La balle au centre

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Image de Hiver 2015
Il est 14 heures. La chaleur moite et le soleil brûlant au zénith font briller la sueur sur sa peau. Ses mouvements rapides amplifient les reflets à tel point que, de loin, on aurait pu le croire vêtu d’une armure de diamants, indestructible.

Et il l’est, balle au pied. Insaisissable, virevoltant, dribblant ses camarades sur le terrain abandonné. Les mèches bouclées tombent dans les yeux, la sueur salée coule dans les bouches, les éclats de rires montent au ciel. Ils sont jeunes, des enfants, mais l’intensité est incroyable et le petit match dans le bidonville prend des allures de Coupe du Monde.

Eux aussi semblent émerveillés par son jeu. Il est le plus jeune d’entre eux mais c’est déjà l’héritier du Jogo Bonito. Le ballon colle à ses pieds comme par magie et il s’approche une nouvelle fois dangereusement de la surface adverse. Un dernier crochet intérieur devant le défenseur et le voilà maintenant seul, face au but. La frappe est puissante et transperce les bras tendus du gardien. Pleine lucarne. Ses camarades hurlent de joie et scandent son nom : « Edson, Edson » !

Il n’aura pas de coupe, mais l’admiration de ses amis lui est suffisante. Radieux, Edson tourne la tête et observe le cheminement du ballon : il rebondit contre un mur, casse un carreau, s’écrase sur la tête d’un homme et termine sa course un peu plus loin. Il se précipite pour le récupérer : c’est le dernier encore en état de marche et s’ils le perdent, ils devront de nouveau jouer avec des boîtes ou des canettes.

Tandis qu’Edson approche, l’homme glisse rapidement la main dans sa poche pour en sortir un objet métallique aux éclats éblouissant qu’il dissimule ensuite dans son dos. Il se penche pour prendre le ballon qu’il glisse sous son bras gauche et s’approche d’un pas rapide. Edson lui sourit, tend les bras, le coup de feu retentit. Puissante, la balle transperce le corps du jeune garçon qui s’effondre au sol tandis que les autres gamins s’enfuient au pas de course en hurlant.

Une ombre passe sur le terrain. Le soleil joue à cache-cache. Le sang et la poussière recouvrent la sueur et l’armure d’Edson disparaît. L’homme toise le corps ensanglanté, laisse tomber le ballon à ses pieds et se retourne en murmurant « un partout, la balle au centre... ».

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