L'orage

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L’après-midi s’annonce bien agréable ! Un peu chaud peut-être. J’ai tellement bien mangé, même si c’est triste d’être seul devant son assiette. Je vais faire une bonne sieste maintenant, comme toujours quand il fait beau ! Les hommes sont comme ça, on aime faire la sieste après avoir mangé, et je suis un homme comme les autres après-tout. Même si maintenant je suis seul. Il n’y a que les petits qui ne veulent pas s’allonger et pleurent quand on leur dit de dormir. Donc à l’ombre, au pied de mon arbre préféré ! Je vais essayer de ne pas ronfler trop fort, comme le voisin hier, je l’entendais d’ici ! Pourtant il a de jeunes enfants qui jouaient autour de lui. Ça serait bien que je sois discret parce que, en plus, j’ai l’impression qu’il y a beaucoup de monde qui se promène aujourd’hui !
Ce sont des cris d’enfants que j’entends dans l’allée. Pas grave, ce n’est pas ce genre de bruit qui m’empêchera de me reposer. J’aime bien les entendre parce que ce sont surtout des rires ! Il paraît que nous avons des muscles zygomatiques, ceux qui nous permettent de rire, alors j’ai envie de faire comme tous ces enfants. Je suis tellement content de les entendre, ça me fait du bien ! Leur mère a l’air très jolie, là-bas, celle qui a la robe rouge... C’est beau, rouge, si je pouvais lui dire, je lui dirais. C’est souvent la couleur des fruits, et j’aime tellement ça, les fruits. Dès que j’en ai, je me jette dessus.
Bon par moment il y a quand même les grosses voix des parents qui les grondent... Mais il faut bien qu’ils s’amusent, qu’ils les laissent un peu tranquilles leurs gamins!... Pourvu qu’ils ne lancent pas de cailloux, c’est tout ce que je leur demande ! Je crois que je vais avoir chaud...


C’était pareil avec ma mère quand j’étais petit et qu’elle m’emmenait en promenade. C’était toujours dans la forêt, avec de grands arbres. Je courrais partout et je grimpais aux branches. C’était encore pire quand mes cousins venaient avec nous. Elle n’arrivait pas à suivre, la pauvre ! J’aime bien repenser à ma mère et à tout ce qu’elle m’a appris. Il y a tellement de choses que je sais faire grâce à elle ! Ou que je prends plaisir à faire parce que je me souviens qu’elle aimait ça, c’est possible aussi. Sauf la pluie : elle adorait et disait qu’elle aimait faire « la danse de la pluie » ! Pas moi. D’ailleurs je me demande s’il ne va pas pleuvoir ? Il fait vraiment lourd cet après-midi. En tout cas, je suis vraiment bien sous mon arbre. Je ne connais rien de mieux pour digérer.
Mais dès que je m’installe ici je pense à ma Suzon. Elle ne faisait pas vraiment la sieste, elle, toujours en mouvement, elle trouvait toujours quelque chose à faire, elle se reposait peu. C’est elle qui est tombée malade... Ma Suzon... Un jour elle n’a plus respiré, j’ai appelé, appelé. Ils l’ont emmenée, vite, sans me dire quoi que ce soit. Rien. J’ai gémi. J’ai vite compris que c’était fini. Depuis j’ai de grands moments de tristesse, je ne m’en remets pas. J’ai l’impression que ça fait déjà un temps fou, mais pas tant que ça finalement. C’est dur. Cette grosse branche-là, par exemple, pour ne pas qu’elle me gène, il faudrait la bloquer derrière la touffe d’herbes où j’ai l’habitude de poser la tête. Avec une très grosse pierre peut-être ? Eh bien elle aurait déjà agi depuis longtemps, si elle était encore là, ma Suzon ! Oui, c’est vrai que ça m’agace, mais moi, je ne fais rien, tout simplement, et tant pis. Ma pauvre Suzon. Je crois que je ne m’y habituerai jamais... Il faudra que j’apprivoise mon chagrin. Tiens, la fourmilière est revenue ! Ça aussi elle l’aurait évacué. Il suffit que je m’en occupe, c’est simple. Heureusement que ce ne sont pas des fourmis rouges qui piquent ! Celles-ci je vais pouvoir m’amuser à les ramasser ! Suzon disait que c’est bon contre les parasites qu’on a sur la peau. Bon, je vais essayer de dormir un peu. J’en ai quand même besoin. Qu’est-ce qu’il fait lourd !...
Je vais boire un grand jus de pomme, ça me réveillera. Et il doit me rester des bananes. Je vais aller marcher dans l’herbe parce qu’il faudrait que je trouve de ces petites fleurs jaunes. Je n’en ai plus et elles sont très bonnes pour mes intestins. Ma suzon, c’est elle qui s’occupait des cueillettes. Moi je ne connais pas les plantes aussi bien qu’elle. J’ai juste retenu celles qu’il faut absolument éviter, pour ça elle m’a toujours bien fait la leçon ! Je vais voir si les petits du voisin veulent venir avec moi, ou sa femme peut-être ? Elle pourra les rattraper s’ils se cachent ! Je suis sûr qu’elle connaît les plantes, elle va m’aider. Il y a aussi l’arbre qui a une écorce bonne à mâcher quand on tousse, je n’en ai plus non plus, et si je me souviens bien c’est dans le même coin. Bon si on y va, c’est maintenant, parce qu’il fait de plus en plus chaud et lourd.
Zut ! Ça y est, ça va éclater, j’ai vu un éclair ! Tiens, la belle robe rouge avec ses enfants, elle est comme moi, elle sent que la pluie... l’orage se rapproche, aïe ça tonne ! Vite, dans ma maison !


« - Les enfants !! Mais dépêchez-vous ! Il commence à pleuvoir !
- Nonnn ! Maman, tu avais dit qu’on allait voir les chimpanzés ! C’est où ?
- Mais c’est là ! Regardez l’écriteau : Chim-pan -zés ! Trop tard ! Il rentre dans sa cabane !
Il n’aime pas la pluie ni l’orage ! Ceux d’à côté non plus : ils vont aussi se mettre à
l’abri avec leurs petits ! Allez, venez, vite on va être trempés !! »
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