L’oranger de la circulation

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En consensus avec moi même  [+]

L'orange, un fruit d’hiver qui sera mettre d’accord vos papilles avec son goût légèrement acidulé, malgré cette peau solide qui la rend difficile à déguster. A croire que celle-ci tente de se faire désirer. Orange. Orange.. Orange ! Voilà maintenant deux secondes que le feu est orange, je vacille un peu et me décide enfin à freiner. Un frisson part de mes pieds remontant jusqu’à ma tête en faisant escale par mes mains, vais-je m’arrêter à temps ? Rouge. Pile à temps, je ressens une légère satisfaction. J’ai eu le feu ! Il est 19h place de la République, il y a du monde, trop de monde. Les feux opposés passent au vert et là s’enchainent les accélérations de tous ces gens pressés d’arriver au prochain feu orange. Je suis sur la voie du milieu, je me sens cerné dans ce vacarme dense. Je décide de légèrement tourner la tête sur la gauche. Je vois cette femme au volant, elle chante, elle temporise comme elle peut, les feux sont longs ici. Subito, elle se tourne vers la droite pour prendre un objet, nos regards se croisent. Elle a les yeux verts, sans savoir pourquoi je sourie, à son tour je vois ses pommettes très légèrement prononcées. Elle devient gênée et se retourne face à la route. En stase je continue de la contempler avec un vrai respect dans le regard. Rouge. Je regarde à droite. Je vois un homme qui tente désespérément de soulager sa démangeaison nasale, il utilise son index, celui-ci passe mieux. Capté par cette scène importune, je me mets dans ma tête à l’encourager, « vas-y tu peux le faire ! » Et c’est la victoire, la sécrétion encore brillante est extraite entouré de sons halo lumineux octroyé par le couché orange du soleil en face de nous. Dans un dégoût profond je le vois gobé son butin. A quoi bon l’extraire si ce n’est pour la réingérer tout de suite après, une sorte de recyclage probablement. L’homme semble s’énerver en tapant sur le haut de son volant, peut-être son butin n’a-t-il pas le goût tant espéré. D’un coup on me klaxonne au cul, je m’empresse de regarder mon rétroviseur intérieur pour tomber dans le regard noir d’un homme en costar mastiquant son chewing-gum. Celui-ci aussi doit être déçu de sa dégustation aussi, je ne sais pas encore mais il me décide de m’orienter en me faisant un signe. Un majeur pointé vers le ciel, ça doit être se doigt là qu’il utilise pour remédier à son cycle nasal.

Je m’aperçois enfaite que le feu est vert. Je vacille de nouveau tout en débrayant et passant mes mains sur le volant, tant dit que derrière une chorale de klaxon se met à chanter. J’embraye, j’accélère, comme si ma vie en dépendait, je fais ronronner mon v4 jusqu’au moment ou je m’aperçois que je n’avais pas passé la première. La symphonie derrière moi se met à jouer le refrain. Je perds alors le contrôle et la voiture cale. Je redémarre, un voyant orange s’allume sur le tableau de bord, pas le temps je fonce. Trop tard le feu revire à l’orange. Par énervement je klaxonne, je tourne la tête à gauche, je ne vois que la roue massive d’un poids lourd, rien d’exaltant ! A droite une femme dont la fenêtre était ouverte qui semble être très pressé, encore plus qu’une orange à qui on aurai ôter la vie pour faire un jus. Cette femme me mitraillait déjà avec son regard et sans doute par frénésie envers le feu rouge elle se met à parler fort. Je l’entends avec ma fenêtre fermée mais ce n’est pas audible. Finalement elle regarde son rétroviseur intérieur, mince elle parle à un enfant trônant à l’arrière (je viens d’ouvrir ma fenêtre). Ma voiture est vieille et l’ouverture pittoresque de ma vitre passagère s’est fait entendre par la femme. Elle me fixe, ça devient lassant, je suis dans ce jeu du regard et ne la quitte pas, mon ego est en jeu et j’y tiens. Malheureusement, je dis çà par symbolisme, la fanfare de l’arrière fait son grand retour. Cette fois je le sais, le feu est vert. Je passe la première j’embraye et accélère dans une fluidité remarquable. Je m’aperçois que le bruit d’un klaxon devient très fort sur ma gauche. A peine le temps d’hurlé je me prends une voiture, je fais 3 tonneaux avant de finir dans le décor sous un oranger. Ce n’est pas la saison, les oranges sont encore vertes.
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