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Loris

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Il est 14 heures. La chaleur moite et le soleil brûlant au zénith font briller la sueur sur sa peau. Ses mouvements rapides amplifient les reflets à tel point que, de loin, on aurait pu le croire vêtu d’une armure de diamants, indestructible.

Et il l’est, balle au pied. Insaisissable, virevoltant, dribblant ses camarades sur le terrain abandonné. Les mèches bouclées tombent dans les yeux, la sueur salée coule dans les bouches, les éclats de rires montent au ciel. Ils sont jeunes, des enfants, mais l’intensité est incroyable et le petit match dans le bidonville prend des allures de Coupe du Monde.

Eux aussi semblent émerveillés par son jeu. Il est le plus jeune d’entre eux mais c’est déjà l’héritier du Jogo Bonito. Le ballon colle à ses pieds comme par magie et il s’approche une nouvelle fois dangereusement de la surface adverse. Un dernier crochet intérieur devant le défenseur et le voilà maintenant seul, face au but. La frappe est puissante et transperce les bras tendus du gardien. Pleine lucarne. Ses camarades hurlent de joie et scandent son nom : « Edson, Edson » !

Il n’aura pas de coupe, mais l’admiration de ses amis lui est suffisante. Radieux, Edson tourne la tête et observe le cheminement du ballon : il rebondit contre un mur, casse un carreau, s’écrase sur la tête d’un homme et termine sa course un peu plus loin. Il se précipite pour le récupérer : c’est le dernier encore en état de marche et s’ils le perdent, ils devront de nouveau jouer avec des boîtes ou des canettes.

Tandis qu’Edson approche, l’homme glisse rapidement la main dans sa poche pour en sortir un objet métallique aux éclats éblouissant qu’il dissimule ensuite dans son dos. Il se penche pour prendre le ballon qu’il glisse sous son bras gauche et s’approche d’un pas rapide. Edson lui sourit, tend les bras, le coup de feu retentit. Puissante, la balle transperce le corps du jeune garçon qui s’effondre au sol tandis que les autres gamins s’enfuient au pas de course en hurlant.

Une ombre passe sur le terrain. Le soleil joue à cache-cache. Le sang et la poussière recouvrent la sueur et l’armure d’Edson disparaît. L’homme toise le corps ensanglanté, laisse tomber le ballon à ses pieds et se retourne en murmurant « un partout, la balle au centre... ».

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François Duvernois · il y a
J'ai voté pour ce texte. Vous aviez voté pour le mien : http://short-edition.com/oeuvre/nouvelles/poussiere-de-pierre Il est maintenant en finale. S'il vous a vraiment plu vous pourriez me soutenir à nouveau en votant.
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Adaq · il y a
Un fait divers tragique , marquant . +1
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Loris · il y a
Merci pour le vote et le commentaire!
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Isabelle Lambin · il y a
Quelle terrible chute !!
Je me suis prise la balle en plein visage !
Tout comme Maud, je m'attendais plus à la promesse d'un contrat et d'un bel avenir.
Match définitivement suspendu...
+1

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Loris · il y a
Merci pour le vote, effectivement une chute un peu brutale...Le nom Edson est directement inspiré de Edson Arantes do Nascimento, plus connu sous le nom de Pelé. Peut être que, dans le pays du football, des destins similaires au sien se sont brisés dans des conditions semblables.
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Isabelle Lambin · il y a
Terriblement possible...
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Maud Garnier · il y a
Je ne suis ^pas une adepte du foot, mais je me suis surprise en supporter dans la poussière sur le bord du terrain ! J'aurai aimé que l'homme au couteau fasse signer un contrat à Edson,, ou à la limite perce le ballon !.. Ben non !.. triste fin pour un espoir d'avenir assassiné !...
Mais pour ce dernier match, tu as mon vote !...

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Loris · il y a
Il ne faut jamais sous estimer l'intensité d'un match de football lorsqu'il est joué par des passionnés, amateurs ou non! :) Merci beaucoup le commentaire, une fin triste mais comme dirait Ribéry, la routourne tourne...
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Maud Garnier · il y a
Si tu as un peu de temps, je t'invite à venir lire mes 2 poèmes "Nue sous la moustiquaire..." et "Vénus", il n'est pas question de foot, plutôt de peinture pour Vénus, et pour Nue sous la moustiquaire..., il est question de... ;-)
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Serge Debono · il y a
Je vôte pour ton texte, pour le joga bonito, pour la chute... et aussi pour la pochette d'Atom Heart Mother! Bravo à toi!
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Loris · il y a
Merci pour le commentaire et le vote! Ça fait plaisir de retrouver un connaisseur des Floyds (d'ailleurs, surveillez bien, ils pourraient lancer une nouvelle tournée suite à la sortie de The Endless River, malheureusement sans Waters...)
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Bertrand · il y a
Un match mortel , affûté dans lequel sport et violence font bon ménage^^+1
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Loris · il y a
violent oui...c'est presque un remake footballistique du film Rollerball ;) Merci pour le vote! Une histoire qui m'est venue en idée de dessin (je lis bcp de mangas...), malheureusement je n'ai pas ton talent :)
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François Duvernois · il y a
Terrible match ! Très beau texte qui va droit au but ! +1
Je vous invite à lire "Jogging matinal" dans TTC et "Poussière de pierre" dans Nouvelle

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Loris · il y a
La balle au centre, ou la douille plutôt, symbole d'une violence omniprésente dans la société brésilienne (du moins c'est l'idée que j'en ai ne connaissant pas le pays). Un texte que j'ai écrit lors de la dernière coupe du monde alors que les Brésiliens auraient bien eu besoin de voir tout cet argent dépensé ailleurs que dans des stades (encore plus quand on voit le parcours de leur équipe...). Merci pour le vote, je vais de ce pas faire un tour sur vos textes!
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