La baignade

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Poète/Musicien. Publication de textes dans des revues et recueils de poésie . 4 ouvrages publiés Prix Charles Baudelaire 2014 décerné par la Société des poètes français pour l'ouvrage  [+]

Image de Printemps 2018
Bien avant qu’il n’arrive, on entendait l’autorail ronronner sur le plat, travailler dans les côtes et aller comme une bête joyeuse dans les descentes. Rouge en bas, jaune en haut, c’était une chenille sur son chemin de fer à voie étroite.
Dans l’autorail, en ce début d’après-midi, entraient par les fenêtres grandes ouvertes, de pleines brassées d’odeurs d’herbes à faire tourner la tête. Tu étais assise face à moi et tes longues jambes dans ton short blanc touchaient presque les miennes. Tes pensées se perdaient dans une campagne vallonnée, un pays de ruisseaux, d’arbres et de prés, un pays de dessins d’enfants. L’autorail s’arrêtait dans des gares miniatures devant un chef de gare en grand uniforme, convaincu de son rôle dans les affaires du monde.
A la sortie de la gare, tu m’avais pris la main jusqu’à la baignade. Puis chacun caché sous sa serviette, on s’était mis en maillot. Nous étions ensuite descendus jusqu’à la rivière en marchant sur les galets comme des pantins. Je me souviens des premiers mouvements de mes bras dans l’eau claire : j’étais comme un chien fou et c’était bon. Tu étais venue vers moi, tu m’avais pris dans tes bras et ensemble nous avions été sous l’eau. J’avais eu dans l’eau froide comme une sensation de chaud dont j’ignorais la cause. Je crois que je serais resté sous l’eau plus longtemps. Cela avait recommencé deux ou trois fois avec tes longues jambes autour des miennes. Nous avions traversé la rivière et tu avais fait tous les efforts nécessaires pour ne pas arriver la première car tu étais plus grande que moi et plus âgée aussi.
Sur l’autre rive, tu m’avais dit que j’avais des points noirs sur le visage et qu’il fallait les faire sortir pour plaire aux filles. Je m’étais approché de toi, presque au bord de tes lèvres et si près de tes yeux que je voyais deux boules blanches colorées au milieu comme des billes dans la cour de l’école. Ma tête remuait au rythme de ta respiration, sauf au moment précis, où de tes deux doigts, tu pressais ma peau et me montrais victorieuse ces beaux trophées. A la fin tu m’avais dit :
- Voilà, tu es beau comme un sou neuf !
Nous étions repartis vers la gare main dans la main. Sur le quai, nous avions pris deux glaces à la vanille. Tu étais assise en face de moi, tes jambes entre les miennes. Dans l’autorail, tu étais restée debout devant la fenêtre et tu t’étais retournée vers moi en posant ta main sur ma tête comme si j’étais un enfant.
Depuis la maison de tes grands-parents, nous nous étions promenés plusieurs fois vers la gare et quand à la fin des vacances tu étais repartie chez toi par l’autorail, j’étais bizarre... maintenant je dirais que j’étais triste.
J’avais trouvé à l’épicerie une carte postale avec l’autorail en gare et je l’avais gardée dans ma chambre jusqu’aux vacances suivantes, jusqu’à ce jour où ton grand-père m’avait dit que tu étais partie en voyage en Espagne avec ton ami.

Alors, devant la maison de tes grands-parents, je me suis assis sur le trottoir et j’ai pleuré.

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