouve une minuscule boîte.
Poussée par la curiosité, j'en inspecte le contenu ; et oh, surprise sur un lit de velours noir, une minuscule bague, surmontée d'une magnifique émeraude. Quel est ce bijou ? Je ne l'ai jamais vu au doigt de ma grand-mère ! Cela m'interpelle quelque part.
Je consulte alors les divers albums photo, dans l'espoir de voir apparaitre cette bague sur l'une d'entre elles, mais peine perdue ! Il n'y a pas plus de bague au doigt de ma grand-mère que de beurre en branche comme elle se plaisait à le dire.
Voilà un mystère qu'il me faut éclaircir.
Je décide de montrer ce bijou à la meilleure amie de ma mamie, encore en vie, Mathilde.
Je me sens investie d'une mission spéciale, je suis sûre que derrière, se cache une histoire rocambolesque, et je ne vais pas être déçue. Il n'est pas encore très tard, et Mathilde habitant le hameau voisin, il ne me faut pas plus de cinq minutes à pied pour m'y rendre.
Elle ne cache pas son plaisir de me voir arriver. Aussitôt, elle m'invite à m'assoir autour d'une bonne tasse de thé, et d'un morceau de tarte à la rhubarbe dont elle a le secret.
Profitant de ce moment paisible, je sors la mystérieuse boîte de ma poche, et la lui tend. Elle l'ouvre avec délicatesse. Lorsqu'elle découvre à son tour, la minuscule bague et son émeraude, elle pâlit et écarquille grand les yeux. Elle me regarde gravement et me demande où je l'ai trouvée.
En peu de mots, je lui explique ma trouvaille, et lui demande de m'expliquer son histoire.
Alors commence un étrange récit. Cette bague aurait appartenu à une dame de la noblesse ardéchoise. Mathilde connait son histoire, mais me met toutefois en garde contre les révélations qu'elle s'apprêtait à me faire ; mon arrière-grand-mère, la mère de ma grand-mère, s'est retrouvée, malgré elle dépositaire d'un secret qu'elle s'était engagé à tenir contre vents et marées. Ce secret elle l'a emporté dans sa tombe.
Il s'agit d'une histoire liée à la filiation de la belle dame ; en effet, celle-ci s'était amourachée d'un godelureau chose qui en ces temps anciens ne se faisait bien évidemment pas ! Il ne fallait pas gâter le sang bleu ! Et bien entendu, cette gente dame étant éperdument amoureuse de son damoiseau, n'écoutant que son cœur et pas du tout sa raison, se donna corps et âme dans ce bel amour. Cette passion inavouable, fut bien entendu, comme l'on devait s'y attendre porteuse de fruit.
La belle dame mit au monde, une jolie petite fille, prénommée Marjolaine. Ne pouvant pas garder cette enfant, elle proposa à mon arrière-grand-mère de la lui laisser provisoirement afin qu'elle l'élève au sein de sa famille, comme l'un de ses propres enfants. Ce qui fût fait ! A cette époque on ne regardait pas un enfant de plus où de moins. Elle en assuma néanmoins l'entretien.
La petite-fille fût donc élevée dans un milieu gai et chaleureux où elle fût aimée comme les autres, sans distinction de lignée et sans se douter le moins du monde de ses véritables origines.
Le provisoire fût malheureusement pérenne, la petite Marjolaine, resta jusqu'à sa majorité au sein de cette famille. Le jour de ses vingt-et-un ans, la dame demanda à la rencontrer et lui offrit pour son anniversaire, la minuscule bague montée d'une émeraude. Elle s'en émerveilla, se demandant pourquoi une si belle dame lui offrait un présent si coûteux sans pour autant chercher à en savoir plus.
Elle ne sut jamais rien sur sa véritable famille et nul ne se hasarda à lui dévoiler la vérité.
A la fin de son récit Mathilde, toute émue, me prit les mains. Je tremblais de tout mon corps !
Avec patience et douceur, elle me fit comprendre que j'étais la descendante directe de cette noble famille ardéchoise, et que maintenant, cette belle bague m'appartenait. Libre à moi d'en faire ce que bon me semblait.
Au fond de moi, je ressentis une immense peine pour la pauvre Marjolaine, abandonnée par sa propre mère, mais aussi une immense joie d'avoir pour ma part, grandit et vécu de superbes moments dans une famille, soudée, aimante et capable de générosité sans rien attendre en retour, où tous les enfants étaient traités de la même façon sans distinction.
Je repris la bague, la remis dans sa boîte et rentrais chez moi.
Je la contemplais avec mille précautions en revoyant en pensée la jolie Marjolaine, où cette bague devait briller à son doigt de mille feux.
Alors aussi surprenant que cela puisse paraître, je la replaçais bien au chaud dans l'armoire, et décidais de ne jamais trahir la parole donnée par mon arrière-grand-mère.
Ainsi va la vie, et l'amour, la générosité et la tendresse valent tous les liens du sang.
Il ne faut jamais présumer de la somme d'amour que peuvent avoir certaines personnes, capables de prendre en charge des enfants qui n'ont rien demandé, et cela sans jamais trahir la parole donnée.
Mille mercis à mon arrière-grand-mère, qui restera à jamais dans mon cœur pour son altruisme et son dévouement, valeurs qui se sont transmises dans la famille, de génération en génération et que j'espère un jour transmettre à mon tour.
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