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La Babeu de la Seille (extrait de "Contes en chemin d'Arlay")

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La babeu lave son linge au bord de la Seille

"Et ben, ça y’est, vous êtes contents, vous m’avez vue, et ben oui c’est moi, la babeu d’la Seille, c’est bien moi, oui. J’imagine ben qu’on vous a ben parlé d’moi, va. « Là v’là, la babeu qui lave son linge à la Seille, pôv’ fane ! C’est une pas-tout-là, celle-là.». Et ben, allez marcher voir ailleurs si j’suis une pas-tout-là, z’êtes ben mal tombés, j’ai ran à vous conter, moi, allez-vous en. Circulez, y’a ran à dire, j’suis une babeu, moi. Ah, ici, à Arlay, ça parle beaucoup. Alors moi j’viens ici pour m’taire. Quand j’suis tout’ crônie d’entendre qu’on jappe sur moi, j’me mets là même sans ran laver, parfois, j’m’en fiche, juste pour les faire parler, eux, là, les cancouènes à la langue bien tendues du Bourg-D’ssous. Le Bourg-D’ssous, là, juste ici. Avant, on y appelait les Diableries d’Arlay, tiens, ça veut tout dire. Personne sait pourquoi vraiment ça s’appelait comme ça mais tout le monde y sait quand même ben tant peu, au fond. Allez vous-en, j’ai ran à vous dire. Allez y voir la Comtesse là-haut du Château, tiens. Elle, elle en connaît à l’abonde des histoires et même l’Histoire avec un grand H. Elle est d’la haute, la Comtesse, elle, elle, a de quoi, elle, moi, j’suis une greluche. Tiens, allez lui demander voir pourquoi y’a d’la fumée qui sort d’sa bergerie la nuit ? Moi, j’sais très bien qu’c’est pas une vouivre, comme y s’y dit dans l’coin. Non ! Moi, j’sais ben pourquoi y’a d’la fumée qui sort de la bergerie d’la Comtesse. Non, c’est pas le diable qu’y fait ça, non. Je le sais moi, mais j’dirai pas l’reste. Nez-d’-bois, j’suis une babeu. (U n temps. ) Qu’est ce on vous a dit encore sur mé, hein ? Qu’j’ouvre pas ma porte, on vous y a dit ? J’ouvre pas ma porte ben oui mais faudrait pt’êt’ qu’on vienne frapper, aussi. La « pas-tout-là », elle est p’têtre là si on vient y toquer. Ah, ici, à Arlay, ça parle beaucoup mais ça parle pour ran. Alors, moi, j’viens ici pour m’taire ! Pour écouter le silence en lavant mes biaudes. ( un temps ) « Prille pou ta bénétru », j’ai envie d’y dire à ces greluches. Qu’est ça peut vous foutre que j’y lave ici mon linge. C’est pas parce les lavoirs publics sont publics qu’on y est obligé d’y aller. Non mais. Bon, fichez l’camp. Laissez-moi m’taire en paix.

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